‹ Etudes esthetiquesChapitre 4 sur 174 · Brunetière, Vart et la morale, p · texte numérisé non relu

Brunetière, Vart et la morale, p

LE BEAU ET LE LAID

connaissons tous des artistes qui n'y ont vu qu'elle. Les romanciers ont même fait de la représentation de la laideur un article essentiel de leur esthétique ; — et ce n'est pas sans doute en ce point que le naturalisme contemporain les a désavoués ».

En ce qui concerne l'absence de beauté des ttiéorèmes de géométrie, si Ton doit reconnaître que s'adressant, pour ainsi dire, uniquement à l'intelligence, ils ne peuvent émouvoir la sensibilité d'une façon un peu vive qu'à titre exceptionnel, nous soutiendrons volontiers, contrairement à la raillerie dédaigneuse de M. Brunetière, que les mathématiques, essentiellement belles en soi, sont susceptibles de nous apparaître telles, et cela sous deux formes différentes. Ecoutons d'abord Bossuet :

(( Quand je considère, dit-il, un triangle rectiligne comnie une figure bornée de trois lignes droites et ayant trois angles égaux à deux droits, ni plus ni moins ; et quand de là je passe à considérer un triangle équilatéral avec ses trois côtés et ses trois angles égaux, d'où s'ensuit que je considère chaque angle de ce triangle comme moindre qu'un angle droit ; et quand je viens encore à considérer un rectangle, et que je vois clairement dans cette idée, jointe avec les précédentes, que les deux angles de ce triangle sont nécessairement aigus, et que ces deux angles aigus en valent exactement un seul droit^ ni plus ni moins, je ne vois rien de contingent ni de muable, et par conséquent les idées qui me représentent ces vérités sont éternelles. Quand il n'y aurait dans la nature aucun triangle équilatéral ou rectangle, ou aucun triangle quel qu'il fût. tout ce que je viens de considérer demeure toujours vrai et indubitable... Nous n'avons jamais vu que des images imparfaites de triangles équilatéraux ou rectangles, sans que rien puisse nous assurer qu'il y en ait de tels dans la nature, ni que l'art en puisse construire. Et néanmoins, ce que nous voyons de la nature et des propriétés des

INTRODUCTIOxN

triangles, indépendamment de tout triangle existant est certain et indubitable. En quelque temps donné ou en quelque point de l'éternité, pour ainsi parler, qu'on mette un entendement, il verra ces vérités comme manifestes ; elles sont donc éternelles \

« Sije cherche maintenant où et en quel sujet elles subsistent éternelles et immuables comme elles sont, je suis obligé d'avouer un être où la vérité est éternellement subsistante et où elle est toujours entendue ; et cet être doit être la vérité même, et doit être toute vérité, et c'est de lui que la vérité dérive dans tout ce qui est et ce qui entend hors de lui. C'est donc en lui d'une certaine manière qui m'est incompréhensible, c'est en lui, dis-je, que je vois ces vérités éternelles ; et les voir, c'est me tourner à celui qui est immuablement toute vérité et recevoir ses lumières » \

Ne sent-on pas, en lisant ces paroles de Bossuet, non seulement ces dernières^ mais aussi celles où il ne fait qu'énoncer les plus humbles propositions de la géométrie élémentaire, à quel point ces vérités le pénètrent d'une émotion philosophique et religieuse ? Assurément, pour lui, ces vérités sont belles, au sens le plus complet du mot, et il est de ces esprits qui savent s'élever, selon le mot de Malebranche, dans le ynonde des beautés intelligibles^ ce pays de la vérité^ où ils trouvent des mets délicieux et qui seuls 'peuvent nourrir des intelligences^.

A côté du reste de cette beauté d'ordre philosophique, les mathématiques en présentent une autre, qui n'est

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