‹ Etudes et appréciationsChapitre 73 sur 173 · SoDERiNi, Socialisme et Catholicisme (1896), pp · texte numérisé non relu

SoDERiNi, Socialisme et Catholicisme (1896), pp

Nous connaissons le programme socialiste d'où le parti tire sa raison d'être et dont il s'inspire : changement de la constitution fondamentale de la société en substituant à la propriété individuelle la propriété en commun (d'où le communisme) ou la propriété collective sociale (d'où le collectivisme ou le socialisme proprement dit). Les vrais socialistes sont des révolutionnaires intransigeants qui ne s'arrêteront jamais à mi-chemin. Ils veulent par dessus toute chose l'abolition de la propriété individuelle. On n'est vraiment socialiste qu'à ce prix. Les conséquences extrêmes de ce principe sont faciles à voir : guerre aux lois civiles, politiques et économiques, qui tendent à conserver le régime de la propriété individuelle ; guerre à mort aux détenteurs et défenseurs du pouvoir social actuel ; finalement destruction à outrance par la djTiamite et le poignard, insurrection permanente des bas-fonds de la société, en un mot l'anarchie la plus complète.

Par ses principes mêmes, le socialisme est fomentateur d' œuvres bolchévistes. Il a beau prétendre s'enfermer dans certaines limites : les propos qu'il tient et le but qu'il poursuit, le font glisser fatalement sur une pente d'anarchie.

Ouvrez un livre ou un journal franchement socialiste. C'est un foyer en incandescence où s'attise la haine des classes, et où s'enflamment les convoitises populaires. L'orgueil du peuple estflatté, ses instincts les plus bas sont exploités, ses passions les plus redoutables sont sollicitées. On dénonce avec violence l'état actuel du monde. On déblatère sans merci contre ceux qui possèdent, <îontre ceux qui gouvernent. On ne distingue pas

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le droit de Tabus qu'on en fait. Les esprits s'égarent, les cœurs s'aigrissent, les consciences s'atrophient. Les multitudes socialistes, groupées dans des organisations sans foi ni mœurs, apparaissent comme des armées dressées pour la bataille. Comment empêcher que de pareilles troupes, sur l'invite d'un meneur, ne se décident à rompre les derniers liens qui les retiennent, et ne se ruent avec frénésie sur tout ce qui constitue l'autorité et la tradition sociale?

Qui sème le désordre ne peut s'attendre à récolter l'ordre.

Le recrutement anarchiste se fait dans les rangs socialistes.

Plusieurs tenants du socialisme tiennent double langage selon les milieux où ils parlent, et les difficultés qu'ils affrontent. L'un d'eux disait un jour : ^^ Qu'on le déplore ou non, la force est le seul moyen de procéder à la rénovation économique de la société. " Mis en face de ses électeurs, et dans l'espoir de capter le vote bourgeois, le fier homme renia son programme, ou du moins le modifia dans un sens moins effarouchant pour la classe possédante. ^ Des conversions de ce genre n'en imposent qu'aux aveugles et aux naïfs. Elles ne sauraient nous persuader que l'idée socialiste n'a ni lien de doctrine, ni sympathie de méthode, avec l'anarchie.

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