‹ Études et impressions de guerreChapitre 1 sur 38 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

ÉDITIONS JULES TALLANDIER 75. rue Dareau ( ! 4°)

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AVANT-PROPOS

Grièvement blessé et mis hors du combat, après un ?nois de campagne, je n ai pu reprendre l épe'e. Mais, m 9 étant déjà servi de la phone au cours d^une carrière partagée entre le commandement de la troupe, le service d'Etat-major et le professorat militaire, fat pu compenser V inaction douloureuse à laquelle j'étais condamné, en apportant le concours de ?na pensée et de ma foi patriotiques au maintien de Vesprit national pendant celte lutte qui se prolonge au delà de toutes les prévisions. Dès l'hiver 1914iq i5 je commençais des chroniques périodiques à Excelsior, dans la Guerre des Nations, au Petit Journal, puis au Temps, à la Nouvelle Revue à la France Militaire et enfin à la Revue des Deux Mondes, Je m'efforçais de me dégager de toute critique des opérations et des personnalités, et de n envisager que les faits, par semaines ou par quinzaines, en évitant les conjectures hasardeuses, trop souvent démenties par le cours des événements . J'ai pu ainsi contribuer à faire mieux connaître et apprécier certains actes essentiels du drame, tels que la victoire de la Marne et la question d'Orient.

On a bien voulu me considérer comme un chroniqueur impartial et mesuré, quoique capable de dire courageusemeiit ce qu'il pense. Et c'est pourquoi f ai songé à réunir en volumes la plus grande partie de ce que j'ai écrit. Déjà en janvier 191 5 / 'ai fait paraître che\ Chapelot, sous le titre : De la Marne à 1 Yser, la victoire des forces morales, les articles que j'ai co?isacrés dans le Temps à mettre en lumière et en valeur la portée de la victoire de la Marne. Cette brochure doit rentrer dans le volume présent, qui commence au début de la guerre pour s'arrêter en octobre 1 9 1 5 .

Un deuxiè??ie volume contiendra les chroniques d'octobre 191 5 à la fin de 1916.

S'il est difficile encore de faire un récit didactique et détaillé de cette grande guerre, on peut toujours apporter sa contribution à V Histoire future. Et déjà les matériaux ne manquent pas. La bibliographie de la guerre s enrichit chaque jour. Rien que les articles de presse, en dépit de la censure, forment une documentation précieuse et inépuisable. Il faut en effet se rendre compte que cette guerre a pu se lire presque à livre ouvert par suite de la forme quelle a prise, et que même les secrets du Commandement et des Etats-majors sont sortis des archives par le seul jeu des combats. Les communiqués, parfois trop sobres, trop imprécis, ont été élargis, développés, par les commentaires des té?noins du drame et par les i?ifor??iations journalières venant des fronts et des chancelleries. Il y a eu un contact i?icessant entre les armées et les nations, par les blessés, par les permissionnaires , par les correspondances , par les visites officielles ou autorisées des hommes politiques et des journalistes. Les esprits, même dans le peuple, sont asse% avertis pour deviner bien des choses.

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Les Etats-majors ne peuvent plus s'isoler comme autrefois. Tout le pays combat, peut et doit savoir. Et en somme chacun y trouve son compte en confiance et en volonté réciproques.

Nous avons donc pu, dans nos chroniques, établir des tableaux d'ensemble dans une note forte et claire. Et c 'est pourquoi nous n'hésitons pas à les soumettre, rassemblés, à tous ceux qui sont avides de vérité et qui attendent la fin de la guerre de i enchaînement logique, fatal, des causes et des effets.

Ce ne sont que des tableaux d'ensemble, et les lecteurs y trouveront des lacunes que d'autres ouvrages combleront. Tels quels, ils serviront, comme le dit le titre, et c'est tout notre désir, à l'Histoire future, mais sur le moment, ils apporteront, nous l'espérons, un supplément de certitude en la victoire finale.

Ces tableaux ont été divisés en périodes, non point conventionnellement, mais dans l'ordre des opérations. Et cela a été plus facile que ne semblait l'autoriser la complexité apparente des théâtres de guerre et des forces adverses.

On voit très bien en effet, à la date où nous écri" vons, à la fin de la deuxième année de guerre, cinq périodes nettement délimitées.

La première période va du début, août 19 14, à novembre 1914. C'est la grande offensive germanique, le plan foudroyant qui doit écraser d' abord la France, puis la Russie. Il échoue devant la Marne et devant V Yser.

La deuxième période comprend l'hiver 1914-1915. C'est le retour de l'A llemagne contre la Russie, tandis que la guerre de tranchées se fixe sur le front occidental. Les Russes ont envahi la Galicie et la Prusse orientale, les Allemands sont entrés en Pologne. Les batailles de Pologne sont indécises, les Russes avancent

sur les Carpathes et menacent la Hongrie. Les Alliés attaquent les Dardanelles.

La troisième période s'ouvre avec V intervention de r Italie, en ?nai 191 5, ?nais V Allemagne a fait un effort matériel inouï. Elle jette contre la Russie une offensive formidable, qu'aide la trahison des germanophiles russes. La retraite russe, magnifique, sauve l'armée, mais abandonne la Pologne et les provinces occidentales. La carte de guerre s'étale à lest et à Vouest, à r avantage des Impériaux. Le contre-coup s'en fait sentir che% les neutres. C'est le moment critique de la guerre pour les Alliés: la première année de guerre finit sur des revers. Mais le front occidental tient, et l'effort national en France et en Angleterre prépare le revirement.

La quatrième période, hiver de 1915-1916, s'ouvre par V écrasement de la Serbie et la mainmise des Impériaux sur les Balkans. Les fautes des diplomaties alliées en Orient ont amené la défection de la Bulgarie et la neutralité suspecte de la Grèce et dé la Roumanie. L'échec des Dardanelles est la plus cruelle humiliation des armes alliées en cette guerre. Mais l'usure de l'Allemagne et de V Autriche, sous la pression du blocus maritime et éconoynique et par leurs victoires mêmes, est indéniable ; V effort des alliés équilibre déjà les forces militaires et marche vers la supériorité en même temps qu'il réalise V unité de direction et d'action. L y Etat-major de Berlin le comprend, et il tente en février 19 16 une offensive désespérée contre la France.

La bataille de Verdun constitue à elle seule la cinquième période qui se termine, en août 1916, par V ai laque collective des Alliés sur tous les Jronts, signe qu'ils sentent déjà leur supériorité.

Au moment où le premier volume paraît, la situa-

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tion militaire a pris une tournure de plus en plus favorable aux Alliés. L'intervention de la Roumanie si longtemps annoncée, si loJigtemps différée, apporte aux Alliés un puissant renfort autant moral que militaire. Le champ de bataille s'élargit, et nous allons très probablement assister aux Balkans à des événements de guerre plus importants que ceux de la fin de igi5. C'est là sans doute que se jouera la partie décisive.

En attendant , la bataille de la Somme, concurremment avec les batailles de Volhynie et de Galicie, marquent l'ébranlement de la force restante de VA llemagne sous les coups des marteaux-pi Ions de l'usine de guerre j franco-anglaise , désormais supérieure à Krupp.

Nous voulons espérer que le volume qui suivra celui-ci en février prochain se terminera sur ma période décisive, prélude de la fin d'une guerre qui est la plus effroyablement meurtrière et la plus formidable que l'Histoire ait enregistrée depuis les origines de l' Humanité.

Général Malleterre.

io octobre 1916.

Un retard survenu dans la publication de cet ouvrage nous laisse en face des événements de Roumanie. La situation en Orient s'en trouve modifiée fâcheusement. Mais l'usure de l'Allemagne reste toujours supérieure à celle des Alliés, comme l'indiquent les voix de paix sortant d'Allemagne. La décision de la guerre peut être retardée, la victoire n'en est pas moins certaine.

l re Période Août-Novembre 1914

LES DÉBUTS DE LA GUERRE LA GRANDE OFFENSIVE ALLEMANDE LA VICTOIRE DE LA MARNE DE LA MARNE A L'YSER

Trois phases résument cette période émouvante

La bataille des frontières : Charleroi-Nancy

La bataille de la Marne

La bataille des Flandres et de FYser

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