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HISTORIQUE

Les abbés de Vendôme, par un privilège unique dans l’histoire de l’Église (1), étaient, par le fait même de leur élection régulière, cardinaux-prêtres du titre de Sainte- Prisce, sur le mont Aven tin.

Sans doute, au XIe siècle, cette dignité n’avait pas l’importance qu’elle prit dans la suite; cependant, par les prérogatives honorifiques qu’elle comportait, elle plaçait l’abbé de Vendôme dans un état de supériorité qui rejaillissait sur toute l’abbaye. Les moines ne manquèrent pas de s’en prévaloir dans la dénomination même de leur

(1) Les historiens de l’abbaye de Cluny affirment bien que le pape Calixte II, en 1114, accorda la même faveur à l’abbé Pons et à ses successeurs : « Eadem die, commun! suorurn assensu assidentium largitus est felix papa Galixtus Cluniacensi Ecclesie speciali et propriæ suæ ut abbas Cluniacensis semper et ubique Romani fungatur officio Cardinalis. » ( Bibliotheca Cluniacensis, col. 560) — « Galixtus IL... Pontio et successoribus abbatibus concessit ut cardinalis Romani officio ubique fungi posset » ( Gallia Christiana, IV, col. 1135). Mais la bulle à laquelle ils renvoient accorde seulement l’usage des habits pontificaux : « mitræ, dalmaticæ , ch\rothecarum, et sandaliorum .... in octo præcipuis festivitatibus », sans faire mention de la dignité cardinalice. D’ailleurs Gluny n’a pas un titre cardinalice, c. a. d. une église de Rome à laquelle cette dignité est attachée, et ses abbés n’ont jamais été réputés cardinaux de la sainte Église romaine, comme les abbés de Vendôme.

maison : Abbatia Cardinalis sanctissimæ Trinitatis, et ils ont couronné l’écusson de l’abbaye du chapeau rouge des cardinaux.

Personne n’a mis en doute la réalité ni la sincérité de ce privilège singulier, pas même Launoy, « comme son génie l’y eut porté, s'il n’y eut trouvé une évidence complète )>.

« Monsieur de Voltaire, dans son Essai sur l'Histoire universelle, ajoute un vieux chroniqueur, reconnoit le titre de cardinal annexé à l’abbaye de Vendôme, mais il dit que ce privilège fut accordé par Urbain II à l’abbé Geoffroy. »

La première mention remonte bien plus haut et se trouve dans la bulle d’Alexandre II, datée du 8 mai 1063 : « Concedimus etiam omnibus hujus loci abbatibus ecclesiam Beatæ-Priscæ cum dignitate cardinali, sancti Spiritus judicio decernentes ut nulla deinceps ecclesiastica secularisve persona prædictam Bcalæ-Piiscæ ecclesiam seu ecclesiæ dignitatem eis auferre qualibet occasione præsumat (1). »

Rien dans ce texte ne laisse soupçonner le véritable motif d’une faveur aussi singulière.

L’abbé Oderic, à qui elle était concédée, dans ses différents voyages à Rome, s’était-il lié d’amitié avec Anselme, évêque de Lucques, futur pape? Cela ne semble pas douteux. Le premier voyage eut lieu en 1056 (2), le second en 1060, après la mort de Geoffroy-Martel (14 novembre 1060) et avant la mort de Nicolas II (6 juin 1061).

11 était accompagné par un de ses religieux, Arnoul, dont les vertus captivèrent tellement le pape qu’il fat nommé par lui au siège vacant de Gap.

(1) Cartularium Sanclæ Trinitatis Vindocintnsis, vol. 1. n° 164.

(2) « Pergente in crastino Roinam dornno abbate Oderico, anno incarnationis Domini MLVI. » ( Ibidem , n° 104).

Oderic lui-même, aussi bien que son disciple, a joui d’une haute réputation de sainteté (1). Les pourparlers qu’il dut engager avec les hauts dignitaires de l’Église furent menés par lui avec autant de tact que de prudence et de succès, et lui gagnèrent l’estime et l’affection du nouveau pape. Faut-il, àvec-le chroniqueur de l’abbaye (2), attribuer à Oderic un rôle prépondérant dans la lutte contre Cadolous, évêque de Parme? Nous n’en avons pas de preuves suffisantes. Mais le long séjour de notre abbé dans la Ville éternelle n’est-il pas suffisant pour expliqùer cette faveur? Les expressions affectueuses des papes à son égard semblent bien indiquer le désir de le récompenser de ses vertus et de ses mérites : « Oderico religioso abbati venerabilis monasterii Vindocinensis (3). »

Le pape voulait-il également par ce privilège, qui n’était pas personnel, puisqu’il en fait un attribut de l’abbaye elle-même, affirmer et propager l’exemption et les immunités des ordres monastiques? La Trinité était, de par la volonté de ses fondateurs, l’aleu du Saint-Siège, le patrimoine et le domaine de saint Pierre, ne relevait que (( du droit du pontife romain », avec celte circonstance unique que, jouissant de cette sauvegarde pontificale du jour même de sa fondation, elle n’a jamais subi la domination, la supériorité d’une autre puissance civile ou ecclésiastique. La Trinité était ainsi la maison du pape, « sa fille propre, nourrie du lait de son amour (4) », non pas, comme Marmoutier et tant d’autres abbayes, une fille adoptive, mais « sa fille toute spé-

(1) Quelques historiens, l’abbé Simon, ne craignent pas de lui donner le titre de saint.

(2) Cartularium, etc. t. tV, Bullaire et Nécrologe, p. 277.

(3) Cartularium, ibidem n« 146, 164, 180.

(4) « Ab initio nostræ creationis... Romana ecclesia (nos) proprios et spéciales lilios habuit atque lacté suæ dilcctionis nutrivit » (Geoffroy, Epist. lib. I, Ep. 4.)

ciale et particulière (1) ». — « Le pape de Rome, voilà le chef qu’a eu notre abbaye dès qu’elle a été fondée, et qu’elle conservera à jamais avec le secours de Dieu (2). »

Donner à la Trinité « qui, dès l’erigine, a été liée à l’Église Romaine par une dignité spéciale et singulière », une distinction non moins spéciale et singulière ne peut paraître à personne contraire aux règles de la diplomatie romaine.

Tous les papes approuvèrent cette concession, l’amplilièrent même et prirent les mesures nécessaires pour la conserver.

L’église Sainte-Prisce, située sur le mont Aventin, était un prieuré dépendant de l’abbaye Saint-Paul, dont le célèbre Hildebrand était alors supérieur.

L’attribution du titre de Sainte-Prisce au nouveau cardinal devait donner à celui-ci le désir d’avoir sur cette église une autorité sans entrave, et, par suite, d’y introduire ses religieux et d’en faire un prieuré conventuel, qui serait pour les abbés un lieu de résidence pendant les séjours que leur éminente dignité rendrait plus fréquents dans la Ville éternelle. Le projet fut vite réalisé, et le 1er juillet 1066, le même pape Alexandre confirmait l’accord intervenu entre Oderic et Hildebrand. Sainte- Prisce, église et prieuré, devenait la propriété de la Trinité de Vendôme, à la condition qu’elle y entretiendrait douze religieux ; en tous cas, jamais moins de huit, et paierait au monastère de Saint-Paul une pension annuelle convenue (3).

Hildebrand, devenu pape sous le nom de Grégoire VII,

(1 ) « Non adoptivus, sed proprius et specialis lilius vester » (Ibid. I, 8.) — « Domini papæ spéciales iilii suinus » (Ibidem 111, 24).

(2) « Romanum pontificem. Hoc caput liabuit monasterium nostrum in initio sui, et habebit, Deo auxiliante, usque in lineni seculi. »

(3) Cartulaire de la Trinité, I, ch. 180.

s’empressa de confirmer la concession de la dignité cardinalice à son très cher abbé Oderic dans les mêmes termes qu’Alexandre Tl (1).

Cependant, les troubles continuaient à Rome, et les premières années du pontificat d’Urbain 11 furent affligées par la compétition de Guibert, archevêque de Ravennes. L’abbé Geoffroy nous raconte lui-même comment il fut mêlé à ces événements : « L’année même où, par la volonté et la miséricorde de Dieu, je tus élevé à la dignité abbatiale, j’appris que le seigneur pape Urbain, de pieuse mémoire, au milieu de sa lutte courageuse contre l’hérésie de Guibert, était réduit à se cacher dans la maison de Jean Frangipani. Malgré la pauvreté de notre monastère, je vins à Rome... Là, je le trouvai dépourvu de presque toutes les ressources humaines et accablé de dettes... J’ai dépensé pour lui tout mon or, mon argent, mes richesses, mes mules et mes chevaux, moyennant quoi nous eûmes le Latran et times notre entrée dans ce palais. — En vérité, je dois avouer que j’ai dépensé 13.000 sols d’or par amour pour l’Église (2). »

La fidélité des moines de Vendôme envers le pape légitime était trop connue et leur appui trop redoutable pour ne pas soulever la colère des partisans de Guibert. Ceux-ci chassèrent donc les moines et les dépossédèrent de leur église Sainte-Prisce. L’abbé Geoffroy l’affirme : « Quia noluerunt obedire Guitberto, inde fuerant ejecti (3). » « Pro fidelitate Romanæ ecclesiæ a Guitberto hæretico ablatum exstitit (monasterium) (4). »

Mais Urbain II, victorieux du schisme, n’oublia pas celui qui lui avait été d’un si grand secours. Il l’ordonne

(1) Cartulaire de la Trinité, ch. 252.

(2) Lettres de Geoffroy, lib. I, epist. 8.

(3) Lettres de Geoffroy, 1. 1. epist. 14.

(4) Ibidem, epist. 9.

prêtre et lui rend tous ses droits au titre cardinalice, le 24 novembre 1098 : « Ecclesiam vero B. Priscæ, que in monte Àventino sita noscitur, in qua fratres monasterii tni religiose viventes ipsi vidimus, cum omni dignitate ad ipsam ecclesiam pertinente, tibi tuisque successoribus in perpetuo possidendam apostolica auctoritate firmamus (1). » L’abbé Geoffroy n’oublie pas de rappeler cette délicate attention du pape : « Invcstituram de ecclesia B. Priscæ per manum domini papæ Urbani recepi, quam prædecessores nostri longe ante possederant (2). »

La jouissance ne fut pas encore paisible, et Geoffroy en demanda instamment la réintégration an pape Pascal IL A deux reprises il lui écrit dans ce sens : « Ad vos veniam beatam faciem vestram visurus et B. Priscæ ecclesiam vel de ecclesia justiciam recepturus (3), » — « Iter nostrum quam citius potero præparabo, et si Deus mihi vitam et sanitatem donaverit vos, sicnt cliarissimum patrem ad præsens videbo... Beatæ-Pi iscæ misericorditer recepturus ecclesiam, vel de ecclesia, si placet, justitiam (4). »

Nul doute que le pape ne se rendit à cette instante prière; il voulut même revêtir l’abbé dos insignes extérieurs de sa dignité et lui permit de porter la mitre, la dalmatique, les sandales et tous les autres ornements des cardinaux, 11 mars 1103 (5).

L’abbé de Vendôme fut un des premiers à jouir de ce privilège (6). Geoffroy de Lèves, évêque de Chartres, en

(1) C irtulaire de la Trinité, II, ch. 366.

(2) Lettres de Geoffroy , 1. I, ep. 14; voir aussi épit. 9.

(3) Ibidem, 1. I. ep. 5.

(4) Ibidem, epist. 9.

(5) Cartulaire Saintongeais de la Trinité, ch. 51.

(6) L’ahbé de Cluny ne les reçut qu'en 1114, onze ans plus tard.

conçut que! lue ombrage L’abbé lui répondit avec vivacité (1). On sait d’autre part que Pascal II vint à Vendôme et séjourna onze jours à l’abbaye, en 1107 (2).

Galixte II, dut également intervenir.

Geoffroy lui était particulièrement cher. Lors de son voyage en France, Galixte avait été surpris et dépouillé pendant la nuit par des voleurs, aux environs de Tours. Plus généreux que saint Martin, l’abbé-cardinal ne lui donna pas seulement la moitié de son manteau, mais lui offrit une pelisse de vair et plusieurs riches fourrures (3).

Reniu à Paris, le 8 octobre 1119, le pape lui donna une bulle pour le remettre en possession de l’église Sainte-Prisce que ses prédécesseurs ont longtemps possédée: « quam... prædecessores tui longo tempore possedisse noscuntur » ; ainsi que de la dignité attachée à cette église, « cum omni dignitate quæ ad eam ecclesiam pertinet (4). »

Le pape l’avait d’ailleurs invité à venir à Rome prendre possession de son église, « ut veniret Roman R. Pr.iscæ recepturus ecclesiam ». Geoffroy le remercie vivement et s’engage à faire bientôt cette visite ad limina, mais il doit attendre encore, car il sait que l’église Sainte-Prisce n’est pas assez bien restaurée : « Quoniam B. Priscæ ecclesiam non bene paratam satis agnovi » ; il y envoie

(1) Lettres de Geoffroy, 1. II. ep. 27 : « Certe non plus in concessione ornamentorum sacerdotalium ab apostolica sede abbatibus indulgetur quam illi qui sine vitæ meritis et ordinibus sacris episcopus eligitur.»

(2) Cartul. de la Trinité, II, ch. 407, note — Lettres de Geoffroy , 1. I, ep. 18 — Compain, Etude sur Geoffroy, p. 270.

(3) « Cum apud Tnronos nocte nudatus esset a furibus, non dimidiam vestem, ut sanctus Martinus, sed grisiam pelliciam atque varias pelles obtuli patri meo, quem nimia charitate semper dilexi et diligo. » Lettres de Geoffroy, 1. I, epit. 12.

(4) Cartulaire de La Trinité, II, ch. 436 — Lettres de Geoffroy,

lib. II. ep. 28.

un de ses religieux pour hâter les préparatifs et lui faire là une demeure honnête, « fratrem hune præmittere dignum duxi, qui ibi nobis præparet, ubi aliquantulum lioneste possimus conversari (1). » Il ne néglige pas d’autre part de se prévaloir de son titre cardinalice dans la dédicace de son troisième opuscule qu’il offre au même pontife : « Universali papæ Calixto bono domino suo et præcordiali amico Goffridus abbas Vindocinensis Beatæ- Priscæ cardinalis. » Il se fit même représenter en tête de cet opuscule revêtu des habits pontificaux ou cardinalices, de la dalmatique et des sandales (2).

Devenu vieux, Geoffroy annonce au nouveau pape Honorius II sa prochaine visite et en prend occasion pour lui rappeler comment il avait reçu l’investitutre de l’église Sainte-Prisce de la ma in d’Urbain II, qu’il avait si heureusement secouru (3). Honorius comprit l’invitation qui lui était faite et confirma ce privilège dans les mêmes termes que son prédécesseur, le 24 mars 1 129(4).

Geoffroy mourut le 26 mars 4132. Son successeur, l’abbé Fromond, obtint la confirmation du privilège, pour lui et ses successeurs, de la munificence du pape Innocent II, le 28 mars 1135 : « Goncedimus tibi tuisque successoribus ecclesiam S. Priscæ cum dignitate cardinali, mitram, dalmaticam, sandalia et alia quæque dignitatis cardinalis insignia vobis pariter confirmamus (5). ».

Les documents sont muets jusqu’en 1204. Hamelin était

(1) Lettres de Geoffroy, lib. I, ep. XIII.

(2) Voir la reproduction de cette miniature dans le Bulletin de la Société Archéologique du Vendomois, 1884, p. 152.

(3) « Investituram de ecclesia B. Priscæ per mnnum domini papæ Urbani recepi, quam pœdecessores nostri longe ante possederant. » Epist. lib. I. ep. 44.

(4) Cartulaire de la Trinité, II. p. 458.

(5) Cartulaire de la Trinité, II, ch. 462.

alors abbé de la Trinité. Il obtint d’innocent II, le 23 décembre de cette année, une bulle confirmative des possessions de l’abbaye. Pour l’église Sainte-Prisce le pape constate que par suite de négligence et d’incurie l’église tombait en ruines, abandonnée et délaissée par les abbés ses prédécesseurs et que pour y remédier les pontifes de Rome y avaient nommé d’autres cardinaux. Cependant par pure bienveillance il veut que lui Hamelin, etses successeurs jouissent toujours de cette même dignité avec l’usage de la mitre, des sandales, de la tunique, de la dalmatique et de l’anneau. Il restituait même l’église Sainte-Prisce à l’abbaye de Vendôme, avec cette réserve toutefois que si dans la suite les papes jugeaient opportun de promouvoir des cardinaux prêtres sous ce même titre de Sainte-Prisce, afin d’assurer par eux le service régulier à l’autel de saint Pierre, les moines de la Trinité leur devraient respect et obéissance et leur abandonneraient le quart des revenus. Enfin il leur enjoignait d’avoir un soin vigilant de ce sanctuaire et de ne point le laisser dans la solitude (1). »

C’est en sa qualité de cardinal que l’abbé Hamelin assistait en 1215 au concile général tenu à Rome, le jour de la saint Martin d’hiver, le 11 novembre (2).

En 1219, les religieux de Vendôme ne sont pas encore en pleine possession de leur église. Honorius 111 confirme tous leurs droits et ordonne que les clercs qui en jouissent actuellement n’auront pas d’autres successeurs que les moines et les deux prébendes actuellement vacantes leurs seront dévolues ainsi que toutes celles qui à l’avenir deviendraient libres par le décès ou la démission des titulaires ; enfin il déclare nulles et illicites toutes les dispositions, locations, ventes et contrats passés au préju-

(1) Cartulaire de la Trinité, IV, Bullaire, p. 17 et 18.

(2) Ibidem, Chronicon , p. 498.

dice des religieux ; que même la portion de maison réservée par le pape Innocent III pendant le concile général, leur sera rendue, le tout sous peine d’excommunication (1).

En 1227, Grégoire IX fut obligé de réitérer les mêmes prescriptions (2). de même qu’innocent IV, le 27 août 1243 (3) Entre temps, une difficulté d’un nouveau genre menaçait d’entraver les efforts de l’abbé et du pape. Les moines refusaient d’habiter le prieuré de Sainte-Prisce ; l’abbé reçut tout pouvoir de l^s y contraindre par la censure ecclésiastique, et même celui de les rappeler de tout autre monastère où ils se seraient enfuis, et de les corriger sévèrement, 1 février 1219 (4).

Le motif de ce relus, l’insalubrité de l’air, nous est dévoilé dans une autre bulle de Grégoire IX datée du 21 août 1227 : « Romani aeris intemperiem non poterunt sustinere. » Aussi leur avait-il été permis de retourner pour quelque temps en France, mais Grégoire ne veut pas que cette permission puisse porter le moindre préjudice aux droits de l’abbé (5).

Innocent IV, le 9 février 1245, confirma cette sauvegarde (6). Le 27 avril 1265, Clément IV reconnait juste et valable la sentence arbitrale prononcée par Jean, cardinal-diacre de Sainte-Marie en Cosmedin, en faveur de l’abbé de Vendôme à l’encontre de Mathieu d’Alperin, son chapelain, à qui l’église de Sainte-Prisce avait été concédée et qui dut la résigner entre les mains de l’arbitre (7).

(1) Cartulaire de la Trinité, IV, Bullaire , p. 31 et 33, nos 874 et

(2) Ibidem, Bullaire, p. 32, note.

(3) Ibidem, Bullaire, p. 55, n. 896.

(4) Ibidem, Bullaire, p. 34, n° 876.

(5) Ibidem, Bullaire, p. 44, n11 886.

(6) Ibidem, Bullaire, p. 45, note.

(7) Ibidem, Bullaire, p. 71, n° 911.

Quelques autres papes, dans leurs bulles, font encore mention de l’église Sainte-Prisce, Jean XXIII, le 5 lévrier 1415 ( I), et Nicolas V, le 20 novembre 1452 (2). Celui-ci d’ailleurs affirme la possession paisible et continue de ce privilège par l’abbaye.

Outre les bulles, les archives conservaient les quittances des sommes versées par les abbés-cardinaux pour la redevance que le Sacré Collège en corps payait chaque année « tam pro communi suo servicio quam pro parte ser vit ii familiarium dominorum cardinalium. »

L’abbé Guillaume II, de 1309 à 1317, paya la somme de 203 livres, 8 sols, 3 deniers ce en comptant le florin d’or pour une livre de notre monnoye. »

L’abbé Jean de Buiïa, de 1322 à 1341. paya 1632 livres, 10 sous, 6 deniers.

L’abbé Michel, mort en 1350, paya 1581 livres, 1 sol, 9 deniers.

Guillaume III du Plessis, mort en 1384, paya 2294 livres, 4 sols, 10 deniers.

Pierre de Péruse paya 2177 livres, 4 sous, 11 deniers.

Jean de la Font paya 2664 livres.

Le 30 mai 1492, Aymery de Coudun, payait « ratione promotionis suæ », 335 florins d’or, 45 pour les menus suf-

(1) Cartulaire, IV, Bullaire, p. 120, note 1.

(2) Un manuscrit de l’abbé Simon donne un fragment inédit de cette bulle : « Ea propter, dilecte in Domino fili, tuis justis postulationibus grato concurrentes assensu, ecclesiam Sanctæ-Priscæ de Urbe sitani in monte Aventino, cum omnibus pertinentiis suis et cardinali etiam dignitale, quæ quidem ex concessione felicis recordationis Alexaodri, Gregorii, Urbani, Calixti et Ionocentii Romanorum pontificum prædecessorum nostrorum tibi tuisque successoribus pertinere noscuntur, postremo alias tui monasterii libertates et immunitates, prout ea omnia pacifice possides et in ipsorum pontificum litteris plenius continetur, tibi et per te monasterio tuo auctoritate apostolica confirmamus, etc. »

frages, 500 pour menus services et 35 florins, 35 sous « pro communi servico familiarium cardinalium. »

Une note manuscrite de l’abbé Simon affirme que Louis et Antoine de Crevant retirèrent de semblables quittances.

Les derniers abbés réguliers ne négligèrent point de prendre le titre cardinalice. Jean de Villeray (1), Aymery de Coudun (2), Louis de Crevant (3), Antoine de Crevant (4), et même les abbés commendataires, Louis de la Chambre (5), Michel Sublet (6), Claude de Bourdeilles (7), s’attribuent ce titre dans les documents qu’ils font rédiger en leur nom : « Miseratione divina tituli Sancte-Prisce in monte Aventino sacrosancte Romane ecclesiæ presbyter cardinalis. »

Nous avons dit que le pape Innocent III s’était réservé à lui et à ses successeurs le droit de nommer d’autres cardinaux pour mieux assurer le service de l’autel de Saint-Pierre. « pro ea maxime causa ut super altare B. Pétri consuetum agant officium. » Ce qui, d’ailleurs, semble avoir été pratiqué avant lui. Les auteurs nous font connaître les noms d’un certain nombre de ces cardinaux subsidiaires.

(1) Cartulaire de la Trinité, III, n° 804, note 2 — IV, Bullaire, p. 278.

(2) Ibidem, III, n® 811 ; — IV, Bullaire , p. 278 et 396, note 3.

(3) Ibidem, III, n®« 813, 814 et 824, p. 347 — IV, Bullaire, p. 236, 278, 293 et 303.

(4) Ibidem, III, n® 619 note, 826 et 827 — IV, Bullaire, p. 242 et

(5) Ibidem, I, n® 299, n* I ; — II n» 555, n® I — III, n® 830, 831, 826, n. 1 — IV, Bullaire, p. 278.

(6) Ibidem, II, n® 515, note — III, n»* 836, 839, 840, 841, 842 — IV, Bullaire, p. 256 note.

(7) Ibidem, III, n® 836, n. page 380.

Voici la liste de ceux dont nous avons pu retrouver les noms :

Grégoire, sous Urbain II.

Romain, sous Pascal 11(1099-1113).

Gérard, sous Gelase II (1118-1119).

Grégoire et Gérai d, sous Galixte II (1119-1124).

Henri, promu en 1127 sous Honorius II.

Grégoire, sous Innocent II (1130-1143).

Itainier, en 1138.

Hubert, promu en 1159, sous Adrien IV.

Solï ed, sous Lucius III.

Arnaud de Nouveau, ou Novelli, abbé de Fontfroide, chancelier de l’Église Romaine, promu en 1310.

Simon d’Archiac, archevêque de Vienne, promu en 13.0.

Gozzio Battaglia, promu en 1327.

Agapel Colonna, évêque de Lisbonne, promu en 1378.

Jacques d’Itri, archevêque d’Otrante, patriarche de Constantinople, promu en 1378.

Sbignée Olesniki, évêque de Cracovie, promu en 1439.

Jean de Mella, évêque de Zarnora, promu en 1456.

André de la Valle, évêque de Malte, promu en 1517.

Rodolphe Pio di Carpi, évêque de Faenza, puis de Gurgente, promu en 1536.

Frédéric Cesi, évêque de Todi, promu après 1544.

Jérôme Simoncelli d’Orvieto, promu après 1553.

Jean Suavi Reuman, évêque deMirepoix, promu après 1556.

Jean Bertrand, archevêque de Sens, promu en 1557.

Bertrand Salviati, évêque de Clermont, promu après 1561.

Pierre de Deza, évêque d’Albano, promu en 1578 Benedetto Giustiniani, chanoine Genovielain, 1600.

François Adrien, des marquis de Ceva, promu en 1643.

Alexandre Crescenzi, patriarche d’Alexandrie, puis d’Antioche, promu en 1675

Joseph Archiuto, archevêque de Milan, promu en 1699.

François Marie Casini d’Arezzo, promu en 1713.

Ludovicus Belluga, jusqu’en 1738.

Silvio, des marquis Valenti de Mantoue, promu en 1738.

Marius Melini, promu en 1747.

Depuis la Révolution, nous avons trouvé :

Michel Garcia Guesta, archevêque de Cornpostelle, promu en 1861.

Thomas Martinelli de Luca, promu en 1873.

Pierre Jeremie Michel - Ange Celesia, archevêque de Palerme, promu en 1884.

Louis Sepiacci de Castiglione de Lago, promu en 1891. Le cardinal actuel de Sainte-Prisce est son Eminence Dominique Ferrata de Gradoli, promu en 1890.

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