‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 27 sur 137 · Discours et allocutions, pp. 181 et suiv · texte numérisé non relu

Discours et allocutions, pp. 181 et suiv

PATRIOTISME ET NATIONALITE

lumière, c’est que jamais les Canadiens français n’abandonneront la tâche, si vaillamment entreprise, de proclamer les mérites de leur idiome et d’en faire partout triompher les revendications.

Nous ne sommes plus au temps de l’évolution anglo-normande ; et les circonstances où nous vivons paraissent tout l’opposé de celles qui firent le parler français, emporté de Normandie dans la Grande-Bretagne, s’effacer peu à peu, après quatre siècles, devant la mixture de mots devenue la langue anglaise. Le français tient au sol canadien par toutes ses fibres et par toute sa vie. Le peuple et ses chefs le parlent. Et la langue ainsi parlée, loin de se détériorer, s’affine, se réforme, se rajeunit sans cesse, en se retrempant aux sources. Elle est consciente de sa force, et jalouse de ses destinées. Elle a la volonté de vivre, et elle vivra.

C’est là un fait très sûr, une certitude inéluctable, et qui impose à l’autorité publique des devoirs.

Dans l’ordre civil, tous les hommes d’Etat, tous les politiques, tous les fonctionnaires canadiens, à l’exemple des européens les plus distingués, devraient tenir à honneur d’apprendre le français. Ils devraient, de plus, favoriser l’enseignement de cette langue, d’abord dans les écoles fréquentées par des enfants d’origine française, et aussi dans toutes les écoles publiques. Ne serait-ce pas là

MELANGES CANADIENS

la solution la plus juste, et en même temp la plus féconde, du grave problème qui nous préoccupe et qui nous divise ? Cette solution est préconisée par de nobles écrivains de langue anglaise1. Et c’est celle que formulait, en face des restrictions opposées par plusieurs gouvernements provinciaux2 à l’enseignement du français, le premier Congrès de la langue française au Canada, dans le vœu suivant3 :

Attendu que l’enseignement bilingue, quand il est sagement organisé et distribué avec dévouement, produit les plus heureux résultats ; que le français et l’anglais sont les deux langues officielles de notre pays ; que la connaissance de ces deux langues constitue une réelle supériorité et deviendra de plus en plus utile et nécessaire dans notre patrie, le Premier Congrès de la Langue française au Canada émet le vœu : lo que l’enseignement bilingue soit partout considéré comme un élément de supériorité dans notre système jd’instruction, et que, dans tous les endroits où il y aura lieu, on s’applique à l’étendre et à le faire progresser ; 2o que dans notre étude de l’anglais nous nous efforcions d’acquérir généralement une plus parfaite prononciation ; 3o que la langue française devienne en honneur dans tout le Dominion, comme l’est déjà l’anglais dans la province de Québec ; 4o que, tout en cultivant la langue qui lui est étrangère, chacun fasse

1. Nicholson, Le Canadien français (trad. Barthe),pp. 97-99, 102-160.

2. Voir Prem. Cong. de la Lang, franç. au Canada. Mémoires concernant l’Ontario, la Nouvelle-Ecosse, le Manitoba, l’Alberta, la Saskatchewan.

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