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Enc3'cl. Rcrum novarum

LE SOCIALISME d'eTAT 105

de commissions mixtes, de conseils de travail ou d'arbitrage, où employeurs et employés seraient représentés. Ce moyen a été préconisé, il y a près de trente ans, par l'auteur de l'encycUque Rerum novarum.

Au sujet de ces commissions mixtes, on nous permettra de répéter ici ce que nous avons écrit ailleurs ■}

Ces institutions, composées de représentants des patrons et de représentants des ouvriers, revêtent différents modes ; elles peuvent être ou permanentes ou provisoires ; des comités inférieurs dits de réclamation ou de conciliation, où les griefs soient d'abord déférés, peuvent y être subordonnés et annexés. Les commissions mixtes fonctionnent avec satisfaction en plusieurs pays ; par elles, des différends graves ont été réglés, et de plus graves conflits sociaux ont pu être évités.

Voilà, certes, un moyen d'entente des plus louables, et que les gouvernements devraient favoriser de tout leur pouvoir. La question sociale est avant tout une question de doctrine et d'équité, dont la solution implique deux choses : le respect mutuel des droits, et la collaboration pacifique des classes.

Ce n'est pas en s'inspirant des théories et des exemples des pays socialisants, mais par de saines notions philosophiques et religieuses, par la loi de justice et de charité prêchée aux patrons, par une

1. Dr. pub. de l'Eglise. L'Action ni. cl la loi civile, pp. 274-275

sympathie sans faiblesse témoignée aux ouvriers, par l'organisation pour nos catholiques d'unions ouvrières catholiques et nationales,^ que l'on maintiendra, dans notre monde social canadien, un juste équiUbre entre l'autorité et la liberté.

1. Voir R. P. P. Archambault, Les syndicats catholiques ( Montréal, 1919 ) ; H. Bourassa, Syndicats nationaux ou internationaux ( le Devoir, 15 avril-? mai 1919 ).

IL est peu d'hommes qui ne cèdent, dans un moment de surprise, à la faiblesse du préjugé. L'opinion hâtive, vite formée, vite exprimée, sans étude qui la prépare, sans raisons qui la justifient, est une pente où l'on glisse par instinct et par habitude, par irréflexion et par passion.

Si tous les préjugés ont leurs inconvénients, ceux qui naissent des divergences de foi et des diversités de races, sont plus graves. L'homme tient à sa race par toutes les fibres de sa nature. Le croyant tient à sa foi par tous les liens de sa conscience. Les faussetés et les injures qui atteignent le citoyen dans l'orgueil de son sang ou dans l'honneur de son culte, produisent l'effet de flèches empoisonnées. Ce poison pénètre plus avant que tout autre dans les veines et dans les artères du corps social, et il va jusqu'à provoquer les plus terribles convulsions.

Chez les Canadiens français, race et croyance sont si intimement liées qu'on ne peut guère blesser l'une sans offenser l'autre. Beaucoup d'Anglo-protestants nourrissent à notre endroit des idées très fausses et des préventions très injustes,

puisées dans des milieux hostiles ou des écrits calomnieux, favorisées et entretenues par l'ignorance du français et l'insuffisance des notions d'histoire nécessaires pour nous bien connaître et nous bien apprécier. Kous ne contestons pas la bonne foi, les bons procédés, la bienveillance d'un grand nombre de nos frères séparés. Comment, pourtant, ne pas constater que des milHers de ces hommes s'acharnent à se dérober, à se claquemurer, dans l'ombre de loges bien closes où se cultivent les préjugés les plus violents, où se développe le parti pris le plus aveugle, et où l'esprit se gonfle et se sature de buées anticatholiques et antifrançaises ?

Nous voulons parler ici des loges de l'orangisme, très répandues dans les pays de langue anglaise, très nombreuses et très influentes au Canada.

Loin de nous la m^oindre velléité d'injustice envers cette association, et envers les membres qui la composent. Il nous fait plaisir de rappeler que des orangistes haut placés, comme un MacKenzie Bowell, par exemple, soit par conviction, soit du moins par intérêt, ont tenu vis-à-vis des nôtres, en des circonstances critiques, une conduite juste, loyale, et même courageuse. Nos paroles viseront donc, non pas les individus, mais la secte. Et, en formulant avec franchise notre pensée sur l'orangisme, nous tâcherons de ne rien dire,

ni de rien soutenir qui ne soit appuyé sur des raisons et sur des faits.

La société ou la secte orangiste peut être considérée dans l'esprit qui l'anime, et {|ans l'institution où cet esprit s'est incarné.

Par son nom et par ses tendances, l'orangisme remonte jusqu'à Guillaume d'Orange, lequel détrôna Jacques II, roi d'Angleterre, et gouverna à sa place de 1689 à 1702, sous le nom de Guillaume III. C'était, nous dit l'histoire,^ un priace fourbe, remuant, ambitieux, en qui se persoimifiait le protestantisme le plus agressif et la passion antifrançaise la plus vive.

On sait que Jacques II, fils de Charles 1" et arrière-petit-fils de l'infortunée Marie Stuart, était né d'une mère française, Henriette-Marie, si hautement célébrée par Bossuet. Il était catholique. Par sa situation, ses croyances, son sang, il représentait le droit dans la vérité, et l'union morale de deux grandes nations. Guillaume au contraire n'était qu'un usurpateur, et le spectacle de sa vie publique présente des scènes où tout respire la haine, la cruauté, la trahison et le mensonge".

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