Prov., XIV
Le Pape retient que la paix ne pourra point trouver son assiette si elle ne s'appuie sur le fonderrxent du droit public chrétien, d'où résulte la concorde des princes entre eux et la concorde des peuples avec leurs princes. Pour que cessent les défiances et les motifs réciproques d'offensive et de défensive, qui ont amené les Etats, de nos jours, à développer leurs armjements. et pour qu'un esprit de paix, se répandant à travers les peuples de l'univers, les am.ène à se regarder entre eux com.me des frères, il faut que la justice chrétienne ait pleine vigueur dans le monde, que les maximes de l'Evang'le rentrent en honneur, et que Fart difficile de gouverner les peuples ait pour facteur principal cette crainte de Dieu qui est le commencement de la sagesse. . . On a voulu régler les rapports des nations par un droit nouveau, fondé sur l'intérêt utilitaire, sur la prédominance de la force, sur le succès des faits accomplis, sur d'autres théories qui sont la négation des principes éternels et immuables de justice : voilà l'erreur capitale qui a conduit l'Europe à un état désastreux.
Il ne suffit donc pas, pour garantir d'une façon durable l'ordre et la paix, de dresser sous les yeux des peuples l'organisation la plus puissante et les perspectives les plus formidables. Il ne suffit pas, non plus, de prononcer avec emphase les vocables très nobles de droit, de devoir, d'honneur, de liberté, de civilisation. Il faut remplir ces formules, où le naturalisme et l'incroyance se sont employés à faire le vide, de leur vraie signification. Et le sens que la vérité y attache, c'est celui qu'y ont vu tous les siècles chrétiens.
Au lieu de bannir la rehgion de l'enseignement, il faut l'y ramener. Au lieu de favoriser les écoles
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et les doctrines où la science morale est niée, ignorée, pervertie, il faut remettre en honneur et rétablir dans tous ses droits cette indispensable discipline du juste et de l'injuste. Au lieu d'ériger en règle suprême la loi lumaine, il faut s'élever jusqu'à la loi divine d'où nos textes légaux tirent leur vertu d'obliger. Au lieu de préconiser la souveraineté populaire et de baser sur cette erreur les réformes et les institutions, il faut, de toute nécessité, reconnaître, respecter, et faire partout triompher la souveraineté de Dieu. Là est le fondement du droit ; là est la sanction du devoir ; là est le principe de l'honneur et de la liberté véritable ; là est la sauvegarde de la justice pour tous, pour tous les peuples, pour toutes les races, et pour tous les groupes ; là est le foyer inspirateur de la charité, et le gage du salut de la civilisation.
Or, Dieu parle aux hommes par la raison sans doute, mais aussi, et surtout, et d'une manière plus haute, plus sûre, plus complète, par son représentant qu'il a constitué le chef visible de son Eglise et l'interprète de sa doctrine.
Ce n'est pas en écartant de ses conseils cet ambassadeur du Roi des rois que la société des nations attirera sur elle les faveurs de la Providence. Ce n'est pas en éloignant de la Cour d'arbitrage qu'elle se propose d'étabhr, les lumières, le prestige, l'expérience, l'impartialité de Celui en qui s'in-
carne la première souveraineté du monde, qu'elle asseoira ce tribunal sur des bases d'inébranlable autorité. Le Pape est le docteur infaillible, le gardien de la morale appliquée aux hommes et aux peuples, l'arbitre des consciences de près de trois cents millions de catholiques, la tête d'une organisation qui se ramifie dans tous les pays \ " Réellement, peut-on contester de bonne foi qu'il soit, plus que personne, à sa juste place dans les assises diplomatiques et judiciaires du droit international"?"
La grande œuvre pacificatrice accomplie, à travers les siècles, par la Papauté, se dessine en un si éclatant reUef que des protestants, comme Grotius, n'ont pu se défendre d'en constater le fait, et d'en reconnaître les bienfaits^.
On a souvent cité ces paroles très sages et très justes de Leibniz : '' Si l'on veut ramener l'âge d'or, il importe d'ériger un tribunal où les questions internationales soient déférées, et l'homme qui devra présider cette institution, c'est le Pape
1. " En même temps que sa juridiction spirituelle, le Pontife de Rome possède une souveraineté temporelle, non plus lerriloriale, mais personnelle, qui aujourd'hui même est diplomatiquement et authentiquement reconnue en droit international" ( IvES DE LA Brière, ouv. Cit., p. 165). — Cf. Droit public de l'Eglise. L'Organisation religieuse et le Pouvoir civil, ch. m.