‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 1 sur 140 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

MA Préface, ami lecteur, ne vous ennuiera pas longtemps. Pour votre bien, celui de mon livre, et le mien, elle sera courte ; ce sera son premier mérite. J'espère qu'elle en aura un second ; elle sera claire.

Ce que j'ai voulu dans ces Études et Causeries ('), vous le verrez, j'imagine, sans effort ni peine. J'ai voulu être vrai, être juste, être utile. J'ai parlé d'auteurs connus, d'œuvres fameuses, dont on a beaucoup parlé avant moi ; dont on n'a rien laissé à dire ; sauf, je crois, plusieurs choses qui doivent être dites.

Dans ce volume, et dans d'autres peut-être, il ne sera question que de morts. DIEU les a jugés : leurs livres restent. Us continuent à enrichir les librairies, à charmer, éblouir, passionner lés lecteurs ; parfois à leur fausser l'esprit ; souvent à les pervertir. Ce qui est beau et pur, nous le louons de toute notre énergie ; pour le reste, notre devoir est de le condamner, notre honneur, de le flétrir : chose à quoi les critiques à la mode ne s'emploient guère.

Un chansonnier a émis cet axiome, dans une chanson célèbre, que « Tout est grand dans un grand homme » ; l'axiome est faux. Et puis, qu'est-ce qu'un grand homme ? C'a été l'erreur du siècle qui finit, de nous imposer en qualité de grands hommes, des malfaiteurs de toute taille, des mécréants de toute venue. Combien d'idoles, hissées à tous les carrefours de la politique ou de la littérature, qui méritent autre chose que de l'encens ! Combien de géants qui furent des nains — et moins encore !

Je ne saurais donc avouer que j'ai écrit, selon la formule de Tacite, sine ira aut studio. Il est impossible

Page 1