‹ Etudes et appreciations (volume 2)Chapitre 67 sur 169 · h' Action française, n. cit., p · texte numérisé non relu

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par ridentité de croyances, de parler, de traditions, d'aspirations intellectuelles et d'influence morale.

Ce programme n'a rien de subversif. Il tend à conserver au peuple canadien-français tout ce qui le fait lui-même. Il vise à assurer, chez nos compatriotes, la stabilité du foyer, la fécondité de la race, la transmission de la langue, le maintien des institutions, la culture et l'épanouissement de l'esprit français.

La famille franco-canadienne nous est un juste sujet d'orgueil. C'est la cellule d'où est sortie l'organisation sociale, si forte et si féconde, qui couvre de son réseau d'immenses territoires colonisés et habités par les nôtres. Basée sur le respect de Dieu et sur les lois du mariage, elle a essuyé, sans faiblir, les plus rudes tempêtes. D'illustres économistes l'ont prise pour modèle de cette famille stable, vigoureuse et prospère, sur laquelle repose le bonheur des Etats, et qui contraste si grandement avec les déchéances familiales de plusieurs pays.

On a célébré, en 1908, le jubilé de nos vieilles familles rurales, attachées, depuis deux cents ans et plus, à la même portion de sol canadien. Près de trois cents héritiers de la terre ancestrale ont pu produire sous nos yeux leurs titres de noblesse

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terrienne. L'enracinement au sol est une de nos grandes forces, celle qui résiste le mieux aux déroutes financières, et aux secousses économiques dont les contrecoups ébranlent, de temps à autre, le monde.

Malheureusement, cette force, surtout en certaines régions, fléchit et s'énerve sous l'effort d'une âpre rivale, la puissance industrielle, qui arrache à la charrue tant de bras. Le mirage d'un travail moins long, d'un gain plus immédiat, de soirées plus libres, d'une vie plus luxueuse, attire vers les villes des centaines de jeunes gens dont la terre canadienne pleure le départ. Il y a là un mal qu'on ne saurait sans doute supprimer, mais qu'il est possible de circonscrire, et contre lequel toutes les influences et toutes les volontés patriotiques devraient se liguer.

Cette désertion de nos campagnes est d'autant plus funeste qu'elle ne va point sans d'autres pertes également pénibles et désastreuses pour la race. Nos bonnes familles villageoises n'ont pas encore abdiqué l'honneur des bénédictions d'Abraham. Elles ont gardé, haute et vivace, " la flamme qui ne doit pas s'éteindre " (Et. Lamy.) Par contre, dans les centres urbains où règne l'amour du luxe, des plaisirs, et du confort, et où l'on se prodigue toutes les délicatesses de la vie, l'œuvre génératrice est en déclin. Des calculs égoïstes disputent à la nature la pleine mesure de ses droits.

Ils dérobent, par là même, au ciel et à l'Eglise des âmes, à la patrie des enfants. Notre patrie canadienne est trop jeune, trop riche de domaines incultes, trop pauvre d'énergies qui les exploitent, et trop ouverte sur toute sa surface aux migrations étrangères, pour se permettre de pareils sacrifices. La morale et l'utilité réunies le lui interdisent. Parmi les biens patrimoniaux dont il importe de conserver l'héritage, nous devons placer, après la foi et les vertus des ancêtres, la vigueur inépuisée de leur sang.

Et ce sang béni de nos pères, pourquoi vouloir qu'il se transmette à flots ininterrompus, et sans subir aucun coulage, si ce n'est pour qu'il porte aux générations nouvelles les traits intacts de la nature et de la physionomie française, et qu'il empourpre des lèvres où résonne avec fierté le verbe français ?

Le verbe français ! N'est-il pas l'un des plus beaux du monde, l'un des plus admirés et des plus retentissants, celui-là même que la politique, la diplomatie, la haute culture des pays d'Europe, s'accordent à élever au premier rang, soit pour la formation définitive de l'esprit, soit pour l'usage commun des peuples civiHsés ?

Nous avons dit ailleurs ^ les droits et les avantages de la langue française au Canada.

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Le culte du parler de France joue, parmi nous, un rôle protecteur. D'un côté, il nous préserve des idées anglo-protestantes. De l'autre, il sert de rempart à des traditions infiniment précieuses. La race franco-canadienne, docile à la voix et à la religion du passé, se présente partout avec un ensemble d'usages, de pratiques, de façons de sentir, qui sont comme le reflet de son âme, et qui impriment sur son front un rare cachet de beauté morale. ISlulle part l'on ne rencontre à un degré supérieur la vénération pour le prêtre, le respect des jours fériés, la fidélité aux pieuses coutumes de la prière commune et de la récitation de l'angélus, la confiance dans la bonne sainte Anne, patronne aimée et bienfaisante de notre peuple. Cette dévotion envers la grande thaumaturge porte, en vérité, une marque bien française. Sainte-Anne de Beaupré n'est-elle point la fille authentique de Sainte-Anne d'Auray ? De la France, aussi, que Dieu combla de dons si grands, et où il voulut verser dans le cœur d'une vierge les confidences de son amour, nous est venu le culte adorable du Cœur de Jésus. Et c'est sous un souffle de France que nos esprits, nos demeures, nos institutions, s'ouvrent aujourd'hui, avec un redoublement de zèle, aux conquêtes de ce Sacré Cœur.

Voilà ce que symbolise la bannière française arborée par nos aïeux sur ce continent. Elle signifie encore autre chose : que nous devons veiller

avec un soin jaloux sur tout ce qui fait partie des éléments caractéristiques de notre race, sur nos lois civiles françaises enchâssées comme une relique dans notre droit canadien ^ sur notre système d'instruction publique contre lequel des projets d'attaque et de centralisation se préparent^, sur notre éducation classique et traditionnelle empruntée à la France catholique.

Nous représentons en Amérique l'esprit français. Cultiver avec amour cet esprit, le faire fleurir et s'épanouir dans ses manifestations les plus utiles et les plus élevées, et l'ajuster judicieusement aux conditions et aux nécessités particulières de notre pays, doit être l'une de nos tâches préférées. Il y a dans le génie latin des principes supérieurs, une force et un levier moral bien propre à soulever audessus des ambitions grossières et des préoccupations purement utilitaires, la lourde masse des intelligences et des consciences matérialisées. Le trésor des dogmes éternels, des vérités universelles, dont notre culture garde le dépôt, n'est pas fait pour déplaire aux générations avides de toutes

1. Voir la belle brochure de M. Antonio Pkrhault : Pour la défense de nos lois françaises (1919).

2. Les mêmes projets néfastes, nous l'avons dit plus haut, ont été conçus contre les écoles franco-américaines. Mais un vaste mouvement de résistance s'organise sous la direction de la Ligue du Ralliement français en Amérique. Il faut applaudir à cette levée d'armes qui vise tout ensemble le maintien de la langue et la conservation de la foi.

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les richesses et soucieuses de tous les progrès.

Les arts, les lettres, les sciences philosophiques, tout autant que les sciences physiques, entrent dans le programme franco-canadien. Les hommes légers et superficiels se joignent aux esprits positifs pour mépriser la philosophie. Ils traitent de fantôme et de chimère ce qu'ils ne peuvent ni peser, ni palper, ni voir. On n'en croira pas moins que les peuples ont besoin d'idées générales, de notions spiritualistes, où s'appuient leurs droits et leurs devoirs, et que seule la métaphysique en est le foyer. Nous ne pousserons pas la présomption jusqu'à prétendre que la science de l'immatériel constitue un monopole réservé aux nations latines. Ce que nous voulons dire, et ce dont nous sommes intimement persuadé, c'est que aucun philosophe ne conçoit plus nettement et n'exprime plus limpidement les choses suprasensibles que le penseur formé aux écoles latines et françaises.

L'esprit français se nourrit d'idéal, d'amour pour le droit, et d'aspirations vers la liberté. La passion peut l'obscurcir, l'égarer, et le ravaler. Mais, jusque dans ses erreurs, il garde le plus souvent un fonds de noblesse, de pitié sincère et d'équité généreuse, qui contraste avec l'égoïsme et la rudesse d'autres races.

Ce sont là, sûrement, autant de motifs d'entretenir en nous, et d'exalter devant les nôtres, un patriotisme que la nature nous dicte, et que la religion

consacre. Ce sont en même temps de justes raisons d'associer nos forces et de coaliser toutes nos ressources, non pas dans le dessein d'entreprendre contre qui que ce soit une guerre de conquêtes, mais simplement pour défendre et fortifier nos positions.

L'union française nous met en présence d'une double tâche : éclairer et convaincre les esprits ; stimuler et coordonner les efforts.

Pour former et développer, dan§ tous les milieux propices, la pensée franco-canadienne, la famille, l'école, le collège, les cercles de jeunesse, les sociétés patriotiques, les publications, les associations, les congrès, toutes les influences sont appelées à prêter leur concours. Des convictions sont à faire ; des préjugés sont à dissiper ; des jugements sont à redresser. Il faut lutter contre l'insouciance qui laisse périmer le droit, contre la naïveté dont les dupeurs abusent, contre l'ignorance des dangers, contre l'étendue des obstacles, contre l'âpreté des oppositions, contre la jalousie, l'intérêt et l'esprit de parti qui nous passionnent et qui nous divisent.

Saint Thomas enseigne positivement ^ que, dans l'ordre des choses temporelles, notre charité, à moins qu'un intérêt supérieur ne s'y oppose, doit

] . So7n. thioL, ii-ii, Q. XXVI, art. 8 ; — cf. q. ci, art. 1.

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d'abord se porter sur ceux qui nous sont unis par le sang, et que la nature elle-même attache plus étroitement à nous et nous rend plus chers. Ce principe est très juste : il ne rompt pas les rapports des membres de races différentes dont se compose une même collectivité, mais il règle et hiérarchise ces rapports. L'union des groupes et des intérêts français, dans notre pays, est donc fondée en doctrine. Et nous nous conformons aux vues de la nature et aux desseins de la Providence en insistant, dans les œuvres d'éducation et de propagande, sur tout ce qui peut contribuer à affermir dans l'âme de notre peuple le sentiment franco-canadien.

Le Premier Congrès de la Langue française tenu à Québec en lv)12, et qui fut couronné d'un si large succès, n'a pas eu seulement pour but une manifestation passagère de notre vie nationale. Des discours y ont été faits et des mémoires y ont été lus dont la haute portée dépassait les bornes de cette fête, et qui ont été consignés en deux forts volumes. Les esprits désireux de se renseigner sur notre situation peuvent trouver là les informations les plus sûres et les considérations les plus appropriées. On ne saurait étudier avec trop de soin ces matériaux préparés par des mains expertes, et qui ont servi à la plus vaste enquête dont notre langue, au Canada, ait jamais été l'objet.

Plusieurs publications mensuelles, fondées en ces dernières années, se sont donné la mission de

continuer cette œuvre, de tenir le public au courant du mouvement français dans notre pays, et de travailler énergiquement à l'éducation de l'opinion. Les articles et les textes que l'on trouve dans ces revues ne mettent pas seulement sous nos yeux tout ce qui intéresse le sort des nôtres, leurs luttes, leurs échecs, leurs espoirs. Ils font la lumière sur maints problèmes, ignorés, ou mal posés, ou mal résolus. Ils promènent le flambeau de la discussion sur tous les actes accomplis, dans l'ordre civil, contre nous, et sur toutes les théories dont on se sert pour expliquer et pallier ces injustices.

Divers journaux français, hebdomadaires et quotidiens, soit dans la province de Québec, soit dans les autres provinces, se distinguent également par leur zèle patriotique et le talent de leurs rédacteurs. Ils font, dans leurs colonnes, aux questions de langue et de race, et aux problèmes d'intérêt national, une très large place. De toutes les institutions humaines, aucune n'a plus de prise sur l'opinion et plus d'influence sur les esprits que la presse. Nous devons aux pubhcistes en qui s'incarne davantage l'idée française, notre appui le plus ferme et nos encouragements les plus dévoués. Les prodiges opérés par" l'union sacrée " sur le théâtre sanglant de l'Europe, se renouvelleront parmi nous, sous une autre forme, mais avec non moins d'effet.

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Immense est le champ qui s'ouvre de nos jours, au Canada, devant l'action française.

Ce n'est pas assez de vanter la vigueur admirable de notre sang et de notre race. Il nous reste à fermer les plaies par lesquelles s'échapi^e, chaque année, une part de ce sang généreux. Des plans se forment et des mesures se prennent pour enrayer la marche d'un triple mal dont nous n'avons que trop souffert : l'alcoolisme, la tuberculose, et la mortalité infantile. Notre peuple se doit à lui-même, il doit à sa conscience et à sa patrie, de seconder de tout son pouvoir ces efforts. Dans l'ordre social comme dans l'ordre domestique, le prix d'une seule vie humaine, sauvée par plus de soins et prolongée par plus de secours, est inestimable. Sachons faire grand cas, soit dans l'enseignement, soit dans l'organisation de notre existence, des lois de l'hygiène. Et n'omettons aucun moyen de garder en pleine valeur, et de maintenir en plein rapport, le capital de vie, si considérable, départi par la Providence à nos familles canadiennes.

Et puisque le sort de la race s'identifie en quelque façon avec le sort de la langue, et que la langue française, sur ce sol canadien où elle est chez elle, se voit en butte aux plus violents assauts, notre devoir est tout marqué : mener la lutte sur tous les terrains, et dans toutes les zones où l'attaque se produit. Lutte de parole, lutte d'écrits,,

lutte de secours, lutte de sacrifices. Ne disons pas : c'est pénible, c'est onéreux, c'est vain. Un tel langage siérait mal dans la bouche d'hommes de nom et de sang français. Et il ne serait, du reste, que le fait anormal d'esprits tarés et de cœurs dégénérés.

Une action prompte, organisée, et vigilante, est nécessaire ; et cette action s'impose dans tous les domaines \

Elle s'impose dans le domaine religieux où le Saint-Siège a daigné reconnaître la justesse et l'opportunité de nos réclamations. Elle s'impose dans le domaine scolaire où toute une campagne s'est faite et se poursuit chaque jour, surtout en certaines provinces, pour étouffer notre parler maternel. Elle s'impose vis-à-vis des services publics, partout où une loi de justice prescrit l'usage du bilinguisme. Elle s'impose dans les Chambres fédérales où nos représentants, s'ils parlaient plus souvent en français, forceraient certains députés d'une autre origine à apprendre cette langue, ou du moins à rougir de leur sotte ignorance. Elle s'impose dans le partage des fonctions administratives et des emplois nationaux, dont une part proportionnelle à nos aptitudes et à notre nombre, nous est due. Elle s'impose en-

1. Voir La languie française par Mgr Béliveau ( Ad. française, dcc 1918 ).

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core dans nos relations d'affaires, dans notre vie de famille, où la mode, l'inattention et l'insouciance, laissent parfois s'installer en maître un idiome qui n'est pas le nôtre, que l'on tolère volontiers au second plan, mais que l'on aurait tort de mettre soi-même au premier. Elle s'impose enfin dans nos conversations et dans nos écrits, où la langue dont nous usons sera d'autant plus respectée, d'autant plus considérée, que nous l'entourerons nous-mêmes de plus d'égards.

La cause de notre parler est, pour nous, d'une telle importance que nous ne saurions lui refuser dans aucune partie du pays, je devrais dire dans aucune section de l'Amérique du Nord, l'assistance morale et les sympathies même matérielles que ses champions réclament.

Un de nos évêques établissait naguère, dans son diocèse, en faveur de la minorité ontarienne, le " Sou de l'Ecole ." Et il accompagnait cet acte destiné à provoquer, de la part de nos familles, d'utiles libéralités, et aussi à éveiller, chez les enfants et les jeunes gens, le sens social, de très belles réflexions comme celles-ci :

On nous demande beaucoup, mais la plupart du temps pour les autres. S'il est beau de donner à nos frères qui ne nous sont liés que par un sentiment de fraternité chrétienne, c'est un devoir plus grand de venir en aide à nos frères par le sang qui défendent nos droits communs. Reconnaissons que le sentiment de soUdarité qui unit toutes les races pour les grouper dans, une

action commune lorsqu'il s'agit de se défendre ou d'étendre leur influence, que ce sentiment, dis-je, n'existe pas suflfisannnent chez nous, et ne sait pas s'affinner avec assez de vigueur ni surtout avec assez de constance. C'est là, de l'aveu de tous, la cause de toutes nos défaites. Profitons de cette occasion pour refaire l'éducation de notre peuple sur ce point important. ^

Ces paroles sont à la fois une leçon et un exemple, une leçon de solidarité, et un exemple de générosités qu'il faut étendre à toutes les causes francocanadiennes en besoin ou en souffrance.

Parmi ces causes, tous les patriotes placent la colonisation. Il serait imprudent d'attendre exclusivement des pouvoirs civils l'impulsion nécessaire au mou^'ement colonisateur. Et, quelque bien disposés que puissent être les gouvernements, l'Eglise et ses ministres, les particuliers et leurs sociétés, trouveront toujours, dans ce domaine, matière à l'exercice de leur zèle. La. province de Québec offre encore aux ouvriers du sol de larges bandes de territoires sans culture. Par des moissons aussi vastes que leurs forêts, la Gaspésie, TAbitibi, le Lac Saint-Jean, pourraient nourrir des millions de bouches, et alimenter de florissants diocèses. Diriger vers ces régions les fils de cultivateurs les plus attachés à notre vieille province, et pousser les autres, les plus hardis, les plus courageux, vers le Nord ontarien et vers les plaines de

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