‹ Études et appreciations (volume 3)Chapitre 143 sur 168 · Id., Und., p · texte numérisé non relu

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.3. Voir DiONNE, Les ccclésiaNliqucH françdia rcfugiis au Canada.

foi, d'acth'ité réglée et constante dans le soin des âmes, de loyauté respectueuse envers la Couronne britannique, de dévouement sans bornes à tous nos intérêts religieux et nationaux.

L'épiscopat est l'une des forces suprêmes sur lesquelles repose, chez nous conm;ie ailleurs, l'ordre social, la paix des âmes, la sécurité des institutions. Ne l'oublions jamais.

SUR des lèvres impies ou méchantes, le mot curé prend souvent un sens dédaigneux. Dans la langue de l'Eglise, et au regard de l'histoire, il désigne l'un des hommes les plus considérés du peuple chrétien, et l'un de ses plus insignes bienfaiteurs.

Cette quaUfication convient sans doute aux curés de tous les pays. Elle s'apphqae particulièrement, et dans toute sa force, aux chefs de nos paroisses canadiennes.

Le curé canadien a hérité, dans un très haut degré, des vertus du curé française Ces vertus, tout à la fois naturelles et surnaturelles, se sont transmises fidèlement, religieusement, de génération en génération, et elles ont formé comme un riche et solide patrimoine dont notre clergé s'est fait gloire de garder et d'accroître le dépôt.

Le premier curé né en terre canadienne, Germain

1. Cetto étudo, on le voit, aura surtout pour objet le curé le plus enraciné dans notre sol, c'est-iVdire le curé francocanadien.

Morin, fut ordonné prêtre par Mgr de Laval au mois de septembre 1665. Depuis cette date, le clergé du pays s'est développé d'une façon presque continue, et en proportion des besoins et de l'expansion de notre race. Malgré notre changement de souveraineté, et les épreuves de toute sorte qui en furent et le prodrome et la suite, nulle part la Providence n'a veillé d'un œil plus jaloux sur la culture des vocations ecclésiastiques, et n'en a favorisé davantage le nombre et le choix.

Nous ne prétendons pas que nos Evêques n'eurent jamais à déplorer, parmi les membres de leur clergé, ni lacunes ni faiblesses. Nous ne chercherons pas à élever le curé canadien sur un piédestal plus haut que ses mérites, et plus glorieux que ses œuvres. Ce qui a manqué, dans le passé, à un grand nombre de nos prêtres, nous est connu : nous le savons, et nous le dirons. Mais nous dirons en même temps quelles difficultés se sont dressées, à travers toute notre histoire, sur le chemin de l'Eglise, par quelle somme de vertus et de travaux, souvent héroïques, nos curés se sont maintenus à la hauteur de leur tâche, et quelle immense reconnaissance les âmes et la patrie leur doivent.

D'après un plan très simple, nous étudierons brièvement, dans le curé canadien, le prêtre, le pasteur, et le patriote.

Le Prêtre

La formation de l'âme sacerdotale n'est pas l'œuvre d'un jour, ni même de quelques années. Les origines de cette œuvre se rattachent aux vertus obscures et au labeur consciencieux des ancêtres ; elles remontent jusqu'aux hommes de foi et jusqu'aux femmes généreuses qui fondèrent sur la loi divine l'avenir du foyer chrétien. Dans les pures traditions famiUales s'élabore le chaste sang dont Dieu se plaît à former le prêtre.

La première page de l'histoire du curé canadien est écrite dans l'âme et les exemples de sa mère. Nos^mcres canadiennes, par leur croyance si vive, par leur conscience si délicate, par leur vigilance si éclairée, ont eu une part singulièrement féconde dans l'éclosion et la multiphcation de nos vocations religieuses, et dans le recrutement réguher de notre clergé, Elles ont été l'instrument caché dont le Christ s'est servi pour assurer à son Eghse, tout le long de notre vie nationale, l'appui de la parole sacrée, et le concours indéfectible du ministère apostolique. Leurs noms, et le souvenir de leurs époux fidèles, méritent, dans nos annales, une place d'honneur à côté des noms vénérés dont se compose l'imposante théorie des chefs et des pasteurs de notre peuple.

La formation des prêtres fut toujours le grand souci de Fépiscopat canadien.

Nos petits séminaires et nos collèges, sans s'être consacrés uniquement à cette œuvre, ont été d'incomparables pépinières d'ouvriers évangéliques. Ils ont donné, avec l'instruction classique puisée aux meilleures sources, cette forte éducation, morale et religieuse, qui élève l'esprit, façonne le caractère, apprend à dompter et à gouverner ses passions. Nos futurs lévites se sont initiés, dans ces maisons, aux nobles labeurs de l'étude, aux pratiques assidues de la piété, aux règles et aux exigences de la discipline. Et nos grands séminaires, en leur ouvrant leurs portes et leurs salles, n'ont fait que fortifier en eux, par une doctrine plus haute et par un geiu*e de vie plus mystique, des goûts déjà sûrs et des habitudes suffisamment affermies.

Les leçons théologiques que reçurent les clercs canadiens, n'ont pu être sans doute, dès le début, ce qu'elles sont aujourd'hui. Cela s'explique par plusieurs raisons.

La première, c'est que, au dix-huitième siècle, et pendant une partie du dix-neuvième, la théologie scolastique, tombée en défaveur dans la plupart des écoles européennes, tenait un rôle très effacé. Elle cédait le pas à la théologie positive, faite surtout de textes et de témoignages. Ces deux formes de la doctrine sacrée ne s'ex-

cluent pas l'une l'autre. Il faut savoir les concilier. On négligea pendant trop longtemps le concours précieux que les principes de saint Thomas apportent à la formation de l'esprit et à la science théologique.

Nous ne voulons pas dire que l'enseignement donné dans nos classes de théologie manquait soit de valeur, soit d'opportunité. Les conférences des Jésuites suivies par nos séminaristes, et qui formèrent durant plus d'un siècle l'école théologique du Canada, n'étaient que l'écho fidèle, affaibli, si l'on veut, des fortes traditions doctrinales de la Compagnie de Jésus. De plus, il faut noter que, dès les premières années du régime britannique, et par suite de l'introduction du protestantisme en notre pays, il devint très important de bien armer nos jeunes prêtres, par la Bible et par les Pères, contre les erreurs du système protestant. Les professeurs de l'époque semblent avoir compris ce besoin.

Un ds leurs élèves, le curé Boucher-Belleville de Laprairie, natif de Québec, et ordonné prêtre en 1787, composa, sur la demande de Mgr Plessis, deux ouvrages relatifs aux discussions entre catholiques et protestants. Le premier intitulé " Manuel abrégé de controverse, " et publié en 1806, n'était que la traduction d'un texte anglais. Le second, commencé en 1801, ne fut terminé qu'en 1812. C'est une série de " lettres dogma-

tiques " (il y en a vingt-sept) où l'auteur, avec une grande clarté et une érudition remarquable pour un Canadien si éloigné des sources, " prend la défense des dogmes de l'Eglise catholique contre les trente-neuf articles de la Confession de foi de l'Eglise anglicane ^"

Cette œuvre d'un simple curé, où l'information biblique et patristique le dispute au mérite littéraire, prouve que de bons traités de théologie formaient alors la base de l'enseignement ecclésiastique. Au nombre des prêtres chassés de France par la révolution, et débarqués sur nos rives, il y en eut peut-être qui contribuèrent à fortifier cet enseignement. Parmi les professeurs connus, nous relevons des noms honorables comme ceux de Jean-Frs Hubert (plus tard Mgr Hubert), et de Jean-Baptiste Lahaille qui fut supérieur du Séminaire de Québec.

Toutefois, si l'on considère la situation dans son ensemble, il faut bien avouer que la pénurie de maîtres fortement outillés était à l'égal de la difficulté des temps, de l'exiguité des ressources, et de l'indigence du pays. Théologie et philosophie étaient victimes des circonstances. Nous sortions, meurtris et décimés, d'une catastrophe. Nous ne pouvions nous relever en un jour. Pen-

1. Ce second ouvrage de I'abué Boucheh, beaucoup plus considérable que le premier, n'a pas, que nous sachions, été imprimé.

dant de longues années, l'état précaire où se trouvait l'Eglise canadienne, pesa de tout son poids sur la formation théologique de notre clergé. Et ce n'est que quand l'Université Laval fut fondée, et que cette fondation eut déterminé un mouvement intellectuel plus large et plus profond, qu'un personnel enseignant formé dans les universités de Rome, inaugura parmi nous des leçons de théologie plus fortes, plus variées, et plus en accord avec le progrès général des sciences ecclésiastiques^

Pour la Morale, l'ouvrage classique de Gury,.. basé sur les doctrines de saint Alphonse, fut de bonne heure mis aux mains de nos étudiants. En dogme, la théologie de Schouppe succéda à celle de Bouvier ; mais les professeurs, sortant de ce cadre étroit, hvraient à leurs élèves des thèses plus amples et toutes pleines du souffle romain. Schouppe à son tour fut remplacé par Hurter ; et Hurter lui-même, malgré les mérites de sa science positive, fut bientôt jugé insuffisant; et, en 1884, on lui substitua, selon les désirs de Rome, la " Somme théologique " de saint Thomas d'Aquin. C'est alors que l'enseignement théologique de Québec ", au moins dans sa substance, fut ré-

1. Cf. I'abbé C. Roy, L'Universilé Laval et les fêles du Cinquanlenaire, ch. m.

2. Il n'est que justL' de faire observer qu'au Grand Séminaire d(> Montréal, tenu par les messieurs de Saint-Sulpice, l'enseigne-

-glé d'après les cours, les programmes et les méthodes qui caractérisent l'organisation actuelle.

Ainsi avait-on comblé les deux lacunes principales, celle des professeurs, et celle des textes, •dont souffrait parmi nous la formation intellectuelle du clergé.

Un troisième obstacle s'opposa toujours et s'oppose encore, quoique dans une mesure moindre, au plein succès des études de nos clercs: c'est le défaut de temps. Un séminariste ne peut, tout ensemble, remplir dans un collège ou un petit séminaire, les fonctions de maître de classe ou de maître de discipline, et suivre un cours complet de théologie. Deux siècles de coimnencements et de recommencements ont imposé ce lourd métier d'étudiants-professeurs. Ce fut pendant longtemps une loi fatale, mais dont l'urgence décroît avec l'augmentation du nombre des prêtres dans tous nos diocèses. Moins de séminaristes sont chargés d'emplois étrangers à leur vie propre, et beaucoup plus se donnent tout entiers, pendant toute la durée de leur stage clérical, à l'étude des sciences sacrées.

Au surplus, le curé canadien, sans être des plus instruits, a toujours montré un rare sens de doctrine. Il a marché dans la tradition. Vers la fui de son règne, Mgr de Pontbriand rendait à son

ment de la science sacrée a suivi, pareillement, une marche ascendante.

clergé ce témoignage qu'il ne voyait en lui aucune trace d'erreur ^ De l'histoire de " l'Eglise du Canada", nous détachons cette appréciation^ :

En parcourant la liste des curés du diocèse, telle que donnée par Mgr Briand en 1784, en s'arrêtant un instant à chacun de ces prêtres, les uns vétérans du sanctuaire, les autres encore jeunes et commençant leur carrière sacerdotale, on est indigné en songeant que c'est ce clergé si vénérable, si méritant, si généralement distingué, et dont pourrait s'enorgueillir n'importe quel diocèse d'aujourd'hui, qu'Haldimand traitait d'ignorant, de gens sans éducation.

Et l'auteur de ces lignes, l'abbé Gosselin, cite des noms. En 1831, quand surgit " la question des notables ", de simples curés de campagne, comme l'abbé Dufresne de Saint-Nicolas, firent preuve d'autant de savoir que de franchise '^

C'est que, en général, nos curés, malgré l'œuvre absorbante du ministère des paroisses, savaient se réserver des heures d'étude'*. Ils y étaient poussés, contraints môme, par leur évoque. Dès 1700, Mgr de Saint-Vallier étabhssait dans son diocèse

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