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CHAPITRE VI

Y Anno7iciation, à la Vision de Joseph, à V Annonce aux bergers, à V Adoration des Mages, à la Tentation, à la Résurrection de Lazare, et à la Transfiguration^ force lui a été de se départir de son réalisme. Il a oublié ses principes d'exactitude historique pour ne plus songer qu'à la vérité éternelle...

« Cent autres des compositions témoignent d'un haut sentiment de l'idéal chrétien et supportent, sans trop de dommages, d'être mis en regard de celles des vieux peintres : mais c'est parce que M. Tissot, au lieu de chercher à rectifier les erreurs de ses devanciers, y a suivi le même instinct profond qui les avait tous animés » \ M. de Wyzewa est ainsi amené à s'expliquer sur les modernismes des vieux peintres et sur ceux des peintres contemporains. Les premiers sont aussi hardis que ceux de de Uhde et peut-être, ajouterons-nous, de Jean Béraud; « mais, dit-il, qui ne sent combien le point de départ en est différent ! Non pas que, commie on Ta dit, ces peintres anciens aient poussé l'ingénuité jusqu'à concevoir l'univers entier sur le modèle des villages où ils étaient nés. Ils n'ignoraient pas, tout au moins, que Jésus était juif et, sans être allés en Palestine, le type juif, à coup sûr, leur était connu : ce qui ne les empêchait pas de donner à Jésus, à sa mère, à ses disciples, les figures les moins juives qu'ils pouvaient imaginer, à l'exception du a pauvre Judas » et du mauvais larron dont ils trouvaient les modèles dans les ghettos de leurs villes. Ils savaient que la véritable vie du Christ avait été tout autre que celle qu'ils peiguaient ; mais ils la peignaient ainsi, entre mille raisons, pour que l'image qu'elles en offraient parût plus réelle et pour qu'on en reçût mieux l'impression profonde. Ils voulaient, en quelque sorte, rendre plus concrets les récits des évangélistes. C'était l'histoire et non pas le symbole qui les occupait, tandis que c'est du symbole que s'oc-

1. T. 'de Wyzewa, la Vie du Ctirisi de M. James Tissot, dans la Revue des Deux Mondes du ter février 1897.

l'arï et la curiosité

cupaient uniquement nos néo-chrétiens. En nous présentant Jésus dans notre milieu d'à présent^ en le dépouillant des attributs traditionnels que lui avaient laissés encore les Flandrin et les Signol, ces messieurs nous donnaient à entendre que Jésus n'était pas pour eux une personne véritable, ayant vécu dans des conditions déterminées de temps et de lieu, mais simplement l'incarnation d'une doctrine morale, quelque chose comme un type abstrait de parfaite bonté ».

Est-ce bien en retirant à Jésus ses attributs traditionnels que nos modernistes en font un symbole ? nous croyons bien plutôt que c'est en ne le peignant pas comme les hommes au milieu desquels ils le placent, et, à vrai dire, ce n'est pas d'aujourd'hui que les peintres sont pris d'une sorte de scrupule quand il s'agit de le revêtir d'une défroque contemporaine : voyez-le au Louvre, dans les Noces de Cana et dans les Disciples d'F^mmaûs de Paul Véronèse. Il y est vêtu <( à la grecque », comme on disait jadis, tandis que la Renaissance italienne s'épanouit autour de lui.

De tous côtés on ne voit que motifs de condamnation des systèmes adoptés. A vrai dire, il n'en est qu'un qui nous paraisse condamné (condamné en théorie, car vienne un chef-d'œuvre exécuté selon ce système, et tous l'applaudiront) : c'est l'adoption du costume dit « à la grecque » qui, étant dépure convention, ne correspondant ni à un costume familier^ ni à une vérité historique, réelle ou crue telle par le public, n'a pour elle qu'une tradition surannée et ne doit engendrer logiquement que le poncif. Restent alors le costume vrai et le costume moderne ; mais ici il faut bien s'entendre. Celui qui s'attache à la vérité locale sera préoccupé de l'exactitude de ses costumes, et cette préoccupation nous parait d'ordre un peu inférieur et doit rester étrangère au grand artiste, qui se bornera à une exactitude approximative, répondant aux idées dominantes de ses contemporains, dont il ne doit point attirer l'attention sur ces détails secondaires.

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