DANTON AU DISTRICT DES CORDEL1ERS ET A LA COMMUNE DE PARIS
Nous avons montré, à propos d'Auguste Comte et de ses disciples *, que, malgré tant de travaux estimables, la biographie politique de Danton était peutêtre encore à écrire. Ce n'est pas que nos devanciers n'aient singulièrement facilité cette tâche par l'heureux soin qu'ils ont pris de réunir une quantité de documents nouveaux ; mais il en est d'importants qu'ils ont ignoré et, quant aux textes qu'ils ont donnés, ils en ont tiré parfois des conclusions exagérées. Si nous écartons toute légende, bienveillante ou malveillante, voici, sauf erreur 2 , ce que nous savons de certain sur les débuts de Danton dans la vie politique.
Ces débuts, la vaine complaisance de quelques apologistes les ferait volontiers dater d'avant 1789,
1 . Voir dans la seconde série de ces Études et Leçons, l'étude intitulée Auguste Comte et la Révolution française.
2. Ce n'est pas là une façon de parler. Nous ne pouvons guère espérer d'éviter toute erreur dans un travail si complexe, et nous appelons d'avance les rectifications .
soit qu'ils nous montrent Danton s'exerçant à la politique dans la loge des Neuf-Sœurs, soit que, d'après Rousselin, ils rappellent avec orgueil que M. de Barentin, devenu ministre, offrit au jeune avocat aux Conseils de devenir secrétaire du sceau. Mais l'anecdote de Rousseliu repose sur de telles erreurs chronologiques * qu'il est bien difficile d'en tenir compte, et il me semble qu'il en ressort seulement ceci, que Barentin goûtait l'esprit de Danton et aimait à causer avec lui des affaires publiques.
Dèsl788, comme on peut le voir dans VAlmanach royal de cette année-là, Danton avait fixé son domicile dans la maison qu'il habita jusqu'à sa mort, passage et cour du Commerce, en plein district des Cordeliers. Cette résidence ne fut certainement pas sans influence sur quelques-unes des conditions de sa carrière.
Il n'est pas de ceux qui publièrent des brochures sur les Etats généraux : il n'écrivait guère.
Il ne fut même pas un des électeurs parisiens de 1789.
Ses biographes inclineraient volontiers à croire qu'il joua un rôle dans la rédaction du cahier de son district 2 . Mais ce cahier a disparu. M. Ghassin, qui
1. Ainsi Rousselin (Documents Saint- Albin, p. 180) croit que Barentin devint garde des sceaux en 1787, au moment de l'exil du Parlement et, si Danton ne devint pas secrétaire du sceau, c'est qu'il aurait eu des idées très particulières sur cette question. Or, Barentin ne succéda à Lamoignon qu'en septembre 1788, longtemps après le rappel du Parlement.
2. Les principales sources (imprimées) pour l'histoire du district des Cordeliers, outre les pièces conservées à la Bibliothèque nationale, sous les cotes Lb*°/250 à 260, 1370 à 1387, sont le Journal de la municipalité et des districts, Paris, 1189-1791, in-S
Ta vu à l'Hôtel de Ville avant l'incendie de 1871, dit « qu'on y approuvait vigoureusement la destruction de la Bastille, réclamée en termes si remarquables par les districts de Saint-Joseph, Saint-Louis-la-Culture, Saint-Étienne-du-Mont, Mathurins, Théatins, et qui avait été précédemment demandée par la noblesse, le tiers et les trois ordres réunis de plusieurs bailliages de province *. » Rien n'indique que Danton se soit mêlé en rien à l'expression de ce vœu du district des Cordeliers.
C'est le 21 avril que se réunirent les districts : beaucoup d'entre eux se rendirent permanents et contribuèrent ainsi au succès de la Révolution à Paris. Leur permanence devint générale par suite de l'arrêté des électeurs du 12 juillet suivant.
M. Bougeait affirme que Danton était président du district des Cordeliers dès le début 2 . C'est une erreur. Nous avons les noms de deux des présidents à la veille et au moment de la prise de la Bastille: Timbergue et Archambault 3 . La première fois qu'un texte
(Lc*/260-262), le Journal général de la Cour et de la Ville, rédigé d'abord par Brune, puis par Gautier, Paris, 1789-1790, in-8 (Lc*/237 à 242), les journaux de Fréron, de Camille Desmoulins et de Prudhomme, le Recueil des procès verbaux de l'Assemblée générale des représentants de la Commune de Paris, Paris, Lottin. 1790-1791, 8 vol. in-8 (Lb*°/20 A). Voir en outre la Bibliographie de M. Tourneux, et, pour les sources inédites, le Répertoire de M. Tuetey. (Depuis a paru le recueil des Actes de la commune de Paris, par M. Sigismond Lacroix).