‹ Etudes et appreciations (volume 2)Chapitre 94 sur 169 · Som. théoL, ii-ii, Q. xxix, art · texte numérisé non relu

Som. théoL, ii-ii, Q. xxix, art

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hommes sont frères. C'est dans ce dogme de la fraternité humaine que nous devons chercher la raison première, les inviolables fondements du droit public et des divers organismes internationaux.

Il est vrai que, dans le monde païen, la solidarité des personnes et des races n'influait que très faiblement sur les pensées et sur les mœurs. Les étrangers, en général, étaient regardés comme des barbares. Faut-il s'en étonner ? La paganisme avait vicié l'homme, altéré et corrompu ses sentiments les plus nobles, ses instincts les plus conformes à la conscience honnête et à la droite raison. La société païenne se ressentait de cette déviation imprimée aux âmes et aux collectivités.

Pour juger sainement du droit, nous devons considérer la nature d'où il émane, non dans sa déchéance, mais dans son état normal. Par un penchant inné et un besoin naturel, les nations se témoignent des égards réciproques.

L'amour international, dit Tapparelli', l'ésulte du premier précepte de la loi naturelle, fais le bien, appliqué aux rapports naturels des différentes nations. L'objet total de cet amour, c'est l'universalité des peuples ; sa fin, c'est leur bonheur ; son moyen d'action, son instrument, ce sont les souverains respectifs ; sa règle, c'est la justice qui défend la violation des droits d'autrui, et la bienveillaîice qui nous porte à la communication de nos propres biens.

1. Essai théorique de droit naturel (éd. Casterman) , t. m, n. 1 256.

Il y a donc, en matière internationale, des devoirs de justice, c'est-à-dire rigoureux, dont la transgression constitue une offease véritable, et il y a des devoirs de simple bienveillance, c'est-àdire non rigoureux, qu'il n'est pas aisé de fixer d'une façon absolue, qui se mesurent d'après les moyens, les intérêts et les besoins, et qui peuvent aller jusqu'à l'intervention armée d'un peuple dans les démêlés d'autres peuples ^ Nous ne parlons pas des stipulations, par statut ou par traité, où des engagements sont pris selon une forme définie.

Quel que soit le caractère des obligations naturelles entre nations, elles impliquent des droits correspondants. L'ensemble de ces droits et de ces devoirs forme les assises du droit des gens, l'élément moral et l'objet fondamental du code de lois par lequel sont régis les rapports, internationnaux '.

Ce qu'il faut retenir des principes posés, c'est

1. Notons ici ce que nous avons déjà fait observer ailleurs, à savoir, qu'il importe souverainement de maintenir l'ordre hiérarchique des devoirs. L'aide bienveillante que les chefs d'une nation donnent à une autre nation doit être subordonnée au devoir de justice qui lie ces mêmes chefs vis-à-vis des populations confiées à leurs soins, et qu'ils ont la mission de gouverner avec sagesse et prudence et un souci vraiment national (Voir nos Mélanges canadiens, pp. 45 et suiv., pp. 344 et suiv.).

2. Pour plus de développements, nous renvoyons le lecteur aux ouvrages de philosophie sociale qui traitent en détail de ces matières.

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qu'il existe des relations naturelles entre les différents peuples dont se compose l'humanité.

Ces relations, d'abord vagues, sans fixité, sans continuité, se resserrent et se raffermissent avec l'échange des idées, les progrès du commerce, et le cours des événements. Maintes circonstances sont cause que les faits importants d'un pays se répètent ou se répercutent dans les pays voisins.

Chaque nation voit clairement qu'elle est intéressée à la conservation de l'ordre, non seulement chez elle, mais aussi chez les autres peuples ; elle voit que du maintien de l'ordre chez les autres peuples dépend le bien particulier de ses propres citoyens, et jusqu'à son existence politique et sociale. Or, le besoin et l'intérêt produisent bientôt le désir légitime de former avec d'autres nations une société réelle. De là vient que la société internationale s'établit et se développe d'après les progrès naturels et réguliers de chacune des nations qui la composent 1.

La fin poursuivie par cette société générale se distingue de la fin propre aux sociétés particulières. Celles-ci en effet se meuvent dans tout le domaine de l'ordre naturel extérieur, et visent le bien des personnes et des familles pour lequel elles sont faites ; celle-là cherche avant tout le bien politique des Etats qui en font partie. " Dans la société particulière on aplanit aux individus les voies de l'honnêteté individuelle, par le secours de l'ordre civil ; dans la société internationale, c'est

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