Débats de la Chambre des Communes, col
MELANGES CANADIENS
ou d’organisation politique, et ne porte aucune atteinte aux droits et aux privilèges conciliables avec la domination nouvelle. Parmi ces droits, l’un des plus essentiels et des plus sacrés, et dont l’usage est le plus propre à affermir et populariser les gouvernements assez sages pour le reconnaître, c’est celui qui permet aux individus de conserver la langue de leurs pères. “ Donc la Couronne britannique ne saurait, dans n’importe quelle partie du pays, entraver chez les Canadiens français le libre usage de leur langue sans violer le droit international, et l’esprit du droit naturel sur lequel il repose1 ”.
Au reste, le bilinguisme canadien n’est pas, il s’en faut bien, un fait isolé. Beaucoup d’Etats non britanniques, tels l’ Autriche-Hongrie, la Suisse, le Luxembourg, la Belgique, ont plus d’une langue officielle. Et, dans les limites mêmes du vaste domaine sur lequel s’étend la souveraineté britannique, le dualisme des langues occupe une place considérable, et marque, soit au parlement, soit à l’école, le régime de plusieurs pays : citons, parmi ceux-ci, l’île de Man, l’île Maurice, les îles Jersey et Guernesey, l’île de Malte, les Indes. Citons surtout l’Union Sud-africaine où la langue des vaincus ne le cède nulle part à celle des vain-
1. Const antine au, ouv. cit., p. 85. — “ Le Canada n’est pas un pays de langue anglaise ; c’est un pays de langue anglaise et de langue française.” (Rev. Gordon, Regina Leader, 2 oct. 1917)
PATRIOTISME £T NATIONALITE
queurs1, et le pays de Galles2 où le vieil idiome celtique, longtemps proscrit, a reconquis dans toutes les écoles son droit de cité.
Loin de s’effrayer de ces progrès du bilinguisme, les esprits les plus élevés et les plus ouverts y découvrent de notables avantages.
Ces avantages peuvent être considérés sous différents aspects : nous les envisagerons d’un triple point de vue, du point de vue national, intellectuel et religieux.
Deux puissances représentées par deux races amies, et deux langues légalement associées apportent à l’oeuvre commune un plus large et plus productif effort. L’histoire a retenu cette parole d’un saint qui fut aussi un grand monarque : “ Faible est l’Etat qui n’a qu’une langue et des mœurs uniformes3. ” C’est une chose reconnue qu’il y a, dans chacun de nos groupes ethniques, en même temps que des . défauts plus ou moins accentués, des qualités et des aptitudes spéciales. Et ces qualités, en s’alliant les unes aux autres, ou en se juxtaposant, s’épurent et se fortifient. L’idéalisme français, par son contact avec le