L'UNION FRANÇAIS
DANS l'Action française de février 1918, M. Orner Héroux, dont la plume si alerte et le patriotisme si élevé lui ont acquis parmi nous de si rares mérites, nous a dit les motifs qu'ont tous les membres de la grande famille française en Amérique, de s'unir par les liens de la plus étroite sympathie.
Le brillant écrivain a traduit là des pensées très belles, très justes, très opportunes.
Nous ne comprenons pas assez bien l'importance de cette solidarité de tous les hommes et de tous les groupes de sang français. Nous ne saisissons pas assez nettement le but vers lequel Dieu, dès le prmcipe, a orienté nos destinées. Nous voulons certes que le Canada soit un pays bilingue. Mais dans ce pays qui porte l'empreinte de nos pas, et où nous réclamons notre place, nous ne voyons pas d'un œil suffisamment clair, avec une raison suffisamment convaincue, la mission propre qui incombe à notre langue, à notre race, à notre génie.
Cette mission, pourtant, tout la démontre : l'action divine, les leçons de l'histoire, les appels
de l'Eglise, les besoins de la société. Elle se révèle par des signes si sûrs que l'étranger dont le regard n'est voilé par aucun nuage, la discerne promptement, la proclame solennellement.
Effacez, disait un jour Lord Dufferin,i ancien gouverneur du Canada, effacez de l'histoire de l'Europe les grandes actions accomplies par la France, retranchez de la civilisation européenne ce que la France y a fourni, et vous verrez quel vide immense il en résulterait. Mes plus ardents désirs, pour cette province, ont toujours été de voir ses habitants français remplir pour le Canada les fonctions que la France elle-même a si admirablement remplies pour l'Europe.
Notre vie historique, notre survivance francocanadienne serait un mystère, si elle ne s'expliquait par des vues profondes et toutes spéciales de la Providence sur nous, par la part très grande de concours moral et de collaboration religieuse qui nous est assignée dans l'œuvre civilisatrice de l'Amérique septentrionale. Répandre un peu d'idéal sur la couche épaisse des intérêts matériels ; maintenir, pure et ferme, en face des prétentions du nombre et de la force, la notion du droit ; dresser, au-dessus de la loi humaine, l'image sacrée de la loi divine ; propager la foi du Christ, son évangile, et son Eglise ; montrer, et favoriser, et soutenir avec vaillance, le rôle de la religion dans la
1. Réponse à l'adresse de la Législature de Québec ( 22 juin 1878 ).
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famille et dans la société : voilà, à notre avis, quelques-unes des hautes fonctions dont nous avons raison de nous croire investis \
D'où suit, pour tous les fils de la race, la nécessité de bien connaître leur devoir social, de grouper et de discipliner leurs forces, de concerter efficacement toutes leurs entreprises. Est-il besoin d'ajouter que dans cette idée d'union n'entre aucun dessein révolutionnaire ? " N'oublions pas, écrit M. Héroux, que si elle dépasse les frontières politiques, cette fraternité de race ne les abolit point, que les obligations politiques de chacun de nos groupes sont conditionnées par le pays où il vit, qu'il doit rigoureusement s'y conformer, et qu'il n'a pas surtout le droit d'imposer à son voisin une conception du devoir politique commandée par des considérations propres à un autre pays^."
Il ne s'agit donc pas de créer une sorte d'hégémonie ambitieuse et d'impérialisme ethnique où dominent des idées de révolte, et où se forgent des actes d'insubordination politique. Il s'agit de resserrer et de consolider les Uens déjà établis, entre nos groupes français du Canada et des Etats-Unis,
1. Voir notre sermon sur " la vocation de la race française en Amérique" {Discours et Allocutions). — Voir aussi les deux derniers ouvrages, si fortement pensés, et si hautement patriotiques et religieux, de M. Henri Bourassa, La langue gardienne de la foi et Le Canada apostolique.