CHAPITRE VI
METAMORPHISME DE STRUCTURE.
Du temps de Hutton, on n'avait pas encore remarqué que la structure feuilletée , si fréquente dans des massifs entiers de roches , résulte d'une action postérieiu^e à leur formation, et, par conséquent, constitue aussi un métamorphisme.
Distinction établie La différence que nous reconnaissons aujourd'hui entre la u a^todté structure feuilletée et la stratification a cependant été déjà décrite , et la stratiiicaUon, g^^ commencement de ce siècle, par divers auteiœs, parmi lesquels le commencement qu doit citcr Lasius^, Voigt ', MoU*, de Hoff^ Schmidt®. En An-
da siècle. ...
gleterre, M. John Phihpps avait très-bien reconnu, dans le York* sbire, la différence entre le vrai et le faux clivage. M. le professeur Sedgwick'' confirma ensuite et généralisa le fait, en montrant que, dans le pays de Galles, les feuillets sont le plus ordinairement obliques à la stratification ^.
* Parmi les principaux, je rappellerai Touvrage de M. d*AU>erti, les Mémoires de MM. Fournet et Boue. (Ueher die DohmiteSitZttngsberichte der Acad. der Wmens. za Wien,i. XII, p. 4aa,i85ii.)
■ Dos HoTzgebirge.
' Pjxiktischen Gehirgskunde, 1797.
* Molls Ephemeriden, t. III, p. 71, 1807.
^ Carrières d*ardoises de Lehesten , en Franconie.
* En Westphalie.
^ On the chemical changes produced on the aggregate ofstratified rocfti. [TransacU Geol. societ. t. Kl, p. 354» i835.)
* M. Tingénieur des mines Parrot avait établi la même distinction dans les ar*
Un autre fait très-remarquable a été signalé par M. Sedgwick, c est la constance surprenante avec laquelle les feuillet se poursuivent sur de grandes étendues, et même au milieu des contournéments les plus prononcés des couches auxquelles ils appartiennent. Cette observation a été parfaitement confirmée par MM. Studer et Forbes dans les Alpes, sir Roderick Murcbison, M. Darwin, dans les Andes, M. Rogers dans les monts Apalaches\ et d^autres.
H existe toutefois, entre la position des feuillets et celle des couches, des relations que M. Baur et M. Sbarpe ont fait ressortir avec une grande sagacité.
La cause du développement de la structure feuilletée des phyllades a été attribuée à des actions cristallines, polaires ou électriques. Ces vagues hypothèses ne pouvaient guère s'appuyer que sur ce résultat, annoncé par M. Robert Fox, que Tai^ile hui^iide, en présence de courants électriques, peut devenir sensiblement feuilletée*. Ces causes, qu'on pourrait qualifier d'occultes, ont cependant été adoptées par des savants éminents, tels que M. Sedgwick, sir Henry de la Bêche', sir John Herschel*, M. Hopkins^ et M. Scheerer*.
Ceci s'explique ; car le fait remarquable qui était le plus particidièrement propre à guider vers une saine explication n'a été découvert qu'assez récemment par M. le Bergmeister Baur ''. Ce géo-
doises des Ardennes, d'après on rapport manuscrit de 1826. (Explication d$ la carte géologique de France^ 1. 1, p. a 6a.)
' ProceedingsofamericannatuTXilistandgeologist, i8A5.
* Rqwrt on CoTnwall polytechnic society, 1887. M. R. Hunt a fait plus tard des expériences du même genre. [Memoirs of the Geological sarvey ofGreat Britain, 1. 1, p. 433.)
' Creological report on Comwall and Devon, p. a8i» 1839. Les forces polaires, suppose Fauteur, seraient probablement en relation avec le magnétisme terrestre.
* Lyell, Manuel de géologie, 5' édition, t. II, p. 448.
* On the connexion ofgeology with terrestrial magnetUm,
* Karstens Archiv, fur Minéralogie, t XVI, p. tog» i84a* M. Darwin a également proposé une explication de ce genre. [Geological ohervatkmi on South America, p. 168.)
^ Baur, Ueber die Lagerang des Dachschiefers and àber die von der ScUchtang
G>nstance
de
direction
des feailleU.
Leun relations
avec
les contonmements
des couches.
Hypothèses
onises
sur la cause
do dérdoppement
de la stmcttire
feuilletée.
M. Baur reconnaît qu'une pression
mécanique
a accompagné
la production des
leiiiuets,
. fc^'
logue a le premier montré, dans un travail très - remanpiable (i 846), que le clivage a pris naissance lors du contoumement des cbuches, et quil paraît résulter dWe pression, normalement à laquelle il s'est développé.
Condusioa Ce n est qu'un an plus tard que M. Sbarpe, à qui Ton a souvent
sembUfale à laquelle iii **. ' < *'il a i* i).
est arriv? accordé la priorité , est arrive a la même conclusion , par d autres M. sharpe, lUj. obscrvatious très-précises relatives à la déformation qu'ont subie
les fossiles. Il a ensuite établi le même fait pour des roches dans lesquelles on ne trouve pas de débris organiques ^ ObservaUon La première tentative pour imiter mécaniquement le phéno-
expérience mèuc a été exécutéc par M. Sorby, auquel on est redevable d'autres M.sorby^àcenijet, rccherches ingénieuses^. Il avait d'ailleurs reconnu, par un exai853. j^gjj microscopique de la disposition de leurs éléments, ainsi que
par le refoulement de certains lits minces, que les roches schisteuses ont éprouvé une compression.
M. TTndaU M. Johu Tyudall alla plus loin : il produisit une structure feuil-
les schUtes.isse. letée, tout à fait semblable à celle de l'ardoise, dans différentes
substances plastiques, comme la terre de pipe et la cire, en les comprimant et les soumettant à ime espèce de laminage ^. C'est sans doute par là que cet habile physicien a été conduit plus tard à s'occuper de la structure et du mouvement des glaciers. Application ducaicoi Je terminerai en rappelant que M. Laugel, ingénieur des mines,
et M. le professeur Haughton ont cherché à soumettre au calcul les effets de pression qui ont produit la schistosité.
L'histoire de la succession des idées sur la formation des feuillets
abweichende Schieferung des Thonschiefers. {Karstens Archiv, t XX, p. 3g8, i846.) La conclusion de M. Baur est surtout déduite de divers exemples de glissement fort habilement observés.
* Quarterly journal of the Geohgical tociety ofLondon, t. III, p. 7/I, 1847. Plus tard M. Sharpe a publié un excellent mémoire sur le même sujet. (Geohgical prO' ceedings, novembre, i854-) M. H. ClîAon s*en est également occupé.
* En laminant de Targile dans laquelle il avait disséminé des paillettes d*ox]fde de fer, M. Sorby a vu qu*elles s*alignent perpendiculairement à la pression. (Edinb. PhiL Journal, i853. Qaarterfy joumah t. X, p. 78, i85à.)
"^ Comparative view of the clivage ofcrystals and slate rocks. (Philosophical magazine, i856.)
à ce sujet.
dans les roches schisteuses, remarquons-le en passant « montre à quel point il importe de ne pas sortir de la voie des observations et des faits, et comhien il est facile d'errer, surtout en géologie, dès qu'on s'en écarte.
Une circonstance à noter, c'est qu'après qu'on eut déduit de Usage taidif l'observation la probabilité du rôle de la pression mécanique, iexpëriiJenutioii. comme cause du phénomène, il ne fallut pas moins de dix ans pour qu'on eût l'idée de recourir à l'expérimentation à l'effet de vérifier cette hypothèse.