L’organis. rel. et le Pouvoir civil, pp
LA QUESTION ROMAINE
scène de l’armée italienne, l’action papale a été gênée, circonscrite, paralysée. Les soupçons et les défiances ont créé autour du Saint-Siège des vides fâcheux. Et les cris de rage poussés par la presse italo-maçonnique contre Benoît XV et l’attitude impartiale et pacificatrice du noble Pontife, font voir, mieux que tous les arguments, l’incompatibilité absolue de ces deux titres : “ chef de l’Eglise, et sujet du roi d’Italie. ”
Le Pape n’est pas insensible au bien véritable et aux solides succès du pays où la Providence l’a fixé. Son âme vibre à l’unisson des justes aspirations populaires. Lhi domaine où s’élèverait son trône, trop restreint pour exciter les convoitises des grandes puissances, assez large néanmoins pour fournir à l’organisation de la Cour romaine et à toute l’administration pontificale des bases faciles, et pour permettre des communications sûres et indépendantes avec l’extérieur, n’entamerait nullement la force et la grandeur de la nation italienne. La gloire la plus vraie de l’Italie ne consiste-t-elle pas dans le rayonnement incomparable de l’influence religieuse dont Rome est le foyer ? Et cette gloire ne grandirait-elle pas en proportion même de la liberté qu’assurerait au Pape une souveraineté formée de ce coin de terre où le génie italien a marqué son empreinte la plus forte et accompli ses œuvres les plus glorieuses ?
Dans une lettre du 8 octobre 1895 au cardinal Rampolla, Léon XIII déclarait qu’ “ aucune disposition juridique ne pourra jamais conférer au Pape l’indépendance vraie sans une juridiction territoriale ”.
Toutes les solutions de la question romaine exclusives de cette juridiction, doivent donc être regardées comme défectueuses et inadmissibles. Et si, selon le vœu des catholiques, les congressistes de Versailles consentent à s’occuper de la situation du Saint Père et de son pouvoir temporel, ce sera à la lumière du principe formulé si nettement, et avec une autorité si haute et si sûre, par Léon XIII, que ce grave problème devra être étudié, approfondi, et résolu.
L’ordre politique, les possibilités militaires et internationales ont subi des transformations diverses. En présence de ces faits, le Pape, sans renoncer en droit à l’intégrité de ses anciennes possessions, accepterait-il comme arrangement pratique, au moins temporaire, des difficultés qui divisent le Vatican et l’ Italie, un territoire plus limité, mais propre à garantir, dans une mesure suffisante, son indépendance ?
Plusieurs inclinent à le croire. Lui seul, évidemment, peut le dire. Seul le Siège apostolique peut déterminer avec compétence ce qui lui convient.