‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 70 sur 137 · Cf. ibid. vol. xvi, pp. 266 et suiv., pp. 303 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. ibid. vol. xvi, pp. 266 et suiv., pp. 303 et suiv

PHILOSOPHIE ET RELIGION

“ la lutte pour la vie ” est le triomphe brutal de la force, de l’esprit de domination, et le principe justificateur des me'sures les plus injustes et des plus odieuses conquêtes.

Tous connaissent la vogue dont le darwinisme a joui, dès sa naissance, surtout dans les milieux anglo-saxons, et l’étendue des applications faites, de ce système, aux sciences naturelles, à la biologie, et à l’anthropologie. Outrant la pensée de l’auteur anglais, les matérialistes s’en sont servis comme d’un cheval de bataille contre la foi chrétienne. Darwin, dans certains centres intellectuels canadiens, est recommandé aux étudiants. Divers écrivains du Canada ont pris à tâche d’établir que la théorie par laquelle on fait dériver la vie d’êtres non vivants, et l’intelligence ellemême d’un type vivant inférieur, n’offre rien d’impossible ni d’invraisemblable1 ; que Darwin du moins a rendu à la science d’immenses services, et semé dans l’esprit humain des germes d’incalculable fécondité2. .

Nous enregistrons ces appréciations, non pour en faire la critique (ce qui serait trop long), mais pour révéler à nos lecteurs un des aspects de l’esprit et de l’enseignement philosophique canadien.

1. Queen’s Quarterly, vol. x, pp. 435-36; vol. xm, pp.160 et suiv.

2. Ibid., vol. xvi, pp. 357 et suiv. Ici cependant l’on avoue que le système darwinien n’est pas suffisamment démontré par les faits.

MELANGES CANADIENS

Dans le même dessein, nous ajouterons que l’évolution positiviste prônée par Spencer, plus profonde et plus compréhensive que celle de Darwin, a provoqué en Améiique, comme cette dernière du reste, des remarques très hostiles1 et aussi de chaleureuses adhésions. Les principes d’éthique de Spencer sont commentés au Canada ; dans quel sens, nous l’ignorons. Pour nous, la morale spencérienne, quel qu’en soit l’apparat scientifique, manque des éléments constitutifs de la moralité2. Dieu, d’après Spencer, est l’inconnaissable en qui nous devons croire, mais que nous ne saurions prouver, et dont la réalité reste à la merci des caprices de l’homme ou des théories du savant. Les savants ne se gênent pas ; et aux yeux de l’un d’entre eux, John Fiske, évolutionniste américain convaincu, “ la puissance infinie et éternelle qui se manifeste dans chacune des pulsations de l’univers, n’est autre que le Dieu vivant3 ”. L’évolution décrite par Spencer écarte l’idée d’une loi divine, de cette loi éternelle et nécessaire à laquelle nos actes, pour être bons,

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