Année terrible
enfant ». Est-ce à dire que la bonté, la compassion, la clémence du poète se soient uniquement épanchées sur ces objets si simples, si communs, en ce sens qu'ils attendrissent tout cœur bien né ? S'il en allait de la sorte, V. Hugo ne serait plus V. Hugo, car il n'étonnerait plus. Son cœur « rempli de charité » déborde en torrents, en déluges de mots, sur mille autres choses ; je dis mille : c'est une façon de parler vague et vieille, mais la seule qui convienne. Trop long serait l'inventaire de ces choses sans nombre et sans nom, en l'honneur desquelles il a pleuré des rimes, ou chanté des sérénades ineffables, des aubades inouïes. Nous n'apprenons rien à personne en notant les prédilections de ce cœur incroyablement tendre pour toutes les vilaines bêtes. Au temps où il était € enfant, petit, cruel » ('), — il y a longtemps de cela, — au soir où il vit un vieux âne écloppé, maigre et sourd, harassé, boiteux et lamentable, lourd, rompu, morne, écorché, etc., épargner un crapaud si hideux que la mort le refusait, une voix venue de la voûte « bleue et noire » lui dit : « Sois bon » ; et depuis ce soir-là, le crapaud, « pauvre monstre aux yeux doux », lui arrache des larmes et de la copie. Plus tard, comptant déjà onze lustres, il entendit sur la grève d'Azette, p*ès de son logis de Marine-Terrace , une Bouche (V ombre lui crier :
Pleurez sur les laideurs et les ignominies, Pleurez sur l'araignée immonde, sur le ver, Sur la limace au dos mouillé comme l'hiver (?), Sur le vil puceron qu'on voit aux feuilles pendre, Sur le crabe hideux, sur l'affreux scolopendre, Sur l'effrayant crapaud (2)