Danton, p
3. C'étaient deux avocats au Parlement. — Cf. ÉUenne Charavay, Assemblée électorale Ce Paris, p. 64, 159.
nous montre Danton président, c'est au commencement d'octobre 1789 '.
Dans sa circulaire aux tribunaux, du 49 août 1792, Danton déclara que le district des Cordeliers avait pris une part importante à la journée du 14 juillet.
Mais fut-il lui-même un des combattants qui prirent la Bastille ?
Nous n'en savons rien, et, en tout cas, il ne joua dans cet événement qu'un rôle obscur.
Ce que nous savons, c'est qu'on le voit parmi ceux qui s'armèrent spontanément au moment où Paris se souleva contre la cour. Il était capitaine dans la garde bourgeoise du district des Cordeliers et, dans la nuit du 15 au 16 juillet, à trois heures du matin, il voulut, à la tête d'une patrouille, péuétrer dans la Bastille, dont l'électeur Soulès avait été nommé gouverneur provisoire. Soulès s y opposa, montra sa commission, que le Comité des électeurs lui avait donnée dans la nuit du 14 au lo. Danton traita cette commission de chiffon, fit enlever Soulès, l'emmena au district des Cordeliers, puis à l'Hôtel de Ville, au milieu d'un concours menaçant de peuple. Soulès fut relâché sur un discours de La Fayette, et, le 19, l'Assemblée des électeurs improuva fortement la conduite de Danton 2 . C'est peut-être de là que date son animosité contro La Fayette.
Quant au district des Cordeliers, on voit que, dès
1. Extrait du registre des délibérations du district des Cordeliers, s. 1. n. d., in-8. — B.bl. nat., Lb*°/252.
2. Ghassin, Les élections et les cahiers de Paris, t. III, p. 580, 531.
le 14 juillet 1789, il se réunit tous les matins, à neuf heures, au son de la cloche. On y parle beaucoup : un règlement intérieur édicté, dès lors, une amende de 24 sols pour tout citoyen qui aura interrompu un orateur *.
C'est, à Paris, le premier club important.
C'est môme déjà en fait la République des Cordeliers, comme l'écrivent ironiquement les royalistes. Par un de ses premiers actes connus, il empiète hardiment sur le pouvoir central, quand il arrête, le 21 juillet, « que, sur tous les délits qui se commettraient dans la ville, le régiment du district des Cordeliers arrêterait tous les délinquants et les conduirait chez MM. les commissaires 2 ».
Ce district est tout d'abord un redoutable foyer d'opposition, non seulement contre l'ancien régime, mais contre la politique modérée des Bailly et des La Fayette. Il était dirigé par des hommes d'esprit habitués à se réunir dans une sorte de club philosophique et politique, le café Procope, et Camille Desmoulins écrivait dans sa Lanterne :- « C'est un charmant district que les Cordeliers... On sait que ce district se ressent du voisinage du café Procope. Ce café n'est point orné, comme les autres, de glaces, de dorures, de bustes ; mais il est paré du souvenir de tant de grands hommes qui l'ont fréquenté, et dont
1. Extrait du procès verbal de V Assemblée du distvict des Cordeliers, recueil factice. Bibl. nat., Lb*°/1374, in-8.
2. Arrêtés du district des Cordeliers, recueil factice. Bibl. nat ' Lb*°/1380, in-8..
les ouvrages en couvriraient tous les murs, s'ils y étaient rangés j on n'y entre point sans éprouver le sentiment religieux qui fit sauver des flammes la maison de Pindare. On n'a plus, il est vrai, le plaisir d'entendre Piron, Voltaire, Jean-Baptiste Rousseau, mais les patriotes soutiennent encore sa réputation. C'est à ce café que l'Assemblée nationale doit d'avoir l'abbé Siéyès dans son sein. Il a la gloire unique que jamais le langage de la servitude n'a osé s'y (aire entendre; que jamais les patrouilles royales n'ont osé y entrer ; et c'est le seul asile où la liberté n'ait pas été violée 4 . »
Rien ne prouve que Danton ait joué, dès cette époque, un rôle dans les débats et les actes du district des Cordeliers. C'est plutôt au Palais-Royal qu'il débuta comme révolutionnaire militant.
Là s'étaient toujours tenus les politiques, les nouvellistes, même après que le duc d'Orléans, en reconstruisant les galeries et le jardin, eut abattu le fameux arbre de Cracome, à l'ombre duquel avaient chuchoté les sympathies polonaises des Parisiens.
En 1789, le jardin devint un forum*, une vaste assemblée populaire, dont le bureau et les commissions siégeaient au café de Foy.
C'est là, on le sait, que Camille Desmoulins cria son appel aux armes.
Plusieurs fois, le Palais-Royal envoya des députés
4. Œuvres de Camille Desmoulins, éd. Clarelic, 1. 1, p. 179 et 180. 2. Expression du D*. Robinet, Danton homme d'Etat, p. 42.
à la Commune, à l'Assemblée nationale. Il fallut des décrets pour empêcher ce club en plein vent de prendre la direction générale de la politique: son rôle passa plus tard aux Jacobins et aux Cordeliers.
Eu juillet 1789, c'est au Palais Royal que péroraient Camille Desmoulins, Fabre d'Eglantine, Linguet, Loustallot, Bentabole, Marat, Saint-Huruge et Dauton 1 .
On y dénonçait les serviteurs de l'ancien régime, on y condamnait en effigie.
En mai 1790, Danton y parlait encore, si l'on en croit un pamphlet intitulé : Arrêt de la coumationale du Palais-Royal de Paris, où Marat et Danton sout appelés présidents à mortier de cette cour nationale 2 .
Il faut arriver aux journées des 5 et 6 octobre 1789 pour trouver une trace de l'action de Danton au district des Cordeliers.
Au Tribunal révolutionnaire, il s'écriera en réponse aux accusations de modérantisme : Mon affiche pour insurger aux 5 et 6 octobre !
En effet, le 4 octobre, les Cordeliers affichèrent un manifeste insurrectionnel, signé sans doute de leur président Danton 3 et probablement rédigé par lui. Nous n'en avons pas le texte. Mais Camille Desnioulins en parle ainsi :