I^'ttre encycl. du 1 nov
empreintes d'un très vif souci d'équité ^ Les textes de ces accords traitent, entre autres choses, des droits et des devoirs des neutres, des lois et des coutumes de la guerre, de la médiation, de l'arbitrage. Plus de quarante puissances prirent part, par leurs délégués, à ces Conférences, et souscrivirent aux propositions qui y furent adoptées.
Cette œuvre était importante, et marquait, dans la bonne voie, un pas très appréciable. Elle n'était pas complète. L'arbitrage sur lequel on était tombé d'accord, était laissé au bon vouloir et à la libre initiative des parties. Et l'eût-on déclaré obligatoire, que les arrêts de ce tribunal auraient manqué des garanties et des influences nécessaires à leur mise en force.
Et ces garanties que l'on semble maintenant vouloir établir, quelles seront-elles ? On parle dans les dépêches de mesures diplomatiques, de mesures judiciaires, de mesures économiques, de mesures militaires. Nous n'avons pas quaUté pour dire jusqu'à quel point ces sanctions diverses, et d'inégale efficacité, sont opportunes et désirables. Ce que nous savons, c'est que les seules influences de l'intérêt et de la force peuvent bien, pour un temps, réprimer un assaut injuste, mais n'atteignent pas le fond des âmes où se décident les luttes abusives.
1. Voir la teneur de ces conventions «buis \os Questions adiuilcs, t. L et t. xciv.
l'union internationale 235
Plusieurs comptent sur l'opinion comme sur un juge suprême et un facteur décisif dans l'ordre international. Cette puissance, à notre époque, est grande, d'autant plus grande qu'elle dispose d'un nombre toujours croissant de moyens de répercussion et d'agents de communication. Mais n'est-elle pas, elle-même, sujette à d'étranges caprices et à de périlleux revirements ? C'est la presse, surtout, qui la forme et la façonne, et en propage au loin les échos ; et l'on sait avec quelle facilité déplorable et quelle audacieuse maîtrise, de riches couhssiers réussissent, aux heures propices, à s'emparer du contrôle de la plupart des feuilles politiques d'un pays.
Non, on aura beau élaborer des textes, édicter des sanctions, organiser chez les publicistes une levée de boucliers : rien ne vaut l'influence de la loi morale, de l'honnêteté impartiale et franche\ des croyances sincères et des convictions reUgieuses profondes, chez les citoyens et les hommes d'Etat, pour assurer le triomphe de la justice et la pleine utilité d'une ligue des nations. Et ce sens religieux, ces convictions de l'esprit, cette haute probité de l'âme, on ne les puise pas dans les écoles sans Dieu, ni dans l'enseignement
1. L'impartialit6 se prouve par des actes. Protéger certains peuples contre les convoitises et l'hégémonie de puissants voisins, et fouler sous son propre pied d'honnêtes populations aigries par un long martyre, ressemble fort à de la haute comédie.
de la philosophie dynamiste et utilitaire, où l'on fait du droit un problème de mécanique, une question de pur intérêt, et qui rayonne actuellement de tant de chaires européennes et américaines \
Si l'héritage moral du passé subsiste encore, selon la remarque de Balmès, et continue d'influer sur les mœurs, ce n'est pourtant pas à un degré suffisant.
Sans un appui solide dans la conscience des peuples, dans la foi et la vertu des gouvernants, il y a grand péril que les lois et les conventions, mêmes les plus méritantes, ne demeurent, très souvent, frappées de stérilité. Un élément essentiel de succès manquera : la confiance réciproque fondée sur l'empire de la religion, sur la pratique des vertus privées, et sur l'action reconnue|^et organisée de la morale sociale.
Il y a vingt-quatre ans, Léon XIII, dont le regard perçant semblait lire à l'avance les pages sanglantes que cinquante mois d'une guerre effroyable ont écrites, traçait ces lignes d'une vérité fatidique ^ :
1. Voir, dans nos Mélanges canadiens, deux études, l'une sur la Notion du droit, l'autre sur l'Enseignement philosophique chez les protestants