‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 17 sur 140 · Contemplations · texte numérisé non relu

Contemplations

Nous savons de lui-même comment sa chanté pour les crabes « hideux » se traduisit, sur cette même grève d'Azette, par une mise en liberté et en mer d'un crabe qui le mordit ; il le fit avec cette clause touchante : « Vis et sois béni, pauvre maudit ! » Une autre fois, ce cœur sensible s'émeut en face d'une chouette clouée sur une porte et qui lui suggère un blasphème imbécile contre JÉSUS-CHRIST attaché à la croix (J). Ailleurs, le poète se pâme devant un pauvre chien qui crève (2) ; puis il se penche avec une complaisance d'imagination, en compagnie du sultan Mourad, sur un « porc fétide », pour en écarter les mouches (3). Les mouches elles-mêmes, en train de mourir, excitent sa clémence ; et il chante les enfants, « anges aux cheveux d'or », qui soufflent sur la mouche expirante, « pour qu'elle vole encore ». Chacun sait que les enfants aux cheveux d'or ou d ebène n'y mettent pas tant de façons .avec les parasites ailés, et qu'ils s'accordent le plus souvent, sans malice aucune, les récréations de Domitien. Mais V. Hugo eût craint de faire souffrir une . mouche, ou de poser le pied sur un ver, sur une limace « au dos mouillé ». Un jour, dans une des îles normandes, il en fit l'aveu à un prêtre français, duquel je tiens le fait. « Si je rencontrais, dit-il à ce prêtre, un insecte dans une allée de mon jardin, j'éviterais de l'écraser ; je crois que DlEU me traitera de même ; il

i. J'ai le regret d'être ici d'un avis absolument opposé à celui de M. E. Faguet. Comment un esprit si délicat peut-il appeler « assez ingénieux, poétique, exact », un rapprochement grotesque et impie ? « L'étrangeté même en relève la saveur », ajoute le critique (p. 186-187) ! l'étrangeté ne relève rien, et ne fait que ressortir le manque de tact, qui est presque — je cite M. E. Faguet — la vertu maîtresse du génie de V. Hugo.

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