CHAPITRE VII
atténuation, on arrive à comprendre ces jugements absolus portés, non seulement contre Molière, mais contre Corneille lui-même. « 11 faudra donc que nous passions pour honnêtes les impiétés et les infamies dont sont pleines les comédies de Molière... auteur qui remplit tous les théâtres des équivoques les plus grossières dont on ait jamais infecté les oreilles des chrétiens » \ « Dites-moi, que veut un Corneille dans son Cid, sinon qu'on aime Chimène, qu'on l'adore avec Rodrigue, qu'on tremble avec lui, lorsqu'il est dans la crainte de la perdre, et qu'avec lui on s'estime heureux lorsqu'il espère de la posséder?... Ainsi tout le dessein d'un poète, toute la fin de son travail, c'est qu'on soit, comme son héros, épris des belles personnes, qu'on les serve comme des divinités ; en un mot qu^on leur sacrifie tout, si ce n'est peut-être la gloire, dont l'amour est plus dangereux que celui de la beauté même » ^
Le jugement de Bossuet sur le théâtre apparaît, nous l'avons vu, comme le résultat de toute une doctrine, non ainsi que chez bien des gens, comme la répétition irraisonnée d'une sentence étrangère. Il en résulte que ce jugement doit être entouré d'une foule d'autres appréciations dérivant de la même source et dont on ne saurait le séparer.
On doit bien remarquer tout d'abord que, si l'auteur des Maximes considère les représentations dramatiques comme beaucoup plus dangereuses que la simple lecture des pièces, il est bien loin de professer qu'une pièce mauvaise à la scène est bonne dans le livre : en lui donnant toute sa puissance d'action, la représentation ne change point cette action, et toutes les condamnations prononcées ont leur raison d'être contre la simple lecture.
Aussi peut-on prévoir que Bossuet avait bien changé