Mand. des Ev. de Québec, vol. iv, pp
nécessaire, n’est pas seulement le devoir des Etats catholiques ; c’est encore celui de tous les Etats civilisés.
Ce n’est pas en refusant de restituer au Pape l’usage de son droit, et de réparer, autant que possible, les atteintes dont ce droit a souffert, que les puissances coalisées contre les entreprises ,de la force brutale attesteront leur sincérité.
L’attentat sacrilège commis contre le Pape, par le vol de ses Etats, n’est pas un de ces crimes dont les années recouvrent et oblitèrent la trace, et sur lesquels la conscience publique s’endort.
Malgré le demi-siècle qui nous sépare de cette invasion spoliatrice, elle demande, elle ne cessera de demander réparation. C’est une plaie saignante au flanc de la société chrétienne. Et à l’heure où tant de nations présentent au Congrès de la Paix leurs griefs et en sollicitent avec instance le redressement, on ne saurait trouver étrange que le peuple catholique réclame pour son Chef la restitution de cette liberté qui est comme le fondement de toutes les libertés sociales.
Le droit de propriété et le droit des gens, dans la personne du Pape dépouillé et ostracisé de ses domaines, ont été traîtreusement violés. Cette violation, par sa nature même, et par ses suites
LA QUESTION ROMAINE
très graves, affecte des intérêts de la plus haute portée. Autant la société religieuse l’emporte sur la société civile, autant la réparation due au Chef de l'Eglise prime toutes celles qui font l’objet des délibérations de Versailles. Les membres du Congrès se doivent à eux-mêmes, ils doivent au monde catholique dont les regards Sont fixés sur eux, ils doivent aux principes mêmes qu’ils professent et qu’ils ont prônés et proclamés avec insistance depuis quatre ans, de rétablir le Pape dans sa pleine et légitime indépendance 1.
Nous n’approuvons pas dans son sens absolu et dans son acception illimitée, la thèse générale de la libre détermination des peuples. Cette thèse, pourtant, comporte des applications très justes. Et la plus juste de toutes, c’est bien celle en vertu de laquelle la première, la plus élevée, et la plus bienfaisante de toutes les souverainetés, pourra enfin se mouvoir et se déployer librement. Aucune société n’a un droit plus strict à l’indépendance régulière et souveraine de son action que celle qui a été créée de Dieu pour soutenir tous les droits,
1. Lors du Congrès de Vienne de 1814, les Etats du Pape, enlevés à l’Eglise par la Révolution française, et attribués en partie, par une première décision des plénipotentiaires, à l’Autriche et à la France, furent presque totalement restitués à leur légitime souverain, grâce surtout à l’influence du cardinal Gonsalvi et au concours de Lord Castlereagh, premier ministre d’Angleterre. ( Voir à ce sujet un intéressant article du card. Gasquet, dans le Tablet du 5 avril 1919.)
pour assurer l’observation de tous les devoirs, et pour garantir toutes les faiblesses contre les prétentions injustes de la force et l’abus envahissant des pouvoirs usurpateurs.
La question romaine n’est pas uniquement une question religieuse, ne concernant que les catholiques, et bornée en quelque sorte par l’horizon des monts albains. C’est aussi, c est très sûrement une question internationale, ou le droit, la justice, la morale, l’honneur, 1 humanité, toutes ces grandes notions et tous ces principes généraux qui se trouvent à la base de la vie sociale, sont en jeu.
Croyants et incroyants, catholiques et non catholiques, ne peuvent s’empêcher d’admettre que les torts doivent être redressés, que les injustices doivent être réparées, que les biens pris par la ruse, les domaines arrachés ou extorqués par la violence, doivent être remis à leur véritable maître. On a dérobé au Pape des possessions territoriales consacrées par la religion des siècles. Il est donc juste que le Pape redevienne possesseur temporel, qu’il recouvre dans sa substance le pouvoir dont il disposait depuis si longtemps, et que les circonstances lui avaient assigné comme le moyen le plus apte à étayer son indépendance.
LA QUESTION ROMAINE
D’après les déclarations formelles de l’Eglise \ c’est “ par un dessein particulier de la Providence” que la Papauté se vit investir d’une souveraineté matérielle.
Les titres historiques les plus sûrs, fortifiés du vœu des peuples et de l’assentiment des princes, et appuyés sur les conjonctures les plus merveilleuses ; une prescription dix fois séculaire, dont aucune dynastie humaine ne saurait invoquer l’exemple ; le caractère même de cette puissance politique faite de bonté, de paternité, libre de tout esprit de conquête, subordonnée toute entière aux intérêts de l’Eghse, et établie autour de l’Arche vaticane comme une sauvegarde et comme un rempart : voilà, certes, des raisons pleinement suffisantes pour justifier dans le passé, et pour revendiquer, même à notre époque, le pouvoir temporel du Saint-Siège.
Toutes les puissances sont intéressées à voir dans le chef de l’Eglise, de l’Eglise catholique et universelle, un souverain, maître chez lui,1 et qui ne dépende d’aucune puissance rivale. L’indépendance territoriale du Pontife romain constitue, pour leurs relations, un motif d’espoir, un gage de sécurité. Elle offre en même temps à la masse des catholiques qui sont leurs sujets,
1. Pie IX, alloc. du 9 juin 1862 ; — Léon XIII, lettre du 15 juin 1887,— Pie X, Livre blanc du Saint-Siège, 1905. (cf. Dr. publ. de l’Eglise. L’organ. relig. et le Pouvoir civil, ch.^vi ).
le fondement d’une confiance plus ferme, et le principe d’une satisfaction plus profonde.
Les nations, dit Léon XIII 1, de même que les individus, si elles s’écartent de leur voie tracée par la Providence, ne peuvent manquer de déchoir et d’aller à une ruine certaine. C’est folie d’espérer que l’Italie puisse avoir la paix, la sécurité, la tranquillité, tant que durera la lutte contre la Papauté, qu’on en foulera aux pieds les droits, et qu’on lui refusera cette condition de vraie souveraineté qui est la garantie efficace de son indépendance.
On répond en invoquant la “ loi des garanties ”. Nous avons prouvé ailleurs2 que les conditions dictées au Pape par cette loi sont injurieuses envers l’Eglise, qu’elles rabaissent au rang d’une société dont le chef doit subir le régime insolent du vainqueur. Elles sont précaires, instables, comme l’autorité cl’où elles sont issues.
D’ailleurs, les événements de ces dernières années ont montré jusqu’à l’évidence que la loi dont on se réclame porte très mal son nom, qu’elle est vaine, inefficace, qu’elle ne peut, ni calmer l’anxiété des cœurs catholiques, ni protéger le Pape contre les aléas et les exigences d’une guerre où l’Italie est engagée. Dès l’entrée en