Som. théol., i-ii, q. xxvii, art
MELANGES CANADIENS
pourquoi l’homme doit s’aimer lui-même par charité plus que le prochain1.
Le cardinal dominicain Zigliara conclut de ce principe que les nations qui sont des personnes morales, et entre lesquelles doivent régner des liens de mutuelle bienveillance, sont soumises comme les personnes physiques, dans l’exercice de la charité, à une hiérarchie de devoirs ; qu’elles sont tenues, plus encore que les individus, de s’aimer et de se favoriser elles-mêmes tout d’abord2.
Sans doute, dit Mgr Freppel3, chaque homme est un membre de ce grand corps qu’on appelle l’humanité, et e’est la gloire du christianisme d’avoir enseigné au monde la vraie fraternité, qui dépasse les limites d’un territoire ou l’enceinte d’une cité, pour ne s’arrêter qu’aux confins de la terre. Mais l’humanité elle-même est une réunion de grandes familles de peuples ayant chacune sa terre, sa langue, ses traditions, et ces groupes historiques qui naissent de la conformité du caractère et des intérêts développent dans chaque portion du genre humain ce qu’elle renferme de vie et d’énergie propre. Aussi l’amour de la patrie rentre dans le précepte général de la charité et se confond avec lui ; car, si nous sommes obligés à aimer tous nos frères, ce devoir nous lie plus étroitement envers ceux qui se rapprochent davantage de nous par des droits et des intérêts communs.
1. Som. ihéol., ii-ii, q. xxvi, art. 4 ; — cf. ibid., art. 8.
2. Sum. philos., vol. ni (3e éd.), p. 278. — Voir aussi le Père Jouin, S. J., Philos, rnor. (Ge 6d.), pp. 339-40, n. 3.