‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 48 sur 140 · I. Année terrible, p · texte numérisé non relu

I. Année terrible, p

Études et Causeries. c

cette gloire avec plusieurs autres ; par exemple avec M. A. Barbou, lequel soupire : « Quelle philosophie est donc plus claire, plus douce, plus consolante, plus élevée, que celle enseignée par V. Hugo?» (p. 285.) Le rédacteur en chef de la Revue littéraire et artistique disait de même, au temps des risibles funérailles de Hugo : < Ce qui meurt avec V. Hugo, c'est., la philosophie qui rassure et qui élève. » (15 juin 1885.) De là vient sans nul doute l'état d'aplatissement et de découragement où gît notre pays : Hugo est mort, la philosophie est trépassée ; Astrée a quitté la terre ! hélas ! et les énormités ne coûtent rien aux preneurs de l'homme énorme.

De quelle école philosophique se réclame V. Hugo ? D'aucune ; Nullius addictus jurare in verba magistri. Pardon, il est de toutes les écoles ; j'entends de toutes les extravagantes, mais successivement, et sans le savoir. Comme l'Ane, qui est son porte-voix, il a fait le procès à tous les philosophes ; il les a nommés tous, ou peu s'en faut, dans les ineffables grappes de noms qu'il enfile au caprice de la rime ou du rythme ; il n'en connaît pas un. Je ne serais pas étonné qu'il eût attribué le Novum organum à Descartes ; comme, selon Tourguénef, il attribua un jour à Goethe la trilogie de Wallenstein. Mais, suivant l'impression, l'occasion de l'antithèse, d'une consonance inouïe, d'une excentricité inédite, il adopte une doctrine, puis court à une autre, à seule fin de pouvoir se contredire et stupéfier la bourgeoisie ; et à tour de rôle, comme maître Jacques, il endosse n'importe quel costume de sophiste, de rêveur, d'halluciné. Pas une idée qu'il n'ait émise et réfutée ; pas un système baroque qu'il n'ait deviné d'instinct et

qu'il ne se soit approprié, avec la persuasion que lui seul a pensé et dit ce qu'il dit et pense : autrement il lui faudrait baisser la tête pour entrer dans le moule d'autrui ; cela répugne à sa dignité de mont Atlas ; car il veut être « son propre géant ('). »

Au surplus, sa méthode ordinaire — il en a plusieurs — est extrêmement peu compliquée ; elle ressemble fort à celle de Pilate disant : Quid est veritas ? puis tournant les talons, V. Hugo se pose un problème quelconque touchant la nature, l'âme, la destinée humaine, le mal, le bien (le mal qui est le bien et le bien qui est le mal), ou tout bonnement une de ces

Questions que les abeilles font,

Et que le lis naïf pose au moineau profond ; (2)

là-dessus il aligne une page, deux pages, dix pages de : Pourquoi très imagés ; et conclut : Je ne sais pas. Exemple :

Je ne comprends pas

Dans quel but Dieu livra les empires, le monde, Les âmes, les enfants dressant leur tête blonde, Les temples, les foyers, les vierges, les époux, L'homme, à l'épouvantable immensité des poux. (3)

Ou bien il s'arrête court devant sa propre question,

Ébloui, haletant, stupide, épouvanté ; (4)

il se forge des cauchemars, s'étonne de sa hardiesse, et pousse des exclamations dignes de celles que ferait

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