Revue des Deux Mondes, 1er juin
LE BOLCHÉVfSME 147
des réformes plus radicales, l'expropriation forcée de tous les grands propriétaires, et la nationalisation de leurs domaines.
Ces demandes portées à la Chambre des représentants du peuple que la charte impériale de 1905 avait créée, provoquèrent une véritable crise. La Douma fut dissoute : les esprits s'exaspérèrent ; et la résistance opposée aux radicaux par l'Exécutif ne fit que prêter à la propagande révolutionnaire, organisée et poursuivie depuis plusieurs années par le communisme, un nouvel aliment. On représenta les paysans comme des victimes de l'autocratie. Des attentats terroristes dirigés contre les agents de police et les hauts fonctionnaires, se succédèrent presque sans interruption.
Vainement, un nouveau ministre, plus conciliant que le premier, élabora-t-il une série de mesures qui, sans déposséder les propriétaires grands et moyens, créaient au bénéfice du paysan la petite propriété, avec des droits précieux. ^ Ce régime de justice n'eut pas le temps de s'asseoir sur des bases assez fermes pour résister au large courant de révolte et d'anarchie qui bientôt allait soulever toutes les classes populaires.
La grande guerre était déclarée. Des millions de moujiks, d'ouvriers et de prolétaires, étaient ravis