‹ Etudes et appreciations (volume 2)Chapitre 162 sur 169 · Almanach de l'Action sociale catholique · texte numérisé non relu

Almanach de l'Action sociale catholique

Le Pape est le docteur suprême dont les enseignements réclament notre foi la plus prompte. Il est aussi le chef souverain auquel nous devons l'hommage de notre plus filiale soumission. Et alors même que le chef de l'Eglise n'exprime qu'un désir, ce désir du premier et du plus sage de tous les monarques s'appuie, en définitive, surtout dans les crises mondiales, sur des raisons majeures et sur des principes que nous avons le devoir de professer et de défendre.

L'esprit romain n'est autre que l'esprit même du successeur de saint Pierre et du Vicaire dJe Jésus-Christ. Il se nourrit de la pure substance des doctrines de Rome, de l'authentique expression des idées et des volontés pontificales. Il courbe toutes nos puissances, notre intelligence, nos énergies, nos cœurs, devant la parole du Pape, devant les lois qu'il promulgue, devant les vérités qu'il proclame, devant les périls qu'il signale, et il nous incline à reconnaître la haute sagesse, la salutaire opportunité de ses démarches et de ses attitudes.

Chargé du gouvernement de l'Eglise universelle, le Pape vise avant tout le bien général. C'est le but direct de ses efforts et la règle maîtresse de ses actions. Il occupe, au sommet des siècles, une position unique où convergent toutes les lumières de la raison la plus profonde, de l'expérience la plus consommée, de l'information la plus vaste et la plus sûre, de la foi la plus éclairée et la plus rayonnante. Nul ne voit aussi bien et aussi loin dans l'avenir, parce que nul n'est placé aussi haut. Et lorsqu'il prescrit dans l'Eglise une discipline commune, ou lorsqu'il propose au monde une orientation morale et un mouvement social, basés sur la loi naturelle et les préceptes évangéliques, nous pouvons croire et nous osons affirmer qu'il ne peut errer.

L'esprit romain hausse les catholiques jusqu'à ce niveau. Il les conduit, respectueux, jusqu'aux pieds du Siège apostolique. Il les élève jusqu'au degré de confiance et de déférence que l'autorité la plus sainte et la fonction la plus divine exige. Il les fait entrer dans

la pensée, même qui dirige, des hauteurs du Vatican, tout l'univers religieux, et il leur persuade de subordonner à cette pensée auguste les droits, les soucis et les intérêts particuliers.

L'esprit romain n'est donc pas un esprit parti culariste : il n'est ni gallican, ni prussien, ni américaniste, ni fébronien. Il n'exclut pas sans doute les délimitations ecclésiastiques nécessaires, les ambitions patriotiques légitimes. Il n'efface pas, au cœur de l'homme, ce que Dieu lui-même y a gravé. Mais il règle les sentiments et il mesure les aspirations d'après l'idéal très noble, très pur, et très équitable, qui est l'objet de la mission de l'Eglise, et que l'Eglise s'efforce de réaliser dans les âmes et de faire triompher parmi les peuples.

Se désintéresser de la parole du Pape parce qu'elle ne nous plaît pas ; la rejeter dans l'ombre, la critiquer, la dénaturer, ou l'amoindrir ; lui faire signifier ce que nous voulons, au lieu d'y chercher ce que le Pape y a mis ; l'étudier, non dans son texte, mais dans des écrits qui la dégradent et dans des échos qui l'affaiblissent ; rabaisser le Pape présent, en lui opposant le Pape qui n'est plus, ou encore le Pape qu'on espère ; placer ses propres opinions au-dessus de celles qui viennent de Rome, et que les actes pontificaux forinulent à plusieurs reprises, et dans les termes les plus solennels ; railler les méthodes philosophiques et théologiques préconisées par le Pape, et cultiver les hardiesses, les théories téméraires et les nouveautés dangereuses que le Pape dénonce ; attiser une guerre d'invectives entre des catholiques de races différentes, mais soumis de part et d'autre à la juridiction du Pape ; étouffer le sens chrétien, les sentiments de justice, de charité et d'humanité interprétés par le Pape, sous des cris sauvages de vengeance et de haine, et vicier le sentiment national le plus juste par des idées de révolution et des projets d'extermination : tout cela, il faut bien le dire, c'est l'opposé de l'esprit romain.

Dans ces jours de troubles et d'angoisses où tant de

passions frémissent et tant de faussetés se propagent^ et où les prétextes les plus nobles et les actions les plus glorieuses peuvent servir à voiler les agissements les plus pervers, tournons plus que jamais nos regards anxieux vers le Pape. Recueillons avec respect la moindre de ses pensées. Obéissons de bon cœur au moindre de ses commandements. Soutenons avec courage, et sans crainte des contradictions, toutes les doctrines que ses lettres et ses discours affirment, tous les principes dont les actes de son gouvernement s'inspirent.

Et puisque c'est un Père que les méchants outragent si souvent, et si odieusement, en lui, serrons-nous, comme des fils aimants et fidèles, autour de sa personne vénérée. Répondons aux injures dont il est l'objet, et aux calomnies dont il est la victime, par la force <ies arguments et l'évidence des faits. Le peuple francocanadien comblé par Dieu de tant de grâces, et par Benoît XV lui-même, de si bienveillantes attentions, doit à ce Pontife placé, dès les premières heures de son administration, en face de la plus terrible des guerres, un tribut spécial de reconnaissance et de sympathie.

Appuyons de tout notre pouvoir tout effort, tout mouvement, toute proposition, propre à grandir et à consoler le Chef de l'Eglise, et à lui assurer, dans les conseils des peuples, la place et le rang que réclame sa mission sublime de justice, d'apaisement et de concorde.

Plus l'esprit romain s'enracinera en nous, plus notre catholicisme pourra porter des fruits de salut.

La doctrine catholique, allons d'abord la chercher à Rome. Le mot d'ordre catholique, prenons-le auprès de celui que Dieu a établi le gardien de la vérité, l'organe de son action bienfaisante, et l'instrument de ses providentiels desseins. Aucune raison, aucune circonstance, ne peut justifier, chez des fils soumis de l'Eglise, une attitude contraire.

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