L’ÉGLISE SAINTE-PRISCE , A ROME
L’église ainsi concédée à l’abbé de Vendôme est une des plus antiques de Rome. D’après les auteurs, en particulier d’après la notice que Mariano Armellini lui a consacrée dans son ouvrage intitulé : Le Chieze di Roma (1), elle s’élève sur l’Aventin, dans l’emplacement d’un temple d'Hercule. La fable raconte qu’il y avait là une grotte de faunes, et tout près une fontaine où Numa mit du vin pour les enivrer.
Une inscription, placée à gauche du grand autel, rappelle cette tradition :
Prima ubi ah Evandro sacrata est Herculis ara,
Urbis Romanæ prima superstitio,
Post ubi structa ædes longe celebrata Dianæ,
Structaque tôt veterum templa pudenda deum,
Montis Aventini nunc facta est gloria major,
Unius veri religione Dei,
Præcipue oh Priscæ, quod cernis, nobile templum, Quod priscum merito par sibi nomen habet.
Nam Petrus id docuit populum dum sæpe doceret,
Dum faceret magno sacraque sæpe Deo.
(1) 2« Edition, Rome, 1891.
Dum quos faunorum fontis deceperat error llic melius sacra purificaret aqua.
Quod demum multis sese volventibus amds Corruit liaud ulla subveniente manu.
Summus at Autistes Callistus tertius ipsum Extulit ornne ejus restituitque decus.
Gui simul æternæ tribuit dona ampla salutis,
Ipsiusne qua parte careret ope.
Les origines chrétiennes sont de beaucoup plus sûres et plus glorieuses. Saint Pierre, pendant son séjour à Rome, aurait donc habité ce lieu et y aurait baptisé les nouveaux convertis. On montre encore, dans la crypte ou confession, un baptistère que l’on prétend, mais à faux, avoir servi au prince des Apôtres. C’est un grand chapiteau dorique, assez bien sculpté, sans doute du temps des Antonins, semblable à celui du portique du musée du Capitole. On lit autour de la cuve, en caractères du XIIIe siècle, avec les abréviations usitées, ces mots : Baptismü Scï Pétri.
La maison où résida l’apôtre Pierre était habitée par les époux Aquila et Priscilla ou Prisca. L’apôtre saint Paul y mentionne l’existence d’une église : « Saluez Prisca et Aquila, mes collaborateurs en Jésus-Christ, et l’assemblée des fidèles qui se réunit dans leur maison. » (Rom. xvi, 3).
Au XIVe siècle, on lisait encore sur l’architrave de la porte de l’église l’inscription suivante que Pierre Sabino, auteur de la même époque, vit gravée en caractères antiques :
« Hæc domus est Aquilæ seu Priscæ, virginis almæ,
Quos, lupe Paule, tuo ore velus Domino Hic, Petre, divini tribuebas fercula Verbi,
Sæpius hocce loco sacrificans Domino. »
Le pape Eutichien, ayant su par révélation le lieu de la sépulture de sainte Prisce, fit recueillir les restes de la sainte et les déposa dans cette église qui, dès lors, prit son nom, et dont le titre était déjà attribué à un prêtre cardinal en 499, comme on le voit à la fin des actes du IIe concile de Rome.
En 772, le pape Adrien Ier restaura le sanctuaire qui alors, au VIIIe siècle, était desservi par des moines grecs.
Nous avons vu qu’en 1063 il appartenait au monastère de Saint-Paul, quand il fut donné comme titre cardinalice à l’abbé de Vendôme par le pape Alexandre II. L’abbé Oderic fut autorisé à y établir ses religieux (I). L’abbé Geoffroy s’efforça de réparer les ruines que lui firent subir les troubles de cette époque.
Au XIIe siècle, dans un document cité par Giorgi (2), on l’appelle encore : Abbatia SS. Priscæ et Aquilæ. Le mss. 1193 de la bibliothèque Vaticane fait aussi mention d’une église sur le mont Aventin qui, dans les actes de sainte Prisce, vierge et martyre, est appelée de Saint- Aquila et de Sainte -Prisce. Enfin, dans la vie de Léon III, elle a toujours ce double titre : Titulus beatorum Aquilæ et Priscæ (3).
Nous avons dit plus haut les différentes phases du séjour des moines de la Trinité. Nicolas V, en 1452, est le dernier qui leur confirme par une bulle le titre et peut-être la possession de l’église Sainte-Prisce.
D’après Armellini, le pape Galixte III, vers 1455, en
(1) Armellini, 1. cit., est le seul auteur italien à mentionner ce fait : « Nel secolo VIII, nell’ amesso’ monasterio abitarono monaci greci ; da questi, nel 1062, passi ai Jîenedettini, cbe lasciato lo per quelque tempo,
» vi tornarono sotto Innocenzo III, e vi dimorarono sino al 1414. »
(2) De liturgia Rom. Pontif. tom. II, p. 554.
(3) Liber Ponti/icalis, in Leone III, § LXXIII, d’après Armellini.
reprit possession, puisqu’il la fit réparer. Les moines de Vendôme étaient sans doute partis. L’église fut offerte aux Franciscains qui la refusèrent à cause de la corruption et de l’insalubrité de l’air, mais les chanoines de Saint-Augustin l’acceptèrent.
En 1600, le cardinal Benedetto Giustiniani, génovéfain, la répara d’après les dessins de Charles Lombard d’Arezzo. Il y ajouta la façade et y fit plusieurs autres améliorations. Entre autres, il renouvela la confession et l’autel souterrain que l’on croit avoir été consacré par saint Pierre.
Une inscription placée dans le chœur, du côté de l’épître, en fait foi :
« Benedictus Justinianus, tituli S. Priscæ presbyter card| inalis], ædem banc a Calixto papa III ohm restitutam, sed temporis deinde injuria deformatam et pene collapsam, novo pariete ad templi frontem exstructo, veteribus confirmatis, confessione ad altare propius et decentius adducta, iterum instauravit, lacunari aureo, marmore et picturis sacris ornavit, anno jubilæi MDC, pontificatus Clementis VIII pontificis maximi anno IX0. »
L’écusson du Cardinal, armorié d’une tour surmontée d’un aigle, est gravé au-dessus et au-dessous de cette inscription.
Par acte du 22 mars 1618, Aurelius de Liliis et son épouse Suzanne fondèrent à perpétuité, dans cette église, une messe mensuelle et une autre le jour de la fête de sainte Prisce.
La sacristie a été construite en 1684 par le cardinal Alexandre Crescentius, comme le rappelle l’inscription suivante :
« Æternæ memoriæ || Alexandri Gard. Crescentii [J S. Priscæ tituli II ob aream hanc || et alia bénéficia |j ecclesiæ
ac conventui collata || Augustiniana familia grati animi... 1684. »
De nouveaux travaux furent exécutés en 1728 et en 1734, d’après l’inscription placée près de l’entrée de l’église, non loin de la porte de la sacristie :
« Glementi XII Pont. Opt. Max.
Restauratori munificentissimo Quod liane ecclesiam
Primum Aquilæ et Priscæ doraum, deinde romanum titu-
[lum
Qua decorati duo amplissimi cardinales Benedictus Justiniani et Franciscus Maria Gasini Alter laqueari aurato et depicto Alter sacrario et geminis sacellis eam ornarunt
Novissime vero Ludovicus Belluga ejusdem tituli cardi-
| nalis
An. Sal. MDCCXXVIII, pridie cal. octo(bris) consecravit Pontificatus sui anno IV
Gonstructo in laquearis eversi loco firmissimo fornice Ad elegantiorem formam perduxit.
Patres Augustiniani Gong. Obs. Lombardiæperpet. grati animi monumentum.
Anno sal. MDCCXXXIV, ni cal. ap. PP.
Telle qu’elle se présente à l’extérieur, d’après le dessin ci-contre, gravé sur une photographie, l’église Sainte- Prisce est de style roman, peu élevée, soutenue par des contreforts massifs.
La porte d’entrée, construite en 1600, est de style grec. Sur le bandeau qui soutient le fronton triangulaire, est gravé le nom de la sainte patronne : Sa Prisca. De chaque côté de la porte sont suspendues les armoiries du pape régnant et du cardinal titulaire.