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L'Eglise du Canada après la conquête, i P., p

NOS EVEQUES d'aPRES LEUR HISTORIEN 307

vions réserver dans notre cœur à notre ancienne mère patrie, celle que nous devions au nouveau régime comme sujets britanniques.

Quoi qu'il en soit de ce jugement, l'histoire atteste que le premier évêque des temps nouveaux, par son tact, sa bienveillance éclairée et attentive, sut se concilier l'estime du général Murray, et surtout du gouverneur Carleton dont il se fit un ami fidèle. C'était, certes, habileté de sai part, en des jours où les circonstances faisaient à l'Eglise canadienne une situation si précaire. C'était aussi matière de conscience, de religion et de loyauté ^

Rien ne pouvait le prouver d'une façon plus pratique, ni sous une forme plus éclatante, que ce qui se passa pendant la guerre de l'indépendance américaine. L'abbé Gossehn démontre que sans l'Evêque de Québec, en qui notre clergé voyait un guide prudent et sûr, l'Angleterre eût certainement perdu le Canada. Nous le savions déjà ; mais il y a de ces vérités, historiques et autres, dont la répétition semble toujours actuelle. L'attitude de nos prêtres, et des milliers de Canadiens qui entrèrent pleinement dans les vues épiscopales, ou qui du moins gardèrent la

1. Cette loyauté s'enveloppe même parfois d'un luxe d'épithtites et de formules qu'on serait tcnt6 do trouver exagérées, si ou ne se rappelait avec quelles difficultés l'Evêque était alors iinx j)rises.

neutralité, fut d'autant plus méritoire que nos compatriotes avaient à lutter contre la séduction des souvenirs et des sympathies de la France, exploités par des émissaires au profit du pays voisin. Dans la défense de la ville de Québec, suprême rempart de la souveraineté britannique au Canada, nos miliciens furent admirables. C'est un fait avéré - " qu'un certain nombre de bourgeois, de marchands anglais, surtout, prirent alors, à leur courte honte, le chemin de Charlesbourg et de l'île d'Orléans ", pour se dérober au devoir que le patriotisme leur dictait, mais dont les nôtres, sous le regard protecteur de Marie, s'acquittèrent si efficacement.

On avait le sentiment de se battre pour la patrie, pour la patrie restée cathohque et française sous le régime anglais, et contre une puissance dont les visées et les gestes ne s'accordaient guère avec notre idéal.

Aux débuts mêmes de l'ère nouvelle, la question canadienne avait été posée sur ce terrain. Dès 1763, dans une adresse au Roi, le chanoine Briand et ses collègues alléguaient, entre autres motifs de maintenir l'épiscopat et les séminaires du pays, cette raison fondamentale :

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