‹ Études et expériences synthétiques sur le métamorphisme et sur la formation des roches cristallinesChapitre 4 sur 34 · ÉTAT DE LA GÉOLOGIE À L'APPARITION DU SYSTEME DE HUTTON · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA GÉOLOGIE À L'APPARITION DU SYSTEME DE HUTTON

Idées géologiques II y a cu, dans ces deux derniers siècles, des hommes qui,

la fin i^nf' siècle, sans être ce quon appelle maintenant des géologues, ont émis

uibniu. ^àbn. sur Ic systèmc du globe des idées tellement remarquables, qu'ils

ont eu une influence incontestable sur les travaux de ceux qui , depuis lors, ont spécialement étudié cette partie de la science.

Ainsi Descartes considéra la terre comme un astre refroidi à sa surface, qui conserve dans son intérieur un feu central, cause du retour des eaux d'infiltration vers la surface, de l'arrivée des métaux dans les filons, et des dislocations de l'enveloppe solide ^ De cette même hypothèse d'une fluidité initiale. Newton déduisit, parle calcul, l'aplatissement que devait présenter le sphéroïde terrestre*^.

^ Les Principes de la philosophie de Descartes ont paru d*abord en 1 6àà' (Édition latine d*Amslerdam.) Le génie per^nt de Descaries a deviné plusieurs faits généraux que Tobservation a plus tard établis.

« Feignons que cette terre a été autrefois un astre. . . en sorte qu*elle ne différait en rien du soleil, sinon qu'elle élait plus petite. . . Au-dessus de la croûte intérieure fort pesante, de laquelle viennent tous les métaux, est une croûte de teiTC moins massive, qui est composée de pierres, d*argile, de sable et de limon.. . Ce n*est pas le seul argent -vif qui peut amener soit les métaux de la terre intérieure à Texte rieur, les esprits et les exhalaisons font le semblable aux regards de quelques-uns , comme le cuivre, le fer et Tantimoine. • (Edition française de 1668, IV* partie, SS 2 , 44 et 7a.)

* Principia mathematica philosophiœ nataralis , 1687.

Plus tard, Leibnitz, s'inspirant à la fois des idées de Descartes et des observations si judicieuses de Stenon, écrivit im ouvrage qui, malgré la rareté inévitable des faits sur lesquels il repose, porte toute l'empreinte du génie qui l'a conçue.

C'est à cette source, on ne peut le méconnaître, que l'illustre auteur des Epoques de la nature puisa ses inspirations les plus profondes.

Les ouvrages de Buffon, tout en excitant au plus haut degré l'attention, ne pouvaient cependant convaincre; mais ils frappèrent l'imagination de la manière la plus vive, et, par suite, ils provoquèrent des observations précises, destinées à résoudre les doutes qu'ils avaient soulevés ^.

Ce n'est, en effet, qu'à la fin du siècle dernier, à l'époque Ère de u géologie

A »ii»« •» • !• • positive;

même ou la chimie voyait s ouvrir im horizon si nouveau, surtout de Saussure, Paiias

par les découvertes des Lavoisier, des Schèele, des Priestley, des werner.

Cavendish, que l'histoire du globe commença aussi à se dégager

des systèmes préconçus, et que l'observation tendit à y prendre la

place qui lui appartient. Les faits exacts que des hommes doués

du génie d'observation, tels que Agricola, Bernard de. Palissy,

Stenon, avaient signalés antérieurement, étaient restés comme

noyés dans un océan d'hypothèses. Les notions sur l'histoire de la

terre que publia l'émule de Buffon comme historien de la nature ,

Linné , ne présentent que le résumé des faits connus et des idées

qui avaient cours à cette époque '.

* Leibnitz donna un premier aperçu de la dissertation connue sous le nom de Protogœa dans les Acia eruditorwn, au mois de janvier 1698; mais ce n'est que trente-trois ans après sa mort, en 1749 « Tannée même où Buffon fit paraître les trois premiers volumes de THistoire naturelle, que la Protogœa parut en entier. Cet ouvrage remarquable n*a été traduit en français que tout récemment par M. le docteur Bertrand de Saint-Germain. La Théorie de la terre date de 1749- Les Époques de la nature ne parurent que près de trente ans plus tard, en 1778. Avant Buffon, Mairan avait développé Tidée de la chaleur centrale à un point de vue particulier.

' L*influence que Buffon a exercée sur les progrès de la géologie a été hautement reconnue par M. Élie de Beaumont. (Leçons de géologie pratique, p. a4>)

' Systema natarœ , 1776.

De Saussu^e*^ Pallas^ et Wemer inaugurèrent, par des travaux à peu près contemporains, Tère de la géologie positive, et tous trois, désapprouvant avant tout la hardiesse de Buffon, réagirent contre ses idées, même dans ce qu'elles avaient de fondé ^. Les deux premiers savants, éminemment observateurs, étaient sobres d'inductions. Mais Wemer alla plus loin : il chercha à analyser, à classer, à coordonner les faits, à les décrire dans un langage fixe et précis, et donna à la science le nom de géognosie, pour Topposer à la géologie, qui jusqu'alors n'avait guère été qu'im assemblage de conjectures*.

Système de Weroer Pour uous rcporter aux doctHucs qui régnaient quand les idées école de Fieyberg. de métamorphisme ont apparu, nous devons d'abord rappeler les

principes fondamentaux du célèbre professeur de Freyberg, notamment ceux qui ont disparu devant les découvertes postérieures.

D'après Wemer, le granit et les autres roches cristaUines sont des dépôts de la mer, tout aussi bien que les roches stratifiées et fossilifères. À une époque reculée , les diverses matières dont dérivent ces terrains ont été, soit dissoutes, soit en suspension dans l'Océan. Cest de cet océan chaotique que se sont successivement séparés tous les terrains, les uns par voie chimique, les autres par voie mécanique. Cette dernière différence de formation distingue les roches cristallines des roches sédimentaires.

* De Saussure , né en 1 740 « commença ses voyages en 1 760 , et publia , en 1779* les premiers volumes de ses Voyages dans les Alpes , où il a consigné tant de faits importants qui ont servi comme de fondements à 1» géologie.

' Pallas publia, en 1777, ses Observations sur les montagnes, et, peu d*années après , la relation de ses longs voyages.

' Ces trois grands observateurs admettaient, comme Tavait fait Linné, que tous les terrains ont été formés par voie aqueuse, et que les phénomènes volcaniques sont de purs accidents locaux. De Saussure déclarait, en 1798, après avoir visité TAuvergne, qu*il ne pouvait admettre que le basalte ait été formé par le feu; à plus forte raison repoussait-il cette opinion, pour le granit.

^ A Taide de faits positifs , que Fùchsel avait déjà en partie signalés dès 1 76a , Wemer montra qu*on pouvait établir une sorte de chronologie des événements physiques qui ont concouru à la structure du globe.

D'après ce système, ie granit, qui compose les cimes les plus élevées du g^obe , et qui , en outre , supporte les terrains réguliè* rement stratifiés, a été formé le plus anciennement, ainsi que le gneiss et les roches schisteuses cristallines, qui lui sont souvent associés. Comme on n'y trouve jamais de débris organiques, la formation de ces terrains a dû précéder Texistence des animaux et des végétaux, ce qui leur a valu le nom de primitifs.

Plus tard, la mer diminua de hauteur en se retirant dans des cavités intérieures du globe ^ Pendant cette seconde période elle continuait à opérer une précipitation chimique de silicates; mais en même temps elle commença aussi à former des dépôts mécaniques. Cest par ce double procédé chimique et mécanique qu'ont pris naissance les terrains de transition ou intermédiaires, qui renferment en effet des roches cristallines associées à des roches sédimentaires contenant des fossiles.

Dans ime nouvelle période de décroissement des eaux se sont formés les terrains secondaires, dont les montagnes élevées n'atteignent jamais, supposait-on alors, l'altitude des cimes des terrains plus anciens. Ils sont souvent en couches horizontales et abondent en débris oi^aniques.

Pendant leur consolidation, les terrains ont éprouvé des ruptures, d'où sont résultées des cavités de toutes dimensions. L'eau, en se retirant dans ces cavités, a incrusté, des différentes matières qu'elle tenait en solution , les longues fissures par lesquelles elle y pénétrait, et a donné ainsi naissance aun filons métallifères.

Telle est, d'après Wemer, l'origine de tous les terrains qui composent l'écorce du g^obe, à part toutefois les alluvions, la terre végétale et les produits du feu volcanique, qu'il attribuait à des incendies souterrains de. couches de combustibles charbonneux. Il explique la liaison intime qui unit incontestablement les terrains primitifs aux terrains secondaires, aussi bien dans leur nature mi-

' Leibnitz ayait déjà cherché à explûjaer U mise a aec des contments par la retraite de Feau dans les yastes cantés inténeores qa*il atlribiiaît k d^andennes boorsooflares prodaHes lors de la famon prnnitÎYe.

néralogique que dans leur association, en supposant que la composition de rOcéan, et, par suite, la nature de ses dépôts, ont varié depuis répoque où le granit s'en précipitait, tantôt graduellement, tantôt d'ime manière subite ^

En résumé, dans le système de Wemer, tous les terrains ont été produits dès Torigine tels que nous les voyons aujourd'hui. L'activité interne du globe est complètement méconnue, aussi bien dans la formation des roches cristallines et des dépôts métallifères que comme cause des dislocations subies par les terrains stratifiés de tous les âges.

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