Lettre à l'Archevêque de Sens, 7 oct
l'impérialisme 195
de ses fils. ^ Aigri par les sacrifices qu'on ne cesse de lui imposer, et que souvent ni le devoir, ni l'intérêt véritable de la patrie ne réclament, poussé à la jouissance par la vue de convoitises et de rapacités sans bornes, il se lève dans un accès d'appétit et un sursaut de colère. Il se rue avec fureur non seulement sur les hommes et les partis qu'il juge coupables, mais même sur les institutions les plus anciennes et les plus nécessaires. Il ébranle jusqu'aux colonnes du temple. C'est l'histoire du mouvement socialiste et bolchéviste auquel nous assistons.
La révolution sociale résulte de deux causes très souvent associées, de l'impérialisme qui broie les corps, de l'irréligion qui égare les âmes.
Aucune nation, capable de se gouverner ellemême, ne porte sans frémir le joug d'un conquérant. L'instinct de l'indépendance est ancré au cœur des peuples. Et si certaines circonstances,
1. Notons bien ces paroles de Benoît XV {Motu proprio da 25 juil. 1920) : "Alors qu'une envie mortelle et une lutte sans merci opposaient déjà l'un à l'autre le riche et le prolétaire, une guerre prolongée et générale est venue développer et exaspérer cette haine entre les classes, par cela surtout qu'elle a in posé à la masse un intolérable lenchéristement de la vie, tandis qu'elle procurait brusquement à quelques privilégiés des fortunes colossales. "
certains droits historiques peuvent, parfois, imposer à cet instinct de justes lois, il n'en est pas moins conforme aux desseins de la nature et aux aspirations communes que les sociétés se développent dans le sens de leur autonomie.
Cette tendance naturelle ne peut être contrariée sans un malaise souvent très profond.
Et là même où l'impérialisme n'engendre pas de révolution, il crée de sérieux obstacles à la paix sociale. Nous n'avons pas besoin de remonter bien loin dans l'histoire pour en découvrir la preuve. Cette preuve est sous nos yeux, dans la Conférence récente d'où devait sortir la paix du monde, et dont tous les esprits impartiaux s'accordent à déplorer la faillite.
De cette paix toute secouée de convulsions, écrivait il y a quelques mois 1"' Osservatore romano, "^ quels sont les responsables ? Que sont-ils ? Où sont-ils ? Valent-ils mieux ou moins encore que les responsables de la guerre ? Il est, certes, difficile de trouver un homme politique qui, au cours des cinquante dernières années, ne se soit rendu complice de la conflagration quasi mondiale ; mais il n'est pas moins malaisé d'innocenter de ce sabotage de la paix le monde politique qui a prétendu l'imposer aux Etats et aux nations.
L'impérialisme est incapable, pour plusieurs raisons, d'établir une paix durable.
Il est basé sur la force. Or, la force peut bien