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PRÉFACE

Le présent volume fait suite aux Questions (Tenseignement national, que j'ai publiées il y a quatre ans. Il se compose d'articles, de notes et de discours, qui ont paru dans la Revue internationale de F Enseignement, la Revue bleue et le Journal des Débats.

Ce que je disais, il y a quatre ans, pour m'excuser d'avoir tant écrit et discouru sur les matières d'enseignement, je pourrais le répéter : chacun de nous, aujourd'hui, est forcé de prendre parti dans le débat engagé sur la réforme de l'éducation publique.

Les fragments dont se compose ce volume, si divers qu'ils paraissent, sont liés les uns

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aux autres ; j'ose croire qu'ils paraîtront comme les chapitres d'un livre écrit au jour le jour, avec des formes et sur des tons différents, mais sous l'inspiration constante de quelques idées très simples, qui en marquent les parties, et d'une foi en l'efficacité de la bonne éducation, qui en est l'unité.

Le premier chapitre est consacré à la mémoire d'Albert Dumont. Avant de parler des progrès accomplis ces dernières années dans le haut enseignement, il était juste de rendre hommage à celui qui les a préparés.

J'ai surtout parlé de sa personne, parce qu'elle explique son œuvre. Une réforme du haut enseignement n'est pas une besogne administrative ordinaire. Les trois hommes qui l'ont faite , en suivant l'impulsion donnée par M. Duruy, il y a plus de vingt ans, c'est-à-dire M. du Mesnil, Albert Dumont et M. Liard, y ont apporté des qualités très particulières, et il sera intéressant un jour de marquer à chacun d'eux sa part. Albert Dumont était un savant, un homme d'esprit, un manieur d'hommes, un

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charmeur très habile et très bon, un opiniâtre doux; il avait une idée très élevée de son emploi; il voyait le but avec une clairvoyance singulière et nous y acheminait par toutes sortes de routes et de sentiers dont il connaissait seul les détours. S'il nous a quittés avant de nous avoir fait toucher le terme, il nous a conduits si loin que nous ne pouvons plus nous égarer.

Le second chapitre a pour sujet l'éducation classique. C'est un plaidoyer pro domo nostra, mais je fais le serment que je n'aime point la maison pour elle-même, par habitude de vieux locataire, ni par un effet de cette vanité inconsciente qui nous persuade que, pour être bien élevées, les générations nouvelles n'ont pas d'autre ressource que de se laisser élever par nous, de la manière dont nous l'avons été nous-mêmes. Si je croyais la maison pernicieuse, ma pioche ne serait pas la moins active parmi celles des démolisseurs. Mais je suis et demeure convaincu que les lettres anciennes sont le meilleur moyen d'édu-

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cation pour l'esprit, parce qu'elles sont belles et parce qu'elles sont simples.

L'esprit humain n'a point trouvé et ne trouvera jamais sans doute de nombreuses façons d'exprimer ses idées et ses sentiments. L'histoire naturelle de l'intelligence a des espèces et des genres, dont rénumération n'est pas longue. L'antiquité les a connus tous; elle en a porté plusieurs à la perfection; il n'en est pas un seul où elle ne nous ait donné des commencements de modèles. Assurément notre vie est plus variée, plus riche, plus féconde que celle des anciens : notre éloquence a plus d'objets que la leur, notre politique plus de devoirs et de soucis; nos drames et notre musique jouent ou chantent des passions plus nombreuses et plus véhémentes; notre sentiment religieux a plus de profondeur et d'angoisses; nos joies sont plus intenses, et « les larmes des choses » sont devenues, depuis Virgile, plus amères; mais justement parce que l'humanité s'est compliquée en vivant, ses premiers âges sont plus accessibles à des intelligences qui s'éveillent. L'antiquité

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