Révolutions de Paris, n° XXIII, p
Aulaud, Études. — IV. 6
t)8 RÉVOLUTION FRANÇAISE
dant toute sa vie et après sa mort, commence à l'attaquer. On répand le bruit qu'il a acheté les suffrages et, le 11 décembre, le district, proteste énergiquement contre ce bruit, exalte « le zèle pur et infatigable» de son président, et déclare « que la continuité et l'unanimité de ses suffrages ne sont que le juste prix du courage, des talents et du civisme dont M. d'Anton (sic) a donné les preuves les plus fortes et les plus éclatantes, comme militaire et comme citoyen ; que la reconnaissance des membres de l'Assemblée pour ce chéri président, la haute estime qu'ils ont pour ses rares qualités, l'eflusion de cœur qui accompagne le concert honorable des suffrages à chaque réélection, rejettent bien loin toute idée de séduction et de brigue ; que l'Assemblée se félicite de posséder dans son sein un aussi ferme défenseur de la liberté et s'estime heureuse de pouvoir souvent lui renouveler sa confiance ». Et il fut arrêté que cette délibération serait communiquée aux cinquante-neuf autres districts 1 . Ce sont sans doute les amis de La Fayette et de Bailly qui avaient calomnié Danton: aussi l'opposition des Cordelicrs contre le maire et le commandant général devint-elle très vive. Le 15 décembre, le district décida de protester contre la municipalité, qui s'était permis d'enjoindre aux districts d'examiner en vingt-quatre heures une partie importante du projet d'organisation communale, et Danton est
1. Révolutions de Paris, n° XXIll, p. 21 . Cf. Journal général de la cour et de la ville (continuation ou concurrence par Brune), numéro du 18 décembre 1789, p. 724.
chargé d'aller, avec Testulat, porter cette protestation à la barre de l'Assemblée nationale l .
Danton fut aussi, à cette époque, l'âme de la résistance contre la Commune, à propos du conflit qui s'éleva, entre l'Hôtel de Ville et le district des Cordeliers, au sujet du mandat impératif. Mais c'est un sujet sur lequel nous reviendrons, à propos de l'élection de Danton à la Commune.
Un des incidents les plus célèbres de la lutte des Cordeliers contre Bailly, ce fut l'aflaire des brevets d'officier de la garde nationale. Le maire les avait conçus dans l'ancienne forme et les avait libellés en termes peu démocratiques 8 . Le district protesta, à la barre de la Commune, par l'organe de Danton. Celuici déclara que les brevets en question étaient contresignés par Monseigneur le maire, et cette grosse ironie ne fut pas du goût de ses auditeurs, qui le forcèrent à se rétracter. Voilà une scène curieuse, que les biographes de Danton ne relatent que d'après le Moniteur (réimpr. t. II, p. 498) : elle se trouve décrite ainsi dans le procès- verbal de la Commune provisoire, séance du 26 décembre 1789 au matin 3 :
Une députation du district des Cordeliers a été introduite. Vérification faite du pouvoir de MM. les députés, un d'eux
1. Journ.gén., etc. p. 725, etRobinet, Danton homme £ Etat, p. 257.