PARIS FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
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SUR LA
L'ÉDUCATION SCOLAIRE DES HOMMES DE LA RÉVOLUTION l
Cqers Élèves,
Vous ne serez pas surpris qu'un professeur de rhétorique vienne vous parler de l'histoire de cette éloquence dont il est censé enseigner les règles : nous vous élevons dans l'admiration de la tribune antique. Ce n'est pourtant pas de Démosthène ou de Cicéron que je veux vous entretenir aujourd'hui. Nous resterons en France, si vous le voulez bien, et, puisque nous sommes au collège, nous nous demanderons quelle fut l'instruction scolaire des hommes illustres qui inaugurèrent dans notre pays la tribune parlementaire, comment s'étaient comportés, sur les
1. Discours prononcé à la distribution des prix du lycée Janson-de-SailIy, le mardi 4 août 1885. J'étais alors professeur de rhétorique dans ce lycée.
Aulard, Études. — IV. 1
bancs, les patriotes qui fondèrent la France nouvelle autant par la parole que par l'action: l'étude de la vie et des œuvres des orateurs est la véritable rhétorique.
Je sais bien que la passion politique représente ces orateurs comme des ignorants dont les balbutiements grossiers déshonorèrent cette tribune où devaient briller les Royer-Collard, les Berryer, les Guizot. S'ils balbutièrent en effet, ou s'ils fondèrent une école ora. loire digne de notre littérature, ce n'est pas ce que je veux chercher aujourd'hui avec vous, chers élèves,, mais s'ils avaient fait de bonnes études classiques, si ces études influèrent sur leur parole, sur leur politique, sur toute la Révolution.
KIj bien, ceux qui ont intérêt à défigurer les origines de notre démocratie, pamphlétaires ou pédants, Raccordent même pas aux Constituants et aux Conventionnels ce que nous appellerions une scolarité primaire. Voyez, dit-on, les beaux législateurs ! Ils faisaient des fautes d'orthographe. Et on en relève plus de dix dans telle page manuscrite datée de 1793 et signée d'un nom républicain. Mais ce qu'on ne dit pas, c'est que le goût de l'orthographe ne date guère eu France que de la réforme romantique. Victor Hugo est un des premiers qui se soit piqué d'écrire toujours les mots comme le veut la grammaire. Voltaire ne s'en souciait pas 1 , non plus que Montesquieu. Pascal écrivait souvent comme on prononce. Malherbe et