AYANT-PROPOS
Chartres eut à soutenir, dans la dernière moitié du xvic siècle, deux sièges restés célèbres. Le premier, en 1568, par le prince de Condé, fut repoussé victorieusement par Antoine de Lignières. Les Chartrains en conservent religieusement le souvenir comme d’une gloire impérissable h Le second ne fut point, il est vrai, couronné par la victoire, mais comme brillant fait d’armes il ne le cède en rien au premier ; il le surpasse même par la lutte terrible et prolongée, par les assauts furieux que les assiégés eurent à
i. Nous avons sous presse le récit primitif, encore inédit, de ce premier siège.
(Cli. M.)
CAKNiST DK LA SAWIKT.
CARNET DE LA SABRETACHE
soutenir. Le premier avait duré 15 jours, du 28 février au 15 mars 1568; le second commença le 10 février 1591 pour finir par une honorable capitulation le 19 avril, après 68 jours d’une lutte héroïque.
La ville avait été plusieurs fois menacée pendam le règne de Henri III. Se croyant invincibles après un premier succès, les bons citoyens de Chartres s’étaient décidés, avec une mauvaise grâce évidente, forcés par l’imminence du danger, à faire quelques réparations insuffisantes à leurs vieux remparts chancelants1, refusaient avec morgue l’entrée de la ville aux garnisons que l’on jugeait prudent d’y envoyer pour la préserver d’un coup de main de l’ennemi dans les moments critiques2.
Le pacte d’Union, autrement dit la Ligue, de nouveau signé le 31 décembre 1584, et sanctionné par le roi le 18 juillet 1585, trouva dans la cité chartraine des partisans convaincus et dévoués.
L’assassinat du duc de Guise, le 23 décembre 1588, rompit les dernières barrières. Le duc de Mayenne prit posssesion de la ville le 9 février 1589, et nomma de Réclain ville gouverneur. Les 18 et 19 février suivants, on célébrait en grande pompe un service funèbre pour le cardinal et le duc de Guise assassinés, on poursuivit les citoyens suspects d’être défavorables à la Ligue et leurs biens confisqués servirent à réparer les fortifications et à lever de nouveaux subsides. Irrité de toutes ces manœuvres, Henri III inscrivit la ville de Chartres en tête de la liste des villes déclarées coupables de lèse-majesté.
Les hostilités commencèrent bientôt. Le faubourg des Épars fut surpris dans la nuit du 1er au 2 juin 1589 et plusieurs maisons furent brûlées.
L’assassinat de Henri III, le 12 août de la même année, enflamma les ligueurs d’un nouveau courage. Ils avaient désormais à
1. La porte Drouaise et son ravelin furent remis en état dans les derniers mois de 1585, la porte Saint-Michel en août 1587 ; en septembre suivant, on fit acheter à Paris 60 mousquets avec leurs équipages et 200 piques ; on exigea que chaque bourgeois se pourvût d’une pique, d’une hotte, d'uue pioche, d’un mousquet, de 6 livres de poudre, et d’une arquebuse de 3 livres de poudre et d’au moins 170 balles. La défaite des reîtres à Auneau, le 24 novembre 1587, procura à la ville 12 assez bonnes pièces, tant canons que coulevrines.