nov. 1919 (Docmn. cathoL, t. ii, pp
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mettre sur pied des armées formidables, couvrir les océans de flottes puissantes, assujettir d'immenses territoires ; elle ne peut, par elle-même, assurer la paix, cete paix véritable qui est la tranquillité de l'ordre, dans la justice due aux peuples, et dans la satisfaction de leurs vœux légitimes et de leurs plus essentiels besoins.
Les peuples placés sous le régime impérialiste se voient astreints, dans l'intérêt même de ce régime, aux plus lourdes charges. Séduits par les rêves les plus grandioses, certains chefs, chefs d'entreprise, chefs d'armée, chefs de cabinet, semblent n'avoir qu'une ambition suprême : étendre le domaine national. L'instrument de cette expansion, de cet effort soutenu de domination et d'hégémonie, c'est le peuple, le peuple conscrit, taxé, réquisitionné. Sur lui pèse, en définitive, sous les formes les plus diverses, tant civiles que militaires, l'impérial fardeau.
L'industrie de la guerre, avec ses multiples perfectionnements, prend alors des proportions incroyables. Les villes se gonflent d'une multitude de travailleurs accourus du fond des campagnes, et irrémédiablement perdus pour l'œuvre du sol.' Rien n'est plus propre à déséquilibrer la vie économique d'un pays. Beaucoup de terres restent incultes, faute de bras. Les denrées se font plus chères. Les classes laborieuses murmurent, s'agitent, réclament un changement de régime. Et
lorsque des meneurs socialistes viennent à se glisser dans leurs rangs et à les embrigader dans des unions sans foi ni loi, les conséquences les plus désastreuses sont à craindre.
Pendant ce temps, le contraste s'accentue entre ceux qui peinent et ceux qui profitent de leurs sueurs. Le scandale d'énormes fortunes, édifiées subitement, par des moyens inavouables, aiguise, nous l'avons dit, les appétits de la foule. Si l'homme voit avec bonheur de dignes compatriotes s'enrichir par leurs talents et leur travail, la vue d'agioteurs malhonnêtes, de brigands du commerce et de la finance, lui inspire une horreur profonde mêlée de colère et d'envie. L'impérialisme n'est souvent qu'un vaste drain où s'engouffre, pour quelques bénéficiaires, l'or des terres convoitées. L'histoire nous montre les plus grands empires s'écroulant sous l'action dissolvante de leurs richesses. L'avenir des empires modernes où tant de passions s'unissent pour précipiter leur ruine, échappera difficilement à cette loi.
Les luttes instestines, les déchéances religieuses, nous paraissent beaucoup plus fatales que les guerres extérieures même les plus meurtrières.
Quelles que puissent être certaines apparences, ni le dogme matérialiste, ni la morale utilitaire, dont s'inspirent aujourd'hui la plupart des Etats, ne peuvent donner au monde l'ordre et la paix. Ce sont les racines nourricières d'une ambition poli-
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tique effrénée. Et lorsque ces influences, sans cesse envahissantes, portent avec elle le mépris de la vraie Eglise, ^ l'hostilité envers ses œuvres, ^la négation protestante et tous les principes de mort qu'elle renferme, l'impérialisme devient un drapeau sous lequel l'intérêt religieux et l' intérêt social, tout ensemble, nous dissuadent de marcher.
Le Pape le déclarait naguère : ^ Dieu seul est le fondateur de la paix, soit dans l'individu, soit dans la société, ipse est pax nostra. Et les nations
1. D'imo lettre de IM. Joseph Denais, correspondant français du Devoir, parue dans ce journal le 20 juin 1921, nous détachons le passage suivant sur lequel nous attirons l'attention du lecteur : " Il paraît indiscutable à quiconque étudie et recherche le pourquoi des choses que les stipulations du traité de Versailles ont été inspirées, dictées par des âmes protestantes, servant un idéal protestant, ou, mieux, assouvissant contre le catholicisme une hostilité qui ne désarme pas. Que l'on considère leur œuvre : autant elle est favorable aux Hussites de Bohème, et aux Juifs de Palestine, autant elle est méfiante envers les Polonais : elle dépèce F Autriche-Hongrie en soumettant les catholiques de Slovaquie aux Tchèques infectés de haine contre Rome, les catholiques de Slovénie et de Croatie aux orthodoxes sectaires de Belgrade, les catholiques de Transylvanie aux Roumains orthodoxes ; elle maintient les catholiques d'Allemagne sous l'hégémonie de la Prusse protestante et s'oppose à l'émancipation de la Bavière qui aurait pu prendre la tête d'une confédération des Etats catholiques du Sud. " — Cf. V Action catholique du 4 août 1921 ; le Devoir du 16 et 17 août 1920.
2. Voir, à propos des missions catholiques, une protestation de Benoît XV, Alloc. Cum multa du 16 déc. 1920, et aussi un important article de la Civiltà catlolica du 4 déc. 1920.