‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 26 sur 137 · Id., ibid,. pp · texte numérisé non relu

Id., ibid,. pp

3. Saint Etienne de Hongrie (Mourret, Hist. gén. de l’Eglise, t. III, 2e éd. p. 280).

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positivisme anglais, perd de ses excès et de sa fougue. Et le tempérament trop froid et trop utilitaire de nos concitoyens anglo-saxons ne peut que bénéficier de ses rapports avec une race éprise d’art et de principes.

L’esprit franco-canadien, cristallisé en quelque sorte dans la langue où il se traduit, et qui fixe et maintient son originalité, oppose l’obstacle le plus ferme à l’absorption de notre entité dans le grand tout américain. Et c’est ainsi encore que le bilinguisme revêt, aux yeux des penseurs et des gardiens de notre avenir, une importance capitale. Supprimez, au Canada, la langue française ; et démolissez, avec elle, la digue contre laquelle le flot voisin est venu, à plusieurs reprises, se briser : vous ouvrez la voie par où l’idée d’annexion de notre territoire aux Etats-Unis ne tardera pas à se répandre, et vous préparez chez nous, sans le vouloir peut-être, la rupture du lien britannique.

Ces avantages d’un peuple canadien bilingue nous semblent évidents. Et ils s’accroissent de toute la valeur morale et de toute l’influence civilisatrice des deux foyers littéraires entretenus au Canada par la langue de Bossuet et la langue de Newman. Rien ne favorise mieux la culture de l’esprit que l’échange des idées puisées à leurs sources mêmes ; et les idées ne peuvent ainsi s’échanger que par l’usage des idiomes

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qui en sont tout à la fois le récipient et le véhicule.

Notre pays a le privilège de voir affluer vers lui, et s’épandre sur toute sa surface, deux grands courants intellectuels. La langue anglaise lui offre, avec beaucoup d’erreurs, c’est vrai, ce que les lettres saxonnes, en Angleterre ou ailleurs, ont produit de plus instructif et de plus génial. La langue française, de son côté, déverse sur nos plages des trésors inappréciables de science, d’histoire, de poésie, d’éloquence ; et, si tout dans ces richesses n’est pas du même aloi, il est aisé d’y découvrir la fine substance des pensées, des sentiments et des doctrines, regardés comme le patrimoine de toutes les nations. Le verbe français qui résonne dans les Chambres fédérales, en réponse à quelque harangue ontarienne, ne dépare certes pas nos j oûtes politiques ; et c’est bien là, dans ce domaine parlementaire, qu’apparaît dans tout son éclat l’indüscutable supériorité de l’éducation bilingue.

Voilà pourquoi notre académie canadienne, la “ Société Royale ”, dont les membres se recrutent dans toutes les provinces, a été fondée sur le principe du bilinguisme. Et voilà pourquoi, aussi, les présidents et les membres de cette association ont cru devoir, à maintes reprises, souligner ce caractère distinctif de l’institution où se trouvent groupées tant d’intelligences diver-

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ses, et qui rapproche, sans les confondre, les deux grandes familles intellectuelles du pays.

L’un de ces présidents, M. Geo. Bryce, disait en 1910 :

La langue française est une des langues classiques de l’univers ; elle possède une littérature noble et brillante ; elle est la langue européenne des traités. Une semblable différence de langue ne peut pas nuire à notre communauté d’action, et elle est entièrement compatible avec l’unité canadienne.

Un autre président de la Société royale, sir A.-B. Routhier, dans un très beau discours sur le dualisme canadien, faisait hautement ressortir, en 1915, les avantages de ce dualisme, et avec combien de justesse l’orateur s’écriait :

Quand notre peuple possède deux grands luminaires qui éclairent son horizon, il serait- insensé de vouloir éteindre l’un d’eux.

Sir James Grant écrivait à son tour, dans une lettre au journal “ Le Droit ” :

Le plus solide levier du succès dans la vie, c’est une connaissance approfondie de la langue française, dont on devrait encourager l’enseignement- dans nos écoles d’un bout à l’autre du pays, pour raffermir les liens qui nous unissent comme peuple.

Conformément à ces idées et à celles de son président, M. Alf. Baker, la Société royale, dans son assemblée annuelle de 1916, adopta unanimement l’opinion exprimée par Mgr l’Archevêque de Montréal, qu’il est désirable “ que dans les

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écoles canadiennes l’on fasse une plus large place à l’étude de la langue et de la littérature françaises

La réalisation de ce vœu émis par une société littéraire, et dans des vues littéraires et nationales; ne servira pas seulement la cause des intérêts temporels. Elle sera de plus, pour les intérêts religieux bien compris, un principe de force et un gage d’espérance et de succès. Et en parlant ici d’intérêts religieux, nous voulons sans doute faire entendre le bien spirituel des Canadiens français pour qui, — on l’a dit souvent et avec beaucoup de raison, — la langue est, d’ordinaire, la gardienne de la foi. Nous voulons également, et dans un sens non moins vrai, signifier le bien spirituel des autres catholiques canadiens, pour ne pas dire américains.

La grande force du catholicisme au Canada1, et dans plusieurs circonscriptions des Etats-Unis, repose sur la race franco-canadienne qui, par le nombre de ses fils, par la puisssance de ses traditions et l’alliance étroite de sa langue et de ses croyances, forme à l’Eglise du Christ un point d’appui assuré. Nous croyons notre race investie d’une mission spéciale2, et cette mission, nous

1. “ Nous ne pouvons nous empêcher de frémir à la pensée de ce que serait le catholicisme au Canada, sans le bloc français solide du Québec” (le Casket d’Antigonish).

2. Rameau, La France aux colonies, ch. XIV ; Gailly de. Taurines, La Nation canadienne, ch. XXV.

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l’avons dit ailleurs1, est avant tout religieuse.

Les orangistes canadiens, aidés de complices aussi aveugles qu’injustes, ont déclaré la guerre aux écoles bilingues, c’est-à-dire à la langue française qui y est enseignée. En frappant cette langue, ils savent qu’ils atteignent plusieurs siècles de foi romaine. Le jour où les assaillants, après s’être acharnés contre l’école catholique des nouvelles provinces, prendront pour cible l’école catholique ontarienne, c’est de la province de Québec, et des groupes français qui en sont sortis et dont les croyances se sont conservées avec la langue, que viendra principalement le secours. On sera heureux, alors, d’invoquer un principe pour lequel nous luttons, et que certains catholiques feignent aujourd’hui d’ignorer: l’autorité des parents sur l’éducation de leurs enfants. S’opposer aux progrès et à l’enseignement du français, ce n’est donc pas seulement violer des droits et des libertés légitimes, c’est porter à la religion un coup funeste.

Voilà une vérité que nous ne cesserons d’affirmer, que nous estimons fondée sur les faits et sur l’histoire, et dont tous les esprits sérieux et non prévenus devraient convenir.

Une autre vérité également certaine, et que les événements mettent chaque jour en plus vive

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