Révolutions de France et de Brabant, n
3. Bib!. nat., Lb 40 /20«, in-8, t. IV. — Ce procès-verbal imprimé de la Commune est une source précieuse, a laquelle peu de personnes ont puisé. — (Le lecteur ne doit pas oublier que cette étude a été écrite avant la publication du recueil des Actes delà Commune par M. Sigismond Lacroix.)
a observé qu'il était chargé de dénoncer les brevets délivrés par M. le maire aux officiers de la garde nationale, comme .étant conçus dans l'ancienne forme, qui ne pouvait plus convenir dans les circonstances actuelles.
Il a de plus ajouté que ces brevets étaient contresignés par Monseigneur le maire.
M. le maire ayant demandé la communication de l'un de -ces brevets, et vérification faite d'icelui, il s'est trouvé qu'il était contresigné par Monsieur le maire.
Cette inexactitude dans le rapport du député a excité un mouvement général d'improbation.
Quelques membres ont demandé que M. le président fût chargé de témoigner, au nom de l'Assemblée, au député qui avait porté la parole, son mécontentement sur la manière peu fidèle dont il avait rendu compte du contreseing du brevet.
Ce député a demandé de nouveau la parole pour se justifier, et il a observé qu'il s'était trompé dans la lecture du contreseing, et que cette erreur était involontaire.
D'après cette justification, un autre membre a demandé la question préalable sur la motion personnelle au député, et, . cette question ayant été appuyée, il a été arrêté, a la pluralité, qu'il n'y avait lieu a délibérer.
L'Assemblée, délibérant sur la dénonciation faite par le district des Cordeliers ;
A arrêté que le brevet serait renvoyé au Comité des Vingtquatre, à l'effet de présenter, s'il y avait lieu, un nouveau projet de rédaction, lors de la confection du plan de municipalité.
Il faut l'avouer : Danton avait paru, ce jour-là, à la Commune, en assez mauvaise posture, et cette incartade permit à ses adversaires de le représenter comme un démagogue insolent et étourdi. Ils se trompaient : sa plaisanterie sur monseigneur Bailly avait porté et, toute grossière qu'elle fût, elle résumait à merveille les griefs populaires.
DANTON AUX CORDBLIEUS ET A LA COililUNE 101
Les poursuites dirigées contre Marat au mois de janvier 1790, furent l'occasion qui mit en pleine lumière le personnage de Danton.
Dans son numéro 97 (décembre 1789), Marat avait dénoncé le sieur Boucher d'Argis, à la fois conseiller au Ghâtelet, membre delà Commune, et commandant de la garde nationale, qui avait voulu le faire arrêter. L'Ami du peuple, dans un accès de bon sens, attaquait avec verve et justesse ce tribunal du Ghâtelet qui rappelait et personnifiait toute l'iniquité juridique de l'Ancien régime. En cela, il se bornait à faire chorus avec tous les écrivains patriotes, même modérés. C'est pourtant à l'occasion de ces attaques envers Boucher d'Argis et leChâtelet que la Commune de Paris ordonna, le 15 janvier 1790, des poursuites contre le virulent journaliste, dont le vrai crime était d'avoir, avec plus d'ardeur encore que Camille Desmoulins S reproché au maire Bailly son luxe, sa livrée, ses armoiries peintes sur son carrosse municipal, quand La Fayette supprimait les siennes, ses cent mille livres d'appointements, et surtout ses allures autoritaires déjà dénoncées par un membre de l'administration communale, Manuel.
En tout cas, l'opinion publique n'hésita pas à attri-
i. Révolutions de France et de Brabant, u* 6.
buer à la rancune de Bailly l'arrêté de la municipalité. Il faut l||;e, entre autres pamphlets, relatifs à cet événement, un poème héroï-comique, publié en février 1790, sous ce titre : La Guerre des districts ou la fuite de Marat. Bailly s'y plaint à La Fayette :
Que Marat, ce roi des sots, Insultait & tout propos Et son luxe et sa livrée.
Digne d'un obscur mépris, Devrais-je sans étalage, Gomme un mince personnage, Me promener dans Paris'?
Le luxe m'est nécessaire Pour éblouir le vulgaire.
Ainsi, sans tant raisonner, Il vous faut emprisonner Ce méchant folliculaire.
Déjà, le 28 septembre 1789, Marat avait été mandé à l'Hôtel de Ville et on l'y avait tancé d'importance 1 . Le 6 octobre, un décret de prise de corps avait été lancé contre lui par le Châtelet : on n'osa pas l'exécuter dans cette journée critique. Le 8, nouveau décret. La maison de l'Ami du peuple, rue du Vieux- Colombier, est cernée. Mais Marat s'échappe et va s'installer à Montmartre. Le 12 décembre, sa nouvelle retraite est découverte, et un détachement de garde nationale l'emmène au Comité de recherches et au bureau de police, où on le relâche 8 . Il se cache de nouveau, et le Châtelet n'ose plus le rechercher.