Encycl. Tametsi, 1er nov
Si Ton suprime la sanction divine du bien et du mal, les lois perdent fatalement l'autorité qui en est le principe, et la justice s'écroule : or, ce sont là les deux liens les plus nécessaires et les plus solides de la société civile. De même, si l'on supprime l'espérance et l'attente des biens immortels, l'homme se tournera avec avidité vers les jouissances mortelles et chacun travaillera à s'en assurer la plus large part. De là les rivalités, l'envie, la haine ; de là les plus noirs projets, la prétention de renverser tout pouvoir, et des plans insensés de ruine générale. Ni paix à l'extérieur, ni sécurité à l'intérieur : c'est le bouleversement de la vie sociale par tous les crimes.
Une philosophie dédaigneuse des doctrines de la scolastique, destructrice des notions de Dieu et de l'âme, vient donner à ces monstruosités couleur de science.
Ici, c'est l'école subjectiviste, illustrée par Kant, mais à laquelle Hume et Descartes préludèrent, qui permet à l'homme de se libérer de l'objectivité gênante des êtres, de s'enfermer dans sa pensée autonome comme dans une tour et de se faire à lui-même sa loi.
Là, c'est l'école positiviste et agnostique qui, avec Comte, Shopenhauer, Spencer, dérobe à l'œil humain l'horizon des choses célestes, et incUne systématiquement la science vers la terre.
Ailleurs, et presque partout, c'est l'école nettement matérialiste qui, sous l'influence de Bûchner et de tant d'autres coryphées, supprime ce qui est esprit, ce qui dépasse les bornes de la matière.
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pour n'admettre que ce qui tombe sous les sens. Rien ne justifie mieux le radicalisme anarchique de la rue que ce radicalisme grossier et brutal de ridée.
Tout système de philosophie en rupture avec la métaphysique, écarte Dieu. Sans Dieu, on ne peut bâtir ni morale, ni religion. Sans morale et sans religion, l'homme n'a plus, pour se guider, que l'intérêt, la jouissance et la passion.
Nous tombons, selon la prédiction de Léon XIII, en pleine révolution sociale.
De l'aveu commun, les socialistes avancés doivent être regardés comme les frères de lait des bolchévistes. C'est la conclusion qui se dégage des dernières élections françaises où le peuple, par un sursaut de patriotisme et un instinct de vie, s'est dressé énergiquement contre l'anarchie et ses souteneurs.
La peur du bolchévisme a dicté aux électeurs de France un vote solide, qui a frappé avec succès l'aile gauche de l'armée socialiste.
Est-ce à dire que le socialisme modéré, que le socialisme tout court ne renferme dans ses principes aucun danger d'anarchie ? Bien naïf qui le croira ! Nous estimons, au contraire, que cesys-
tème porte en ses flancs, comme un produit authentique, le régime antisocial qui fait actuellement la terreur de l'humanité.
Le but ultime où tend l'action socialiste, est la suppression du patronat. Ce but n'est pas toujours formellement avoué. Les réformes que l'on préconise n'ont pas toutes une portée également radicale. Certains groupes jugent plus habile de procéder par degrés. L'idéal socialiste n'en consiste pas moins dans une lutte victorieuse qui ait partout pour effet d'abattre la tête des propriétaires et des patrons.
Dans la Charte du Travail adoptée à Berne, en février 1919, par la Conférence socialiste et ouvrière internationale, se lisent ces deux phrases qui nous révèlent l'idée souveraine dont s'inspire le socialisme, et ses méthodes d'opportunité :
La tendance du capitalisme à provoquer la dégradation de la classe ouvrière ne peut être arrêtée complètement que par l'abolition de la production capitaliste elle-même. Mais auparavant elle peut être atténuée considérablement aussi bien par la résistance de l'organisation ouvrière que par l'intervention de l'Etat.
Le socialisme d'Etat, d'une part, les agissements ouvriers de l'autre : voilà les deux forces par lesquelles on compte miner peu à peu l'autorité patronale et préparer le triomphe complet du système.
Or, toutes les autorités légitimes sont solidaires.
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L'on ne saurait attenter aux droits du patronat sans ébranler ceux de tous les pouvoirs constitués, des pères de famille, des chefs de l'Eglise, des gouvernants civils ou des commandants militaires. La hiérarchie sociale forme une sorte de bloc, un assemblage dont les pièces, sans être également importantes, sont tellement liées entre elles qu'elles se soutiennent mutuellement.
Il est notoire que les socialistes, dans leurs diatribes accoutumées contre l'autocratie, visent toutes les forces, toutes les institutions, et toutes les organisations qui participent en quelque manière de la souveraineté profane ou religieuse. La révolution sociale qu'ils rêvent ne peut s'accomplir que par le découronnement des pouvoirs. Les modérés sans doute se défendent de vouloir recourir à la violence. Ils protestent même contre la méthode anarchique ou bolchéviste. ^ Mais cela est-il bien logique ? La force est la servante du droit. Et si le droit n'est plus ni avec le patronat, ni avec les autorités légales et religieuses qui l'abritent, mais seulement avec le prolétariat, pourquoi la masse prolétarienne ne pourrait-elle, sans être injuste, lever le drapeau et marcher avec Lénine ?
Un sociologue renommé écrivait il y a vingtcinq ans : ^