‹ Études et documentsChapitre 9 sur 54 · I.C Chapelle S. Nicolai · texte numérisé non relu

I.C Chapelle S. Nicolai

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SIÈGE DE CHARTRES

prins, je tist tout ce qu’il fut possible pour faire brasier les autres, allant en chacun y veoir mettre le feu et l’alumer, mais encore que j’y laissasse des gens de guerre, sitost que j’estois parti de l’un pour aller donner ordre à l’autre, des propriétaires le venoient estaindre, menassant ceux que je y avois laissez.

Le mercredy au matin1, qui fut le treizième jour, l’infanterie du maréchal de Biron y ariva, qui prist tous les autres faubourgs, et sur les dix heures il ariva avec quelque cavallerie, mesmement de reitres, son artillerie et ses Suisses, qu’il logea au village de Main vi llier s, fort proche de la ville.

Tout ce jour il se fist des sorties de tous costés, soit par les habitans que les gens de guerre, qui firent souvent quiter une partie des faubourgs aux enemis, qui estoient les plus proches, et pour ne manquer à rien de ce qui se pouvoit prévoir nous estre necessaire, j 'envoyé à Messieurs du corps de ville ung mémoire fort ample de ce quil faloit préparer, comme d’une grande quantité de sacs de toile, de balles de laine, de chausses-trapes, des ais cloués, des feuz artificielz, des lanternes, des falotz, de pics, de pelles et de hottes, des civières à braz, de mèches d’arquebuzes et de balles ramez pour les mousquetz et pour les harquebuzes, d’huille, de gresse6, des guez, de piques, de brocz à deux fourches, des crochetz, des roulleaux. A quoy ilz firent leur pouvoir de donner ordre, mais il y avoit fort peu de laine dedans Chartres, et s’en fist seullement quelques trantes balles, la plus part de bourre. Aussi ne c’est y jamais peu trouver aucun homme qui ait sceu faire du feu artificiel, qui vallust rien ; nous n’avions point d’ingenieur, ni pas ung canonier qui sceu bien loger une pièce et l’exécuter à propos. Je fis aussi des ordonnances pour la police des logis et pour les gardes, tant en ce qui regardoit les habitans que les gens de guerres et le faict des fortifications.

Le XVe jour du mois, l’armée du Roy de Navarre renforça fort le cartier ennemi ; la nuict suivante ils commancèrent à faire

i. Il se fit ce jour-là une procession générale à l’église des Cordeliers pour obtenir la victoire; le dimanche suivant, il y en eut une autre dans la cathédrale et dans les cryptes; le matin, à la demande de l'évêque, avait eu lieu une communion générale. Martin Cailleau, curé de Saint-Aignan, fit une autre procession, « où tous allèrent nuds-pieds, combien que les neiges furent fort hautes ».

CARNET DE LA 8ABRET

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leurs approches de tous costez, et de chaque faubourg conduissoient des tranchées pour venirgaingner la fosse audelà la pointe des ravellins, où il y en avoit. Chacun par là-dedans faisoit travailler à ce qui estoit plus nécessaires en son entier ; et bien que en peu de jours les plates-formes qui estoit commancées furent ellevées et agrandies, et d’autres commancées où l’on jugeoit estre à propos ; car on ne scavoit encore en quel endroict nous serions le plus vivement ataqués ; toutefois il me sembloit que le plus grand effort se preparast à la porte des Espars, dont nous eûmes à présumer vers le dix-huict ou dix-neufme du mois, par une baterie qu’ilz dressoient arrière une muraille, dont nous voyions le faict des giérions, à la main gauche de nostre esperon.

Environ ce temps-là, la trompette et un hérault se présentèrent pour nous sommer, lesquelzavec l’advis de tous les capitaines et du corps de ville je âst entrer sur le bastion de Saint-Michel, où il déclara sa charge avec beaucoup de langage, me proposant de conférer avec les gens de guerre. Je leur respondis que je scavois assez leur intention et celle de Messieurs de la ville aussi, que nous estions resollus de conserver la place pour le party de l’Union des catholiques, soubz l’obeissance de Monseigneur du Maine, qui s’en estoit fié à moy, et que nous la disputerions tant que nous aurions un point de terre pour nous retrancher. Le maire de la ville lui dist que, quand le roy de Navarre seroit catholique recongneu pour tel des pers de France, qui luy auroient faict le serment de fidellité, et qu’il l’auroient receu de luy pour maintenir la religion catholique, qu’il n’auroit point en tout son royaume un peuple plus fidèle et plus obéissant à ses commandemens que celuy de Chartres ; mais que tant qu’il seroit séparé de l’église, ilz étoient résolus d’atandre toute extrémité et mettre le feu dedans leur maison plus tost que un de ses soldats mist le pied dans leurs villes. Le hérault voulut répliquer et chastouiller les oreilles des habitans. Je le priais de laisser ses propos et se retirer.

Les ennemis continuoient leurs aproches et principalement par la pointe de l’éperon de la porte des Espars et de la porte Drouaze, et quand ilz furent près, ils faisoient les tranchez fort larges et profondes en terre de la hauteur d’un homme et la couvroient de soliveaux de maison, afïin d’antrer par dessoubz terre dans le fossé.

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Je dis au sieur de Pescheré, qui gardoit l’esperon des Espars, qu’il debvoit faire des cassemattes de banques et de cuves dans le fons dud fossé, au droit de la moitié des épaulés, afin de la jeter dedans le trou que faisoient les ennemis, et les empescher de loger ; mais d’autres besoignes qu’ilz avoient commancées à si loger et faire deux espaulles pour empescher que l’on allast à eux. Il avoient aussi commancés une grande tranchée large, couverte de soliveaux, et une grosse butte qui est sur le bord du fossé, près l’abbaye Saint-Jehan, et la flanquèrent de deux barricades et d’une qui estoit plus loing sur la contre-escarpe, tirant à la porte Chastelet.

Leur aproche estant toute achevée, le jour de caresme-prenant, qui estoit le vingt-sixme jour de febvrier, Monseigneur le baron de Biron me manda par un trompette quil desiroit parler a moy. Je luy manday que la charge que j’avois pour lors m’en empescheroit. 11 me fis dire que c’estoit de la part du Roy de Navarre. Enfin après beaucoup de refus, je sortis à la planchette de Saint- Michel avec le maire de la ville et deux ou trois des principaux, le sr de Grammont y estoit aussi. Il me dist que le Roy de Navarre, désirant plus tost user des voves douces que de la rigueur des armes, luy avoit commandé, pour la charge qu’il avoit en son armée, de nous venir encore sommer, adjoutant beaucoup de remontrances, mesme pour le regard des habitans de la ville. A quoy je luy respondis que nous avions desja fait entendre nostre résolution par le hérault, et qu’elle n’estoit point changée depuis, mais augmentée, et que les habitans et les gens de guerre estant si unis de vollumptez que tous ensemble nous ne faisions qu’un corps. Le maire ne parla pas si asseurément et de si bonne fasson qu’il avoit faict auparavant. Le dict sieur de Biron me dit que la batterie estoit preste, les sieurs de la Garde et baron du Fort estoient avec luy ; et entre autres propos ils disoient que nostre ville estoit ronde comme un pastay, et qu’il n’y avoit aucun flanc, qu’ilz scavoient bien que ce qu’il y avoit d’estrangers estoient gens de bien, mais qu’il y en avoit bien peu. Je respondis que leur Roy n’en avoit point encore ataqué de telle, ny qui luy coustast si cher.

Le reste du jour, nous fismes travailler principallement à l’endroit où la balerie estoit dressée; le lendemain, sur les dix heures

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du matin, ilz tirèrent trois ou quatre coups de canon à nos courtines et au portail de la porte des Espars, pour taster nos murailles ; puis sur les XI heures ils commencèrent une batterie fort furieuse de neuf pièces d’artillerie à nostre esperon et au portail, guy estoit fort grand avec des tourelles et fort bastiment, duquel quatre ou cinq jours auparavant j’avois fait oster la couverture et toute la charpente dont les ruines eussent tant comblé le fossé, qui est fort estroi et entre la ville et l’esperon. Ils continuèrent leur batterie et tous les gens de guerre estoient préparés les ungs pour soutenir l’assault au ravellin, les autres pour les rafreschir, les autres pour donner ordre aux cartiers de la ville, où je croix qu’ils espéroient qu’il se feroit quelque rumeur; car ils cessèrent leur batterie à quatre heures ce soir tout à coup sans avoir tante aucun effort, et avoient tiré quelque trois cens cinquante coups de canon.

Ils dressèrent des gabions et une grande epaulle de cuve en ung coutau qui est au dessus de Saint- Jehan en Vallée, vers ains de la tour Saint Jehan et d’un vieux portail, appellé la porte Saint-Jehan, et pour ce qu’ils avoient caché leur batterie d’une levée de terre, je pense que c’estoit pour nous oster la cognoissance du temps qu’ils y ameneroient des pièces d’artillerie, et que tout-à-coup ils feront des breches dans ladite levée au droict des embrasures des pièces qu’ils y mettoient, pour battre aux deffenses, lorsque leur mine joueroit; et de faict nous aurions sceu depuis qu’ilz ont essayé d’en faire en cet endroict là, mais elle sont fonduz à cause que je y ay tousjours faict contreminer. Ce qui nous faisoit douter davantage de ce costé là, estoit que nous voyons venir le roy de Navarre, le mareschal de Biron avec beaucoup de gens de commandement, cinq ou six jours durant, deux ou trois fois le jour, à l’abaye de Saint-Jean-en-Vallée *, et jugeoit bien qu’ils venoient en la grande tranchée que jai dite, laquelle entroit dans nostre fossé. Je fis eslargir et hausser le rempart en cet endroict là et faire de grandes plateformes qui la randirent fort asseuré.

Vers la porte Drouaze, l’on abatoit les maisons qui touchoient

i. L'abbaye do Saint-Jean-en-Vallée «jla.il située en dehors des remparts, non loin do remplacement actuel de la gare.

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les murailles pour commancer vng retranchement en ung endroit qui estoit commandé de l’eglise Saint-Maurice.

Cependant les ennemis haussoient leurs loges, renforcoient les deux epaulles qui les couvraient à la pointe de l’esperon de la porte des Espars, et l’avoient desja sapée et ouverte plus de deux toises, estant sy près de nous qu’un de leurs sentinelle à un matin fut pris par la main d’un de ma compagnie, qui l’atira au dedans et le prist prisonnier. Ilz avoient aussi faict un logis du costé de la main droite, sur la place de la muraille, qui n’estoit que demi levée. Par le dedans nous levions deux espaulles dans le ravelin pour nous couvrir des deux costez, où nous cognoissons debvoir estre hatuz, et derrière le portail devers la ville, nous fismes un grand croissant dans la rue avec des cassemates aux fons, en un costé de la muraille, où il ny avoit point de rampart et où il y eu fallu abattre force maisons, fut faict un grand retranchement et des cavalliers pour le flanquer ; à l’autre main du portail tirant à Sainte-Foy nous ranforcions le rampart avec deux plateformes.

Mais tout cela estoit bien peu, advancé que le mardy, cinquiesme jour de mois de mars, ilz commancèrent à nous battre de dix pièces de canon, tant au ravelin qu’au portail; et pour ce que les coups de leurs grandes bateries qui ne prenoit que le hault de la terre, alloit en biézant, et donnoit encore dans la muraille de la ville qui endommageoit fort, sur le midy toute leur infanterie ariva avec leurs drapeaux et environ les trois heures du soir, ils vindrent à l’assault à la pointe du ravellin et au blocquy, par où l’on sortoit.

Le premier, qui se jeta par la pointe, se fut un nommé le Mare, enseigne de capitaine Castel, qui fut receu par ceux de Monsieur de Grammont, qui estoient de garde ce jour, à coups de hallebarde, blessé en deux lieux et pris prisonnier. Il estoit suivi d’un nommé Golia *, fort estimé parmi les ennemis, qui fut tué et quelque autre du costé du bloqui. Beaujeu se jeta dedans avec quinze ou seize hommes bien armés, qui furent soutenus par le capitaine

i. Goliath aurait été tué par le capitaine La Croix-Cottereau. « Il me semble, dit un ancien chroniqueur, que l’ancienne figure de Golliath et de David est derechef accomplie, quand celuy qui par orgueil et présomption se faisoit nommer Golliath est tué par ung gentilhomme vaillant et bon catholique qui avoit nom le sieur de la Croix. »

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de la Croix-Cotereau, qui gavdoit ce costé là et ung nommé Sanson y demeura mort, avec deux autres, le reste sortit plus viste quilz ni estoient entrés.

L’assault dura plus d’une heure et demie, les ennemis perdirent trois maistres de camp et grand nombre de soldats. Monsieur du Chastellay y fut blessé d’un coup de pierre ; de nostre costé nous y perdismes des gentilzhommes et des soldats, presque quai-ante mors ou blessez, dont le canon en tua beaucoup, entre autre le sr de Pescheray fut blessé d’une harquebuze à la teste, dont il mourut quelques jours après.

Le dessein des ennemis estoit de prandre l’esperon et se loger sur la ruine du portail, qu’il leur esté facille, car le fossé de dessoubs le pont estoit tout comblé, nous mismes quelque païsans pour commancer à vuider les ruines, la nuict, affin de nous préparer à la soutenir le lendemain. 11 faloit racoustrer le parapet de la courtine, toutes les deffances de nos plates-formes qui avoit esté rompues du canon, mais il n’estoit possible d’avoir les habitans de la ville, encore que je fusse moi-mesme les quérir dans leurs maisons, et en faisant rompre leurs huis, l’on les trouvoit couchez dans leurs lits comme sy la guerre eust esté a cinquante lieux de là.

(. A suivre .)

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