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CHAPITRE VI

Car je ne vis qu'orgueil, que misère et que peine Sur ce miroir terni qu'on nomme face humaine. Si bien que me voici, jeune encore et pourtant Vieux, et du monde las comme on l'est en sortant ; Ne me heurtant à rien où je ne me déchire ; Trouvant le monde mal, mais trouvant l'homme pire.

Ce Didier n'est décidément pas plus du xvii° siècle que Juliette n'est une italienne, et Victor Hugo est le premier à ne nous point donner l'impression de cette atmosphère morale dont il avait si bien fait la théorie. En somme, la couleur locale nous est apparue comme la plus décevante chimère qui soit au monde : tous ont plus ou moins la prétention de Fobserver, mais ils s'en tiennent, ou à peu près, à cette couleur locale toute de surface que flétrit la préface de Cromivell : c'est encore là, après tout, qu'elle est le moins nuisible et peut^ aux moindres frais, donner satisfaction à certaines exigences des auditeurs ; encore faut-il qu'elle soit modeste et ne s'affiche pas trop, sans quoi l'œuvre deviendrait intolérable.

Nous voudrions maintenant rechercher, par l'étude de la peinture, comment se pose et se résout la même question dans un autre art. Deux peintres de grand talent ont soutenu à ce sujet des thèses tout à fait opposées et précisément en en faisant l'application, tous deux, à la représentation des scènes de l'histoire sacrée ; on a vu déjà qu'Eugène Fromentin est un contempteur résolu de la couleur locale, mais il mérite bien qu'on insiste sur les développements qu'il a donnés à l'expression de sa pensée.

(( On a écrit, dit-il, bien plus, on a voulu prouver par des essais que les anciens maîtres avaient défiguré la Bible par la peinture, qu'elle avait rendu l'âme entre leurs mains, et que, s'il restait un moyen de ressusciter cette chose aujourd'hui morte, c'était d'aller la contempler toute réelle encore et dans son effigie vivante, en Orient.

l'art et la curiosité

« Cette opinion s'appuie sur un fait vrai en luimême : c'est que les Arabes, ayant à peu près conservé les habitudes des premiers peuples, doivent aussi, mieux que personne, en garder la ressemblance, non seulement dans leurs mœurs, mais encore dans leur costume, costume si favorable d'ailleurs qu'il a le double avantage d'être aussi beau que le grec et d'être plus local. Il est certain, ajoute-t-on, que Rachel et Lia, tilles du pasteur Laban^ n'étaient point habillées comme Antigone, fille du roi Œdipe ; qu'elles se présentent à notre esprit dans un tout autre milieu, avec une forme différente et aussi sous un tout autre soleil ; il est non moins certain que les patriarches devaient vivre comme vivent les Arabes, comme eux gardant leurs moutons, ayant comme eux des maisons de laine, des chameaux pour le voyage et le reste.

(( Mon opinion, quant au système, la voici : « C'est que les hommes de génie ont toujours raison, et que les gens de talent ont souvent tort. Costumer là Bible, c'est la détruire ; comme habiller un demi-dieu, c'est en faire un homme. La placer en un lieu reconnaissable, c'est la faire mentir à son esprit ; c'est traduire en histoire un livre antéhistorique. Comme, à toute force, il faut vêtir l'idée, les maîtres ont compris que dépouiller la forme et la simplitier, c'est-à-dire supprimer toute couleur locale, c'était se tenir aussi près que possible de la vérité... Et ego m Arcadid... Sont-ce des Grecs? est-ce l'Arcadie ? oui et non : non, pour le drame ; oui, dans le sens de l'éternelle tragédie de la vie humaine.

(( Donc, hors du général, pas de vérité possible, dans les tableaux tirés de nos origines, et, bien décidément, il faut renoncer à la Bible ou l'exprimer comme l'ont fait Raphaël et Poussin.

(( Si, plus fréquemment que d'autres, ce peuple approche de l'épopée, c'est alors par l'absence même de tout

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