‹ Etudes et appréciationsChapitre 39 sur 173 · Encvcl. citée · texte numérisé non relu

Encvcl. citée

vivent dans le monde, une école de perfection. Le génie de l'illustre patriarche séraphique a ainsi trouvé le moyen de concilier ïes avantages de la vie religieuse avec les exigences de la vie séculière. 11 a élevé dans les âmes ouvertes à toutes les séductions terrestres, par une règle très sage et très opportune, un rempart de sécurité.

Les Tertiaires, fidèles à cette règle, se distinguent par leur esprit de foi, leur amour de la pénitence, leur charité généreuse. ^ Or, ces trois vertus sont éminemment sociales.

Une foi vive fait de ceux qui en sont animés non seulement des chrétiens convaincus, mais des apôtres du vrai, des champions du bien, des défenseurs du Christ et de son Eglise. Elle ne transforme pas seulement les individus et les familles. Comme un foyer ardent, elle se répand au dehors ; elle imprègne d'influence surnatutelle tous les domaines où elle pénètre ; elle ^atteint tous les rangs, éclaire tous les esprits, ^oriente toutes les déterminations. Mettez un homme de foi à la tête d'un atelier, à la tête d'une commune, d'une ville ou d'un royaume. L'autorité revêt un prestige et des formes directrices que seul le christianisme peut donner. Elle s'inspire de principes sûrs, de maximes d'ordre public

1. Voir Règles du Tiers-Ordre séculier de saint François d'après la Bulle Misericors (23 juin 1883).

l'action sociale du t.-o. 101

puisées dans l'Evangile, et dont l'effet est de subordonner les intérêts civils aux intérêts religieux, de faire aimer le devoir, de faire triompher la justice, de faire respecter la vertu, de faire régner le droit dans tous les rapports sociaux.

L'esprit de foi rend moins périlleuses les responsabilités du pouvoir. L'esprit de pénitence rend plus léger le joug de la discipline.

La discipline : qui l'accepte aujourd'hui d'un cœur résigné ? Un vent d'insubordination passe sur le monde. L'enfant s'insurge contre son père, l'élève contre son maître, l'ouvrier contre son patron, le sujet contre son souverain ; et la plupart de ceux qui gouvernent, s'insurgent eux-mêmes contre Dieu. La notion de l'ordre se perd. Le sens du devoir s'émousse. Les passions s'aigrissent. L'antique cri de rébellion qui se fit entendre sur le berceau même de la création, retentit tumultueusement, comme une clameur de combat, à travers toutes les couches sociales. Nombre de gens, des chrétiens même, ne savent plus se courber sous le sceptre. Jamais la vertu de pénitence et de renoncement, qui est l'une des caractéristiques du code franciscain, n'a été aussi nécessaire. C'est dire que le Tiers^ Ordre, dans cet immense désarroi des idées et des mœurs, est appelé à jouer un rôle primordial : rôle de respect envers l'autorité, de probité dans les affaires, de constance dans le travail,

de patience dans les épreuves, de lutte contre la corruption du siècle, de modération dans les plaisirs.

Rôle encore de conciliante et de patriotique charité.

Que d'influences malsaines tournent les uns contre les autres non seulement des peuples divers de race, de traditions et de langue, mais des habitants d'un même pays et des citoyens d'une même ville ! La charité est le ciment qui relie les différentes pièces de l'édifice social ; le frein qui réprime les excès de l'égoïsme ; le moteur qui détermine les mouvements généreux, la compassion pour les misérables, le dévouement à la cause publique, les élans courageux et désintéressés du patriotisme véritable.

Les Tertiaires, est-il dit dans leurs statuts, ^ auront soin de maintenir entre eux et avec les autres la charité et la bienveillance. Ils s'appliqueront selon leur pouvoir à apaiser partout les discordes. ^

Nous ne saurions souhaiter, pour leurs activités, de mission plus noble, de tâche plus féconde. Et cette tâche et cette mission répondent bien, en effet, à ce que nous lisons dans les annales du Tiers-Ordre.

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