L. van Becelaere, ouv. cit., p
doivent être conformes ; et, en faisant tomber tous les êtres et toutes leurs actions sous la roue aveugle d’un vaste déterminisme, elle supprime notre liberté sans laquelle aucune responsabilité morale ne peut être conçue.
Voilà, certes, qui heurte nos idées, et subvertit nos thèses les plus chères, et contredit tout notre enseignement. Aucun homme sérieux ne trouvera étrange cpie de pareilles doctrines suscitent, de notre part, une hostilité profonde.
Est-ce par la porte des principes évolutionnistes que la philosophie bergsonienne est entrée dans certains cours universitaires canadiens ? M. Bergson a écrit “ l’Evolution créatrice ” ; et si son système diffère de ceux qui ont germé dans les écoles allemandes et dans les écoles anglaises, lui-même, malgré la grande finesse et l’extrême pénétration de son esprit, professe (nous l’avons vu plus haut) un genre d’évolution absolument injurieux et à Dieu et à l’homme1, et qui déconcerte tout ensemble la clarté, la religion, et la raison2.
Au surplus, il est clair que la philosophie de
1. On peut lui appliquer, comme aux autres évolutionnistes, cette parole de l’Ecriture : Sa pensée est comme un essieu qui tourne ( Eccli ., xxxiii, 5).
2. Cf. Maritain, La philosophie bergsonienne. — Nous renonçons à entrer ici dans l’analyse même sommaire de ce système extrêmement subtil, et nous renvoyons le lecteur à l’excellent ouvrage que nous venons de citer.
révolution, sous les formes très diverses qu’elle revêt, compte d’enthousiastes adhérents, et qu’elle exerce sur quelques-uns de nos penseurs canadiens un vif attrait. Cette tendance, néanmoins, est restreinte, et les esprits pratiques semblent plutôt inclinés vers l’école néo-psychologique. Nous entendons par là le groupe de travailleurs et d’expérimentateurs qui, peu soucieux d’étudier le côté métaphysique de l’âme, préfèrent se tourner vers les phénomènes physiologiques et les faits psychiques.
Cette école se recrute, pour une bonne part, parmi les Anglais de l’ancien et du nouveau monde1. La pensée anglaise est naturellement positive, et elle se sent portée à scruter les problèmes de l’âme moins dans la lumière des causes que dans le rayonnement des effets. Locke, il y a deux siècles, fut un des initiateurs de ce mouvement. James, de nos jours, l’a illustré par de nombreux travaux, et par une philosophie où l’action est représentée comme la mesure de ce qui est vrai et la raison de ce qui est bon : d’où le nom de pragmatisme donné à son système. Les programmes de nos universités anglo-canadiennes font, en général, une très large place aux
1. Voir The. catholic Encyclopedia, vol. xn, au mot Psychology. — Quelques auteurs font honneur de la psychologie nouvelle surtout “ à la patience intellectuelle de l’Allemagne, enfin lassée de la métaphysique hégélienne” (Becelaere, ouv. cil., p. 147).
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auteurs qui se sont le plus distingués dans les études néo-psychologiques. Nous devons les en louer ; à une condition toutefois : c’est que ce genre d’études et de recherches expérimentales demeure subordonné à la psychologie rationnelle, et que l’on ne se contente pas, selon un mot très juste, de faire “ de la psychologie sans âme. ” La psychologie appelée nouvelle ne date pas seulement des siècles derniers ; et un psychologue américain de notre époque1 a pu dire du philosophe de Stagire : "Le cher vieux Aristote semble bien plus de notre temps que beaucoup de collaborateurs des derniers magazines. ” Aristote et les scolastiques ont appuyé la psychologie sur des faits ; mais, s’élevant de ces faits jusqu’à leur cause, ils ont reconnu dans l’âme humaine un principe vivant et substantiel d’opérations multiples dont la forme la plus haute (l’intellectualité et la liberté) échappe à l’étreinte de la matière. L’effort psychologique moderne, par des observations exactes et précises et souvent renouvelées, a enrichi de données nombreuses et d’utiles expériences, internes et externes, le domaine de la science de l’âme. Malheüreusement, cette science, dans la plupart des cas, s’est bornée à ramper sur le sol des réalités sensibles2.