‹ Etudes et appreciations. -- (volume 4)Chapitre 133 sur 173 · Questions actuelles, t. i-v, p · texte numérisé non relu

Questions actuelles, t. i-v, p

LA QUESTION ROMAINE

juridiction politique, qu’elle domine du trône où elle siège toutes les factions rivales, toutes les contestations internationales. “Il ne suffit pas que le Pape soit libre dans son for intérieur, il faut que sa liberté soit évidente ; il faut qu’aux yeux de tous il paraisse libre, qu’on le sache, qu’on le croie, qu’il ne s’élève à cet égard ni un doute ni un soupçon1.” Cette conviction du peuple chrétien, sans laquelle il ne peut y avoir ni confiance absolue, ni soumission parfaite, à l’endroit du Saint-Siège, repousse toute sujétion, tout asservissement de la Papauté à un régime civil sous lequel le Pape soit forcé de vivre.

Il y va non seulement de l’honneur de l’Eglise, mais de l’intérêt des consciences, de l’avenir de la religion, de la paix et de la sécurité catholique dans l’univers entier. Le Pape compte jusqu’aux extrémités de la terre des légions de sujets. Tout ce qui le touche, les émeut profondément ; tout ce qui le menace, les jette dans le malaise ; tout ce qui l’offense, les blesse jusqu’au fond de l’âme. Sa situation de captif dans sa propre cité le met à la merci des périls, des maux, des révolutions, auxquels Rome et l’Italie sont sujettes. “ Toute agitation qui surgit à l’intérieur, tout orage qui s’avance du dehors, provoque parmi

1. L’abbé Dupanloup, De la souveraineté temporelle du Pape, p. 17.

les catholiques de toutes les nations des anxiétés et des craintes sur le sort de leur chef suprême h ’

Aussi, grande fut partout l’émotion, profonde l’indignation des fils sincères de l’Eglise, lorsque le Piémont, s’aidant de spécieux prétextes, et fort de la faiblesse du Pape, lança ses troupes contre les Etats de Pie IX, et se fraya un chemin jusqu’au cœur de Rome. C’était le triomphe de la force sur le droit.

Nul droit territorial ne fut jamais plus sacré que celui dont jouissait le successeur et l’héritier de tant de Pontifes. Nul abus de la force ne fut, certes, plus honteux que celui par lequel on usurpait le patrimoine de Saint-Pierre, et on profanait la cendre des saints. A part quelques centaines de volontaires généreux, vit-on alors les peuples d’Europe, les provinces d’Amérique, se lever en masse pour aller venger, d’un geste magnanime, la justice outragée et l’innocence foulée aux pieds ? Hélas ! les gouvernements, muets ou complices, spectateurs ou acteurs, montrèrent à peine la stérile pitié de Pilate.

Du moins, des rangs catholiques de hères protestations s’élevèrent ; et le Canada français eut.

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