LETTRES CONCERNANT LA QUESTION BILINGUE ONTARIENNE
Séminaire de Québec, 12 fév. 1916.
L’honorable Philippe Landry, Président
de l’Association canadienne-française d’ Education
de l’Ontario, Ottawa.
Monsieur le Président,
Vous m’avez fait l’honneur de m’inviter, au nom de l’ Association canadienne-française d’ Education de l’Ontario, à prendre part par mon humble parole au Congrès que cette Association tiendra prochainement dans la ville d’Ottawa.
Je regrette très vivement que mon état de santé me mette dans l’impossibilité de me rendre à votre désir et à celui de l’Organisation que vous dirigez avec un zèle si actif et une si noble ardeur.
Les intérêts de nos frères ontariens molestés dans leurs droits les plus chers, sont trop intimement liés au sort et à l’avenir, je ne dis pas seulement du parler français, mais même de la religion catholique en ce pays, pour que la Province de Québec puisse à l’heure actuelle demeurer indifférente. Vous avez, veuillez le croire, toutes nos sympathies, comme aussi celles de tous les esprits droits et de toutes les âmes généreuses.
Il est temps, et grand temps, d’ apprendre à ceux qui nous ignorent ou nous méprisent, qui nous sommes, de qui
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nous descendons, dans quel dessein la Providence nous a choisis les 'premiers pour répandre la foi en ces contrées, et avec quelle ténacité jalouse et quelle inébranlable résolution, nous entendons bien ne jamais abdiquer, ni devant la force, ni devant la ruse, notre titre glorieux et très chèrement conquis de pionniers de la civilisation canadienne.
Ce titre confère des droits. Et il donne en ce moment, je suis heureux de le dire, à toute une race vaillante, unie dans une même pensée, et groupée sous un même drapeau, le courage et la fierté nécessaires pour les défendre. Défendons-les, ces droits, par toutes les armes honnêtes : par la raison, l’histoire, les arguments légaux, les protestations énergiques, les procédés judiciaires, les démarches diplomatiques, et, quand il le faudra, par le suffrage et l’influence politique.
La justice porte en elle-même une logique qu’aucun sophisme ne peut entamer, et elle donne à ceux qui la servent une puissance et une fermeté d’action qu’aucun fanatisme ne peut lasser. Il en est de l’ordre moral comme de l’ordre physique. Sous l’empire d’une loi profonde de gravité et d’ équilibre, les flots les plus agités finissent par rentrer dans leur lit. Par une loi plus haute où Dieu domine l’humaine liberté, les passions les plus injustes trouvent souvent, dans la lutte persévérante qu’on leur oppose, une résistance qui les dompte et un frein qui les paralyse.
D’autre part, l’Eglise catholique, gardienne vigilante du droit et protectrice de toutes les saines libertés, ne peut voir que d’un œil réjoui les populations fidèles aux traditions les plus légitimes et soucieuses de garder intactes, fût-ce au piix des plus grands sacrifices, la mémoire des aïeux, la religion du foyer, la langue immortelle de Jeanne d’Arc, de Vincent de Paul et de Bossuet.
Agréez, cher Monsieur le Président, avec V expression renouvelée de mes regrets, l’hommage de mes respectueux sentiments et mes vœux les plus sincères pour le succès de votre Congrès.
Louis Ad. Pâquet, pire.
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Séminaire de Québec, 10 mars 1916.
M. le notaire Oscar Hamel,
Président du Comité Régional de VA. C. J. C.
Cher Monsieur,
Je regrette que mon état de santé ne me permette pas d’assister à votre séance patriotique de dimanche1 et d’aller applaudir en cette occasion les généreux défenseurs des droits de nos frères ontariens.
Vous savez toutes mes sympathies pour la belle et juste cause à laquelle vous avez voué, vous les membres de V Association de notre Jeunesse catholique, un zèle et une vaillance admirables. Le réveil national opéré partout par la persécution elle-même, et par la plume et la voix des nobles champions des minorités opprimées, est du meilleur augure. Il faut saluer avec joie ce réveil, et l’entretenir, et l’activer encore davantage par des manifestations qui éclairent l’opinion, qui groupent les courages, et qui décuplent les énergies.
La lutte sera longue peut-être. Elle n’a pas de quoi effrayer les descendants de ceux qui, en des conditions moins avantageuses, nous ont conservé et même conquis nos plus chères et nos plus précieuses libertés. Le passé est pou7 nous un très solide garant de l’avenir.
Ljttons donc avec confiance, et sans nous laisser abattre par des insuccès temporaires, et en secouant fièrement le joug de ce malheureux esprit de parti qui nous a causé tant de mal. Il y va des intérêts de la race, des intérêts de la justice, des intérêts de la religion, des intérêts de la paix et de la grandeur nationale.
Agréez, cher Monsieur, tous mes vœux de succès.
Louis Ad. Pâquet, ptre.
1. Il s’agit d’une manifestation organisée par l’A. C. J. C. en faveur de la minorité franco-canadienne de l’Ontario, et qui eut lieu à l’Université Laval le 12 mars 1916.
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