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L'ACTION SOCIALE CATHOLIQUE

Allocution prononcée dans la chapelle DES Ursulines, le 28 octobre 192L-^

Confortamini in Domino.

Fortifiez-vous dans le Seigneur.

(Paroles de l'Apôtre saint Paul dans son Epître aux Ephésiens, ch. iv, v. 10).

Messieurs et chers Amis,

Fidèles à une tradition qui est votre honneur et votre force, vous voici, cette année encore, aux pieds des saints autels, dans ce sanctuaire si pieux et si étroitement lié à notre histoire nationale, pour demander à Dieu, par l'entremise du premier champion des luttes religieuses, l'archange saint Michel, de bénir et votre association et vos travaux.

1. Les membres de l'Action sociale catholique célébraient, ^e jour-là, leur fête patronale coïncidant avec le 33e anniversaire du sacre de Son Eminence le cardinal Bégin. L'éminenissime archevêque de Québec avait bien voulu accepter de lire la sainte messe, pendant laquelle fut prononcée l'allocuion publiée ici.

En l'absence du prélat distingué que vous êtes fiers d'avoir pour directeur, et dont la parole éloquente et autorisée a tant de fois remué vos âmes, j'ai été prié de vous dire quelques mots. Comment refuser à vos personnes ce témoignage d'estime, et au ministère public dont vous êtes chargés, cette marque de mon adhésion et de ma sympathie ?

Vous occupez dans l'Eglise de Québec, sous l'œil et les ordres de son Chef, dont la présence ici ce matin vous réjouit et vous honore, une! place singulièrement importante. Vous groupez sous votre étendard, des troupes nombreuses et choisies. Prêtres et laïques, associés dans une même foi et sous l'empire d'un même zèle, vous réalisez, sur le terrain social, l'union souveraine! ment féconde des deux éléments qui composent la société chrétienne, et dont l'accord est voulu de Dieu.

Vous embrassez, dans vos préoccupations, 1(! champ très vaste de l'action sociale cathohque •et pour que cette action atteigne tous les mi lieux et subvienne à tous les besoins, vous voué partagez les rôles variés inscrits dans votre programme, et que vos talents et votre expérience vous disposent admirablement à remplir.

Ces tâches multiples où s'appliquent vos efforts, répondent à la conception la plus haute et à l'intuition la plus juste des nécessités de notre époque.

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Vous faites d'abord, messieurs, une œuvre d'éducation.

Et en parlant d'éducation, j'entends sans doute l'immense profit que les lecteurs retirent de vos publications où sont semées d'une main prodigue, et pour tous les cerveaux, tant d'idées salutaires. Je songe surtout à cette société fondée, il y a quelques années, dans l'intérêt de l'œuvre éducatrice, répandue d'ores et déjà dans tous nos centres de langue française, et dont la branche régionale a été greffée sur le tronc vigoureux de votre association.

L'irréconciliable ennemi de tout bien sait comme nous, et peut-être mieux que nous, que la jeunesse porte en elle l'avenir. Et voilà pourquoi il s'acharne de tout son pouvoir à corrompre l'esprit et le cœur des jeunes. On a jugé utile de faire échec à ces menées par une œuvre spéciale propre à seconder ou même à compléter celle de nos séminaires et de nos collèges. Nos cercles de l'Association de la Jeunesse catholique se sont créé un nom, et ils ont conquis, dans le monde intellectuel, tous les suffrages.

Par une discipline heureuse de toutes les facultés, on y forme une élite, des hommes qui pensent, des croyants qui s'affirment, des soldats qui luttent, des officiers qui portent le drapeau,

des généraux qui entraînent. On y façonne des consciences droites, des caractères virils, des âmes éprises d'idéal, de vérité et de justice, soucieuses de beauté morale, franches et nobles, hautes et loyales, incapables d'aucune perfidie ni d'aucune bassesse. On y développe le sens social, ces germes de dévouement, de générosité et de bienfaisance, que la charité dépose au cœur de l'homme, mais qui ont besoin, pour grandir et porter tous leurs fruits, de plus de lumière, de plus de chaleur, d'une culture plus appropriée et plus intense.

En favorisant, messieurs, par la presse et par l'action, les œuvres de jeunesse, vous ne répondez pas seulement aux vœux les plus chers, et les plus clairement exprimés, du premier pasteur de ce diocèse. Vous contribuez à l'exécution des volontés formelles du Saint-Siège, et vous coopérez à l'affermissement des bases de la société canadienne.

Votre Association, en second lieu, fait une œuvre d'apologétique, de défense et de propa-f gande religieuse.

On a dit et on répète encore que la religion, chez nous, n'est pas attaquée, qu'il n'y a donc pas lieu de s'armer et de s'organiser pour la défendre. Les attaques directes, je l'avoue, sont

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rares, du moins dans notre province. On n'y enfonce point à coups de bélier les portes de la cité. Mais le flot qui, çà et là, mine sourdement les fondations et les remparts, n'ofïre-t-il pas de réels dangers ?

Et puis, qui ne se rappelle la vague d'injures lancée naguère, en divers pays, contre Benoît XV, et dont l'écume abjecte éclaboussa nos propres rivages ? Ce Pontife, dont la claire vue, si évidente pour tous aujourd'hui, perçait dès lors la nuée des passions et la fumée des batailles, tant de catholiques affectaient de l'ignorer, lorsqu'ils n'allaient pas jusqu'à l'insulter et jusqu'à le calomnier 1 Dieu merci, il fut défendu par la presse vraiment catholique. Il doit l'être partout, à rencontre de tous les mensonges et de toutes les puissances.

C'est votre mission comme votre honneur, messieurs, de vous faire l'écho fidèle de la parole du Pape, et de compenser par votre ardeur à répandre ses enseignements l'hostilité ou l'indifférence d'un trop grand nombre d'esprits.

C'est votre mission et votre honneur, de

prendre, en tout, la défense des droits et des inté-

■ rets de l'Eglise, des droits et des intérêts des com-

I munautés religieuses, des droits et des intérêts de

lia famille chrétienne et de l'éducation catholique,

et de subordonner à tous ces biens supérieurs

les contingences profanes et les vues utilitaires.

C'est votre mission et votre gloire, de vous appliquer, par la voix de la presse, dans une langue ferme et digne, à signaler les périls qui menacent la foi, à dénoncer ce qui peut heurter et entraver l'action religieuse, à prôner ce qui peut accroître l'influence bienfaisante du clergé et de ses institutions.

Vous estimez avec raison que, s'il n'est pas toujours possible de réaliser dans sa plénitude l'idéal chrétien, il est toujours utile d'en proclamer les principes et d'y acheminer les esprits.

Ces soucis et ces travaux resteraient, toutefois, en deçà du but, s'ils ne visaient, avec la défense de l'Eglise et le rayonnement des saines doctrines, la sauvegarde de la morale chrétienne.

Presque dans tous les pays, des voix graves s'élèvent pour déplorer l'affaiblissement du sens chrétien, la dissolution des Mens de famille, la course folle aux plaisirs. Et dominant et confirmant ces constatations douloureuses, Benoît XV, de son côté, en des accents émus et tout apostoliques, jette le cri d'alarme. Il voit d'un œil consterné, depuis la guerre surtout, le fléau du naturalisme accentuer ses ravages, et précipiter la déchéance morale des peuples.

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Phénomène lamentable, s'écrie-t-il, ^ les mœurs sont plus corrompues, plus dépravées que précédemment.

L'autorité des parents sur leurs enfants a fléchi. Le dimanche est moins observé. Les théâtres suspects, les cinémas corrupteurs, les occasions de promiscuités dangereuses, se multiplient en nombre stupéfiant. La modestie et la tempérance subissent les plus sérieux assauts. Bref, la moralité publique est en baisse.

L'Eglise s'emploie de toute manière à maintenir le respect des nobles traditions qui ont fait jadis l'honneur de nos familles et la force de notre race. Et, dans ce travail moralisateur^ elle compte sur le concours des plumes catholiques vouées, par vocation, au service de toutes les saintes causes.

Vous n'avez pas, messieurs, failli à la tâche. Et si c'est un métier ingrat que de rappeler a ses frères, et même aux pouvoirs publics, certaines vérités mises en oubli et certaines règles de morale sociale, cette fonction, remplie sans parti pris, sans animosité et sans violence, n'en est pas moins nécessaire et très méritante.

Vous combattez le vice public, vous incul- Iquez le devoir, vous glorifiez le dévouement.

Vous faites, dans vos écrits, une large place

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