L A BOITE A PERRETTE
Le document qui suit est tout au plus une curiosité bibliographique; l’anecdote qu’il raconte n’a par ellemême qu’un bien faible intérêt historique.
Aucun nom propre n’est prononcé, le fait est banal. C’était au temps des luttes religieuses; les huguenots de Vendôme, pour soutenir leurs partisans soulevés et assiégés à La Rochelle en 4627-1628, font en secret une quête dans leur temple. Le mot d’ordre : ce N'oubliez point Perrette », attire l’attention de deux jeunes catholiques, qui s’en font habilement donner la clef et dénoncent le complot. C’est tout.
M ais la pièce est rarissime et n’a pas été signalée dans la bibliographie vendômois'6.
La bibliothèque de Chartres possède une collection rare de brochures in-12, reliées en 106 volumes (T), sous le titre de Miscellanea. Le Pot aux Roses s’y trouve deux fois, dans le volume 43, n° 10, mesurant 0,146 sur 0,090. il est rogné; et dans le volume 105, n° 61, avec des dimensions plus grandes, car il est en toutes marges, soit 0,455 sur 0,097.
(I ) Nous avons compté 1672 brochures dans les 100 volumes qui restent ; les volumes 37, 61, 85, 86, 88 et 100 sont perdus.
La partie imprimée a 0,125 sur 0,075 et comprend huit pages, à 21 lignes à la page, en caractères elzéviriens.
Au dessous du titre on lit : « A Paris, par' Anthoine Lasnon, imprimeur et libraire. »
Or, c’est là que liait le premier problème.
Nous avons consulté YUisloh'e de V Imprimerie et de la Librairie jusqu'en 1689, sans nom d’auteur, mais en réalité écrite par Jean de la Caille, qui l’a imprimée eu 1680. La Caille était un bibliophile et un savant. Or, le nom de Lasnon ne s’y trouve pas.
Aucun autre auteur ne le cite.
Lasnon est donc un pseudonyme. D’ailleurs, ce nom, s’il est décomposé à l’aide d’une apostrophe, exhale un parfum particulier aux docteurs de l’académie de Mirebeau (1).
La mauvaise impression et la qualité par trop inférieure du papier écartent, à première vue, un véritable imprimeur parisien, et révèlent une de ces officines occultes, assez nombreuses dans ces temps de trouble.
Où était cette imprimerie clandestine? Quel était le véritable imprimeur ?
Ce n’est pas la première fois que la renommée accuse les caves profondes creusées dans les coteaux du Vendu mois d’avoir servi de refuge à des ateliers de cette nature. Les Provinciales y auraient été, à l’insu de l’autorité royale, livrées à l’impression.
Faut-il attribuera uol re brochure une semblable origine?
lie mystère, toutefois, nous montre l’acuité extrême et persistante des haines de partis. Le dénonciateur craint évidemment d’ètre découvert et d'être victime d’une vengeance.
(1) Mirebeau, en Poitou, célèbre par son immense foire aux ânes, que le Poitevin, né malin, décore du nom d 'Académie.
De part et d’autre, les moindres démarches sont épiées et dénoncées. Ce n’est plus la guerre fi ère et loyale, et si coupable que soit le malheureux quêteur pour Perrette, nous ne saurions nous associer au vœu de son habile détective et le voir sans regret « danser un branle sans mettre pied à terre. »
Ce problème n’est pas le seul.
Que signifie, dans la circonstance, ce surnom de Perrette? Est-ce un personnage réel ou fictif?
Nous avions désespéré d’abord de répondre à ces deux questions.
Mais n’est-il pas un bon génie pour les pauvres chercheurs ?
L’année dernière, à pareille époque, trois doctes archéologues vendômois vinrent errer dans les plaines de la JBeauce. .l’eus l’honneur de les suivre. Je le fis, haud passibus opt/uis, il est vrai, mais avec un sensible plaisir.
Après avoir recueilli quelques silex taillés, on se réfugia dans un castel ami, voisin d’une vieille commanderie de Templiers.
C’était le cas d’évoquer les génies de I histoire.
Qu’était-ce que Perrette ?
La figure riante et naïve de l’ambitieuse Perrette de La Fontaine était trop poétique pour confondre un instant son pot au lait avec le mystérieux pot aux roses des conspirateurs huguenots.
M. Noue!, supérieurement inspiré, ouvrit à la bonne page un volume de la Société archéologique de Chartres (. Procès-uerbaux , vi, page 75), et nous lut le passage suivant. 11 s’agissait de la célèbre duchesse d’Etampes,
qui « luthérienne de cœur, donnait chaque année une partie de son revenu dans la boite à Perrette » (j).
C’était une découverte. Nos conspirateurs avaient une boîte; ils quémandaient pour Perrette; Anne de l’isseleu donnait à la boite à Perrette.
Cette boite à Perrette était évidemment la comparse de mon Pot au Roses.
Sans désemparer, nous convînmes, M. Nouel et moi, de les unir ensemble, et le mariage fut décidé.
De là, pour moi, l’obligation grave de mieux connaître Perrette, la dame et maîtresse de cette boite qui devait filer des jours heureux à mon Pot au»' Roses.
.le suis donc allé de suite aux renseignements près des personnages les plus instruits et les mieux autorisés.
Littré écrit : « Boite à Perrette, argent, valeurs mises de côté pour un besoin. M. de Montmorency n’a pas manqué de tester et d’établir lidéi-commis sur lidéieommis en faveur de la boite à Perrette, caisse secrète pour les Jansénistes ».
Maurice Méjan, dans son Recueil îles Causes célèbres, dit : « On appelle boite à Perrette, des capitaux ou immeubles dont le produit doit être appliqué à des bonnes œuvres... Les premiers fonds ainsi constitués viennent de Nicole, qui, près de mourir, en donna la gestion à sa gouvernante, femme d’esprit et de piété. Elle se nommait Perrette, de là est venue la dénomination de boite à Perrette ».
Barbier, dans son Journal ou Chronique de la Rétjenee , et son éditeur Louandre, sont du même avis.
(1) La duchesse d’Etampes (d’après Mézeray) n'alla plus à la messe que dans les jours solennels... elle mettait le reste de ses biens dans l’endroit qu’on appelait alors la « boëte à Perrette », c’est-à-dire entre les mains de ceux qui le distribuaient aux pauvres Calvinistes ( Dictionnaire de Bayle) .
Mais cette Perrette, gouvernante de Nicole, ne peut être que la petite tille de la nôtre, qui vivait en 1628.
La Mésengère, dans son Dictionnaire de s Proverbes français, s’approche davantage de la vérité : « Boite à Perrette, boite aux aumônes... Perrette est un des prénoms (pie portent les femmes du petit peuple. Par dérision, les catholiques appelèrent boite à Perrette, les boites aux aumônes des temples protestants ».
Claude Petit, dans Paris ridicule, en demande des nouvelles :
« Où vont tous ces petits bateaux?
Font-ils voile pour l’Angleterre?
En veulent-ils aux Dunquerkois,
Ou bien sur le lac genevois Vont-ils à la pèche aux macreuses?
Ou ne sonl-ce point, que scait-on,
La flotte des brebis galeuses,
Qui vont au presche à Gharenton ?
Nous avons trouvé la cachette,
Elles sont en habit décent.
lié ! de grâce ! un mot en passant,
Comment va la Boète à Perrette? »
Evidemment, ht boite à Perrette est une caisse bien dotée, riche des aumônes de tous les mécréants qui en veulent au catholicisme, protestants ou jansénistes (1). Ne va-t-elle pas comme un gant à mon Pot aux Roses ?
Mais, encore une lois, qu’est-ce que Perrette? Cette Perrette que nos rebelles vendômois ne devaient pas oublier. Est-ce une personne, une armée, une ville chère aux huguenots?
( I ) La boite à Perrette existe toujours. En 1778, d’après Ch. Louandre, elle s’élevait à la mort de M. Rouillé des Filletières, sans cesse alimentée par des dons volontaires, à onze cent mille livres. Les héritiers voulurent s’en emparer et plaidèrent contre les légataires; mais ils lurent déboutés de leurs prétentions. On prétend que la boite à Perrette a traversé toutes nos révolutions et qu’elle existe encore sous la protection de quelques pieux jansénistes. Pour tous ces renseignements, voir le dictionnaire de Larousse,
Les érudits n’ayant pu nous l’apprendre, il nous fallait interroger les contemporains, amis ou rivaux de la dite Perrette. Les rivaux de préférence; ils sont d’une éloquence rare pour révéler les défauts de leur cher prochain.
Et de compulser les brochures du commencement du xvn« siècle.
La collection des Miscellamea (1) nous en présenta plusieurs; l’un, tout d’abord-, dont voici le titie éminemment "suggestif :
« Les Regret,* et lamentai ions des Rebelles sur la mort « de leur grand mère Perrette, avec l’inventaire de ses « biens trouvez dans sa maison sugvanl la copie impri- « niée à la Rochelle par Isciac le Maigre, imprimeur « ordinaire de laditte défaille Perrette. »
Le second titre, au feuillet suivant, diffère peu : « Les « tristes regrets îles rebelles au rog sur la mort de leur « grand mère Perrette , avec F inventaire de ses biens « trouvez en la maison où elle est décédée. »
Au verso 'le la couverture est une gravure sur bois représentant un joueur de tambourin et un joueur de cornemuse, qui, bientôt, nous aideront à résoudre le second problème.
Perrette va donc nous être révélée, puisque rien ne fait mieux connaître quelqu’un que sa fortune, ses biens, ses meubles, ses livres. On y voit ses goûts, ses pensées, ses passions.
Le libellulle commence par une adresse au lecteur; la voici :
« Messieurs, vous verrez en ce présent traité la déso- « lation et les regrets que font les llochelois et tous leurs « suppôts rebelles au Roy de leur grand mère Perrette, « la voyant délaissée et abandonnée de tous ses ministres
(1) Volume 101.
« et suppôts. Car touttes leurs prières et lamentations « n’ont esté suffisantes d’esmouvoir Calvin, Bèze et Luther a pour la secourir en ses urgentes nécessitez, veu qu’elle « estoit tellement oppressée de si valeureux champions « qu’il luy a fallu faire le sault et enfin rendre ce qu’elle « avoit indignement possédé de ses prédécesseurs ».
« C’est pourquoy les dits Calvin, Bèze et Luth'er, « craignans d’estre chargez de même façon que les « Anglais, ont esté sourds à leurs prières et ont mieux ci aymé voir périr leur grande mère Perrette que d’oser cc seulement desployer leurs enseignes pour luy donner « secours; si bien que ce qui jadis servoit à estimer « Calvin, sera maintenant sacrifié et dédié à l’honneur « de Dieu et de nostre puissant et valeureux Roy de « France Louis le juste, auquel nous devons présenter « humblement nos vœux et nos vies. »
Perrette a pris corps. Ce n’est plus une énigme. Cette Perrette qui a succombé, que les disciples de Luther, Bèze et Calvin n’ont pu sauver de la main triomphante du Roi; cette Perrette dont la chute, la mort fait gémir et se lamenter tous les rebelles, c’est-à-dire les huguenots, c’esl bien la ville de La Rochelle; c’est pour La Rochelle que l’on a quêté, que l’on a mis dans la boite à Perrette. Mais consultons de nouveau la brochure.
En tète vient « Y Invocation des Rebelles à Lui fier, Calvin et Bèze pour leur donne r secours ».
« O Dieu, hé? Qu’est-cecy ? O malheur des malheurs!
« Que nous sommes oppressés do cuisantes douleurs « Nous avions maintei’ois gardé nostre Perrete,
« Sans être secouru, ny sans aucune perte,
« Aujourd’hui, malheureux! sans aucunes vertus,
« Par la main des Gaulois nous sommes abattis !
« Hélas, frères ! pleurons, pleurons donc tous ensemble, ci Et qu’un chacun de nous en quelque lieu s’assemble,
« Afin que nous prions Luther, Bèze et Calvin,
« Qu’ils nous puissent garder d’une si grande perte,
« Car nous ne scaurions pas ensevelir Perrete.
« Elle est morte, il est vray, mais si Luther vouloit « Envoyer des soldats, il la garantiroit.
« Calvin de son costé nous pourroit bien défendre « S’il vouloit icy bas en nos remparts descendre.
« Bèze, recov nos vœux, regarde la Rochelle « Et prens pitié de nous, de ta mère fidelle.
« Nous t’eussions honoré de dix milles honneurs,
« Bien plus que n’auront pas tant et tant de seigneurs,
« Qui dedans nos rem pars d’une dexlre légère « Ont abatu ce jour nostre pauvre mégère.
« Perrette n’a receu aucune souvenance (( Que tu ayes jamais condamné son ollence. »
C’est, on le voit, toujours lit même allégorie. La Rochelle voilée sous le nom de Perrette. Il ne peut y avoir ici aucun doute.
L’inventaire des biens de la defifunte grande mère Perrette, ne sera qu’une plaisanterie lourde et parfois peu convenable.
En voici quelques articles :
et Premièrement, PP200 livres pesant de Lardoires, « servant à larder les viandes qui se mangeoient en la cc maison où est décède la dite grande mère Perrette, cc durant le caresme, quatre temps, vigiles et nôtres « temps deffendus d’en manger par l’église catholique, « apostolique et romaine.
« Plus une vieille bible, où il n’y a ni lin ne commence cernent (J), de la nouvelle reformation, de l’impression « de Genève, où dans icelle s’est trouvé les besicles ou cc lunettes de quoy se servoit jadis Théodore de Bèze
(1) Défense ayant été faite aux réformés d’éditer la bible, ceux-ci, pour sauvegarder les imprimeurs , supprimèrent les premiers et derniers feuillets. Les bibles « sans /in ni commencement » sont donc une curiosité bibliographique aujourd’hui rarissime.
« lorsqu’il en faisoit l'interprétation à sa fantaisie à ses « disciples. i>
« Autres meubles trouvez dans son cabinet.
« Premièrement, treize diamants, trois de largeur d’un
« pouce, deux de la largeur d’un tailloir de bois
« quinze emeraudes, trois de la semblance d’une selle « percée, six du calibre d’une poele à frire, et six de « la forme d’un fer de cheval.
« Une boete de fer dorée de cuyure, la quelle servoit à « quester pour la deffuncte grande mère Perre tte pendant « sa maladie.
« Trois sardoines du calibre de la grosse Guillemette « de Troyes.
« Huit cassidoiues, cinq de la grosseur des dents « machelières de Gargantua. »
« Deux escarboucles, l'vne de la grandeur et de la « grosseur de la pierre leuée près de Poictiers et l’autre « de la grandeur du vau dequoy on vannoit l’avoine qu’on « donnoit à la jument qui portoit Gargantua quand il « faisoit la guerre au roy des Goths et Magotbs...
« Autres drogues trou liées dans vne armoire à costé « duel ict cabinet.
« L os coronal d’une puce — - Quatre onces île la cervelle «. d’une hache — Une corne de lièvre, de longueur « d’une espée à deux mains...
« Toutes lequel les choses ont été mises entre les « mains de Jean Pousse- A vaut, l’un des amis de la dite « cleffuncte Perrette, qui a promis les représenter quand y besoin sera. »
« Fait à la Rochelle, le 35e jour du mois qui vient, es « présence de Lucas Guignard, Fiacre Lambaleu, Josué « Lasd’aller et Macé Mourant, tous parons et héritiers de « ladite défuncte Perrette, lesquels ont déclaré scavoir « mieux boire que signer. — Lesbahy. Collation : « 0 650 437 000 livres. »
A la dernière page de l’opuscule est une gravure représentant un cavalier parlant à un piéton arrêté devant lui. Elle ne nous sera pas inutile pour retrouver l’imprimeur de l’un et l’autre pamphlet.
Nous avons retrouvé dans cette pièce lafameuse « boite « de fer, « la boite à Perrette », dorée de cuyvre, laquelle « servait à quester pour la defunte qrand mère Perrette « pendant s a maladie. »
Or, nous le voyons encore, Perrette est bien la ville de La Rochelle; on quêtait pour elle pendant sa maladie, c’est-à-dire pendant le siège; mais ni 1rs prières à Luther, Bèze et Calvin, ni les secours des Anglais n’ont pu l’empêcher de mourir, c’est-à-dire d’être prise par le roi catholique.
Le tilre même de notre Pot-aux-Roses ne Faisait-il pas entendre tout cela ? Qu’est-ce que cette levée de deniers pour soudoyer les soldats de La Rochelle Faite sous cette formule magique : u' oubliez point Perret le. Donner pour La Rochelle et ne pas oublier Perrette étaient alors synonymes.
Le premier problème est donc résolu grâce au témoignage indéniable d’un témoin contemporain, d’un rival de Perrette.
Mais serons-nous aussi heureux pour le second, à savoir quel est l’imprimeur de notre opuscule le Pot aux Roses ; et nous pourrions ajouter aussi de l’opuscule intitulé : Les Reqrets et Lumen lu lions des Rebelles ? ( la r ils ont ensemble une véritable parenté ; ils s’occupent du même objet, se trouvent dans le même recueil, à quelques pages ; on y voit des caractères elzévirs de la même Forme et des mêmes dimensions, absolument semblables; l’un et l’autre se cachent derrière l’anonyme : isaac Le Maigre ou Anthoine Lasnon ne sont que des jeux de mots d’un atticisme des plus douteux. L’Asnon et Le Maigre se ressemble® et peuvent sans déchoir prendre place au même râtelier, à l’écurie.
Mais encore qui donc se dérobe derrière ce pseudonyme?
Nous avons déjà dit qu’au verso. du titre des Regrets et Lamentations sont figurés deux joueurs, l’un du tambourin et l’autre de la cornemuse, et qu’à la fin de l’opuscule était représenté un cavalier en colloque avec un piéton.
Or, le premier bois est également reproduit, exactement, identiquement le même, au dernier feuillet d’un troisième opuscule de la même collection, intitulé : « Mémoire véritable du prix excessif des vivres de la « Rochelle pendant le siège, envoyé à la reine mère » (1).
Ce Mémoire a été imprimé « à Chartres, chez Claude Peigné, imprimeur, rue des Trois-Maillets, en 1028, avec permission. »
La gravure se trouve une troisième Ibis dans une dernière brochure datée de 1629, l’année d’après le siège de La Rochelle, sous le titre : « Discours es pouvant aide des signes qui sont apparu z tant au ciel que sur la mer de Gennes, avec les prodiges du sang qui est tombé en pluie du costé de Nice, etc. » Celui-ci est également orné de la planche du cavalier et du piéton.
Tous ces opuscules sont frères. Outre les gravures employées simultanément, ils sont composés avec des caractères elzévirs qui se retrouvent avec différentes dispositions, mais sont de la même forme, du même point, de la même épaisseur.
(h Le lecteur sera peut-être curieux de connaître quelques-uns de ces prix : La livre de cheval, G livres; la livre de chien, 20 sols; la teste de chien, 10 livres ; un œut, S livres; une poulie, 24 livres; un mouton, 300 livres; la livre de sucre, 24 livres; deux feuilles de choux, 5 sols ; un oignon, 10 sols ; la livre de viande d’asne, 32 sols; fonce de pain ordinaire, 32 sols; fonce de pain de paille fait avec sucre, 22 sols ; la livre de beurre, 18 livres ; fonce de pain d’iris, avec sucre, 24 sols, etc..., etc... »
L’un d’eux est signé par l’imprimeur, les autres gardent l’anonyme ou se couvrent sous un nom trompeur, mais ils ont évidemment la même origine.
Ajoutez à cela l’identité du format, la mauvaise qualité du papier, leur réunion nullement fortuite dans la collection d’un bibliophile chartrain, et vous n’hésiterez plus à les attribuer tous au même imprimeur.
Les uns sont de véritables pamphlets; ils ont été édités sans permission ; Claude Peigné, sous peine d’amendes considérables et d’interdiction, ne pouvait y apposer son nom. L’autre est inoffensif; en le signant, Claude Peigné s’est avoué l’éditeur des premiers; et le second problème se trouve pour nous résolu avec certitude.
Ces caractères de parenté avaient déjà frappé M. Durand, imprimeur à Chartres; et dans ses recherches sur l'imprimerie cbartraine, il n’avait pas craint d’attribuer à CL Peigné la paternité du Pot aux Rose*.
Nous pouvons- en toute confiance adopter cette même conclusion.
Le Pot aux Roses et la Boite à Perrette sont désormais parfaitement connus; ils feront ensemble un couple parfaitement assorti. Mais nous ne leur souhaiterons pas une nombreuse postérité. Il y a toujours trop de ces productions malignes, fruits du trouble et de la discorde.
Nous reproduisons avec la plus grande fidélité, page par page, ligne par ligne, la brochure qui a été l’objet de cette étude. Les caractères elzévirs eux-mêmes se rapprochent le plus possible de ceux employés, en 1(328, par Claude Peigné, de Chartres. Grâce à l’encadrement formé par un simple tilet, on aura les dimensions exactes du libellule.
Nous supprimons quelques abréviations usitées alors, mais que les progrès de l’imprimerie moderne rendent impossibles.
Ch. MELAIS.