‹ Études et documentsChapitre 29 sur 54 · LE POT · texte numérisé non relu

LE POT

AVX ROSES

DESCOVVERT, DES

Rebelles du Vendofmois, fur la leuée des deniers qu’ils faisoient pour foudoyer les Soldait s de la Rochelle

Auec l’emprisonnement de celuy qui estait député pour faire la leuée desdits deniers : ik. l’explication du mot n’oubliez point perrete

A PARIS

Par ANTHOINE LASNON Imprimeur & Libraire

LE POT AUX ROSES DEScouuert des rebelles du Vendosmois, sur la leuée des deniers qu’ils faisoient, pour soudover les soldats de la Rochelle.

DIEV qui, par sa toute puissance, régist et gouverne toutes choses, et dispose, selon son bon plaisir , de toutes les créatures , s’est réserué vn soin particulier des Roys de la terre, comme estant personnes sacrées, ausquelles il n’est licite de contredire ou résister en aucune manière : Et principalement, il def-

fend très expressément aux suiects de controller les actions de leurs Roys , s ’ armer contr ’ eux , et taire aucune chose au préiudice de leur estât , qui ne peut estre troublé par aucune voye , ny par aucun home

sans qu’il se rende et fasse recognoistre criminel de lèze Maiesté , violateur des loix diuines et humaines,

perturbateur du repos de sa patrie ; & en suite qu’il n’attire sur sa coulpable teste l’yre a la colère du Roy des Roys, et protecteur d’iceux.

Mais l’ennemy du genre humain, prince des tenebres, ce serpent sé-

ducteur du pauure home , qui ne se repaist que d’horreur , de sang & carnage, sans qu’il en puist estre iamais saoul lé, & qui partie ulièremet incite les homes , pour les faire tresbucher en l’abisme infernal , afin de les rendre ses complices, a suscité, en ceste monarchie françoise , des séducteurs rebelles , qui pour signal 1er leur désobéissance ,

non seulement s’enferment et fortifient dans les villes qui leur en ont

esté baillées par la trop grande bonté & clémence de nos Roys , pour résister & faire plus facillement la sourde oreille à leur légitimes successeurs ; mais encor, sont si téméraires, que de faire leuée de deniers, secrètement entr’eux , pour payer et soudoyer les soldats qui dans les dites villes portent les armes contre le service de nostre bon Roy, Louis, comme il s’est veu depuis quelques iours das le Vendosmois.

Où il conuient sçauoir , qu’en ce pays il à esté descouuert vn certain personnage , lequel auoit la charge des généraux de ceux de la religion prétendue reformée (rebelle à sa

Maiesté) de leuer parmy les religion naires du Vendosmois certains deniers pour payer les soldats qui portent les armes dans la

Rochelle & autre ville, contre le seruice du Roy ; lequel à esté pris

& mené prisonnier dans la ville de Paris, pour estre présenté au Roy.

Où il nous faut noter que les tesmoings qui ont descouuert ledit personage faisant leuée desdits deniers, ont rapporté que ledit per-

sonnage auoit & tenoit à la porte du temple vue certaine boitte , &

& au lieu de dire, à ceux qui entraient et sortoient , n’oubliez point la Rochelle , disoit à toux, N’oublie { point perrette, n'oublie point perrette, n’oublie ^ point perrette.

Et ainsi chacun donnoit à la boitte pour perrette

Et ce qui leur a fait descouurir ceste queste ou récolté de deniers pour perrette , ce fut qu’vn iour, deux ieunes hommes bien cou-

uerts et enfans de bonne famille,

ayant mine plustost de Gentilshommes que de bourgeois , estant curieux de voir & recognoistre la façon de faire & de prier qu’a-

uoient ceux de l’eglise reformée, entrèrent, par vn iour de Dimanche, dans vn temple du Vendosmois ; & feignant d’estre du nombre des catholiques à gros grains, après auoir entendu le presche &

toutes leurs façons de faire, ils vei-

rent ce personnage à la porte du temple , la boitte en main , lequel disoit à tous : n oublie \ point perrette, n’oublie ^ point perrette , n’oublie ^ point perrette ; dont ces deux ieunes hommes , voyant que chacun donnoit

à la boitte pour perrette , désirant

de sçauoir ce que signifioit cela , ils demeurèrent à sortir des derniers

du temple ; puis , voyant ce personnage seul, luy dirent bas à l’oreille, Que dit on, Monsieur, de nos pauures freres de la Rochelle ? Messieurs, leur dit le dit personnage, ils sont grandement oppressez & les viures leur défaillent ; hé quoy ! se luy dit l’vn de ses deux ; que ne demandez vous pour eux , comme nous faisons en nostre pais, non point à vous amuser à demander pour perrettc Messieurs , leur dit le personnage, c’est aussi pour eux que nous demandons ; mais craignans que les

papistes ne nous descou urent, nostre consistoire a trouué bon d’vser de ce mot n oublie^ point pcrrette, au lieu de dire n’oubliez point la Rochelle,

Et ainsi, quand nous auons tait vne leuée d’vue somme de deniers, nous les allons liurer entre les mains

d’vn de nos administrateurs, qui auec les deniers qui se leuent par toutes les églises reformées de France, les fait tenir par subtil moyen à nos freres de la Rochelle, pour payer les soldats qui combattent pour eux.

Ce qu’ayant ouy , ces deux ieunes hommes, respondirent : c’est vser à

vous d’vne très belle discrétion ; &

puis prenant congé dudit personnage, s’en allèrent descouurir la trahison & le pot aux roses de ces traistres à sa Majesté.

Voyla connue de jour en ionr Dieu suscite des personnes pour descouurir lu perfidie des traistres à nosire 'Rpv, qui connue des Indus font protestation luy estre fidelles ; mais que ccs traistres se donnent de garde, qu’estant pris, on ne leur face dancer vu branle sans mettre pied à terre, connue l’on fera à celuy qui disoit : n’oublie \ point perrette. Fin.

le Gérant : F. EMPAYTAZ.

Vendôme. — lmp. F. EM'TA YTAZ

UN

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