CHAPITRE PREMIER
geste d'animal sauvage ; et ses yeux clairs, sans pensée, regardent librement en face » C'est sur un autre ton qu'il parle de la Sainte Cécile, mais il ne nous semble pas qu'il en ait pénétré la haute spiritualité, que cache plus ou moins le culte de la beauté plastique. Ces deux toiles, dues au même pinceau, forment pour nous un contraste éminemment instructif, et nous nous souviendrons toujours de Timpression profonde, vraiment révélatrice de l'art, que nous causa, la première fois que nous le vimes, le tableau qui fait la gloire de la pinacothèque de Bologne.
Après avoir reconnu les deux principes de l'œuvre d'art, il convient d'en signaler les exagérations pathologiques, car, si nous n'admettons pas avec Ilanslick que l'élément émotionnel ait toujours ce caractère, nous admettons sans hésiter qu'il peut le revêtir ; mais d'autre part nous croyons que la recherche exclusive de la beauté pure conduit facilement aux plus étranges aberrations.
On sait combien la musique moderne, en s'attachant à exprimer toutes les nuances de l'émotion, a recours fréquemment à l'emploi de dissonances. Mais n'est-il pas à craindre que, cet usage devenant habituel, le musicien ne perde la faculté fondamentale d'apprécier les rapports mathématiques des vibrations? C'est précisément ce qu'a constaté M. Guibaud, au cours d'expériences concernant l influence de la musique sur la circulation et la respiration. « Certains individus, dit-il, précisément à cause de leur grande éducation musicale, habitués par les hardiesses de la musique moderne à certaines dissonances, ne ressentent pas celles-ci comme telles, et dès lors ils n'y réagissent que faiblement ou même pas du tout ^ -). Ceci montre que la mesure a été dépassée : pour devenir expressive, la musique doit s'altérer pour ainsi dire, car ce qui émeut